jeudi 28 novembre 2013

Si on est pas free, est-ce qu'on a bien compris ?

Je ne suis pas très encline à la rêverie. Je suis pragmatique. La terre, je l'habite, je la foule. Les mondes fantastiques, féériques, ça m'emmerde, ça m'angoisse même. Du coup j'ai longtemps pensé que je n'étais pas fun. Vraiment pas fun. Mais un jour on m'a fait remarquer que par mes études, par mon métier, par ma passion, l'Histoire, bah finalement je pouvais m'évader ailleurs assez souvent et que c'était une sorte de rêverie. Bon. Réfléchir sur le temps, le manier, c'est finalement un peu jouer avec lui. Un coup en Orient latin au XIéme siècle, un coup en Castille au XVéme siècle , un coup à Verdun en 1917, un coup à Bandung en 1955, mon esprit mine de rien se balade et s'évade au gré des époques historiques que je rencontre dans mes livres ou que j'enseigne. Bon. Pourquoi pas ? Le fait est que moi, je ne rêvais pas en plein jour.

Mais de plus en plus, depuis quelque temps, je m'aperçois que je m'échappe. Mon esprit m'échappe et s'échappe. Il se fait la malle. Je déconnecte. Je n'écoute plus mon interlocuteur au téléphone ou même de visu et je suis ailleurs. Dans mes pensées...Loin, très loin, bien loin, je ne sais pas trop où. Et c'est nouveau et un peu déroutant pour moi, gênant même. Je crois que mon esprit dit juste stop. Stop à toute forme de communication. Mon esprit s'isole, se protège aussi peut être.
Avant quand j'étais étudiante tant en recherche qu'en année concours j'avais du temps pour penser, pour être-seule-avec-moi-même. Mon esprit était free et d'ailleurs dans mon petit appartement j'était chez Free. Je m'en plaignais parfois mais au fond j'étais à peu prés équilibrée ( juste à peu prés;-)) et libre de penser à ce que je voulais quand je le voulais. Je ne m'apercevais pas que pour moi ces moments étaient nécessaires et essentiels à mon équilibre.
Aujourd'hui les trois quart du temps mon esprit n'est plus free, je ne suis plus free, je ne suis d'ailleurs plus chez Free mais chez Numéricale ;-). Et j'explique mes nouvelles absences par ce manque de temps, cette absence de moments free.
Après une journée de 9 heures de cours ou au beau milieu d'une vie trépidante où les gens se croisent, s'entrecroisent, me parlent, se parlent, me racontent, se racontent, mon esprit se perd, au milieu des autres. Je me perds et finalement trop de communication bah...tue la communication. C'est comme ça. Et pour moi qui adore communiquer, c'est terrible. Je déplore cela. Je déplore le fait de ne pouvoir tout faire. Communiquer et/ou m'isoler ?
Membre de la génération Y, je veux tout tout de suite et pour toujours. Notre société nous vend d'ailleurs de l'illimité : pour internet, pour le téléphone, pour la communication en tout genre. Oui mais ce n'est pas possible. On ne peut pas tout faire. On ne peut pas tout avoir en illimité tout le temps. L'illimité ça ne marche pas pour tout. L'amour n'est pas illimité par exemple, et surtout le temps n'est pas illimité. Et j'avoue que j'ai tendance à l'oublier ma finitude. "Plus outre" dirait Biega ou Charles Quint, je ne sais plus ;-). Tout n'est pourtant pas free et surtout nous de moins en moins...Et c'est cruel.

Cet illimité que l'on nous vend partout nous donne une impression trompeuse et fait de nous des êtres insatisfaits et stressés de ne pas tout avoir, mais des êtres aussi bien embêtés de devoir-avoir-le-choix et de devoir renoncer finalement à l'idéologie free.

Alors voilà, je rêve à un nouveau forfait illimité, à un nouveau forfait free. Je sais que c'est impossible mais devant mon ordinateur je rêve à des journées illimitées pour :

-Dormir ou mieux ne pas dormir, rêvasser au lit.
-Se mettre du vernis aux ongles des mains ET des pieds.
-Déjeuner en plus de 10 min et boire son café ( c'est à dire ne pas l'oublier dans la salle de bain ou le balancer parce qu'il est trop chaud et que l'on doit déjà partir...)
-Appeler sa grand mère, l'écouter et lui raconter.
-Cuisiner pour les gens qu'on aime : ce qui suppose réfléchir à une recette, aller faire les courses et se mettre aux fourneaux.
-Faire les magasins, juste du lèche vitrine mais aussi acheter des trucs. Des trucs pour se faire plaisir et faire plaisir : s'acheter une crème de nuit, du bain moussant ou un jean.
-Aller au cinéma et critiquer les bandes annonces.
-Aller au sport ( quoique...)
-Lire. Putain juste le temps de lire : la presse et un roman et des livres d'Histoire. Juste le temps de lire, de s'évader sans discontinuité juste une heure, allez même 30 min.
-Faire des pauses cafés de plus de 10 min…Illimitées.
-Faire une sieste sur la moquette rouge de la BNF.
-Flâner tiens dans la BNF pour s'imprégner des grands espaces.
-Préparer un bon cours.

-Et aujourd'hui prendre le temps de repenser aux bons moments passés avec une amie, à nos discussions sur les hommes, sur la vie, sur le temps qui nous rattrape autour de verres de Corbières et la pleurer, cette amie.

Une journée illimité où on pourrait faire tout ça, être toutes les personnes que l'on est : l'intellectuelle, la coquette, la sportive ( LOL), l'amie, l'amoureuse, la dormeuse, la rêveuse, la bosseuse, la salariée, l'heureuse, la malheureuse.

Une journée illimitée qui ne finirait pas par la liste des choses que l'on reporte à demain ou que l'on s'efforce de caser ailleurs parce que demain...bah ca sera pareil;-)

Tout se monnaye mais je m'aperçois que le plus grand luxe, c'est d'avoir le temps.
Et les jours on ne l'a pas ce luxe, bah faisons les canailles et volons-le le temps car de toute façon il nous rattrape, un jour ou l'autre.
Grandir dans une société où tout semble soit disant possible, ça veut dire finalement choisir et je crois qu'il faut choisir de se ménager du temps free, voilà ce que j'ai compris.

Être free, se rendre parfois free, c'est avoir compris.

lundi 11 novembre 2013

L'âge de raison...

25 ans. 25 ans ? 25 ans !!!

Petite, je me disais que l'âge idéal était 25 ans : ni trop jeune, ni trop vieux, à 25 ans on a déjà vécu plein de trucs cool et on a la vie devant soi. Je le voyais un peu en mode Hélène et les Garçons : la fac, les potes, les histoires d'amour qui n'en finissent plus de nous enthousiasmer ou de nous faire souffrir.

A 20 ans, je n'y pensais pas : finalement 25 ans c'était loin et puis il s'agissait déjà de vivre le moment présent, d'en profiter. En plus avec toutes les incertitudes de la vie, il me semblait que personne ne pourrait vraiment prévoir ce que serait ma vie 5 ans plus tard.

Le cap est passé : ça y est j'ai 25 ans ! Un boulot en poche, un mariage en vue et un chat qui perd ses poils plus tard je continue à m'interroger : ça veut dire quoi avoir 25 ans ? On sort, mais est-ce bien vrai qu'on tient moins l'alcool ? On bosse en commençant à regretter la vie étudiante, mais en se disant que "c'est bien quand même d'avoir un job". On est posé tout en ayant envie d'aller à l'autre bout du monde. On se sent adulte en faisant son repassage, mais on continue à ignorer les courriers de la banque, de la CAF et de la sécu. On oublie ses rendez-vous médicaux même si, au moins, maintenant, on les prend.



J'ai l'impression qu'avoir 25 ans c'est franchir une étape à la fois difficile et très excitante : celle du passage à l'âge adulte. Celle où on ne fait plus ce qu'on veut quand on veut tout en ayant l'espoir de pouvoir encore le faire. Celle où on gère (ou tout du moins on essaie, avec de gros loupés parfois très drôles). Celle où on a des "responsabilités", parfois franchement angoissantes. Celle où on commence à mettre de l'antiride et à surveiller sa ligne parce que ATTENTION, après 25 ans "votre corps change et élimine moins". Celle où aller au boulot sans se maquiller vous fait prendre le risque de ne pas être reconnue de vos collègues ou de les voir s'inquiéter sur votre état de santé : à 25 ans, nude rime avec maquillage nude.

Mais qui dit étape dit transition : hors de question de ranger mon bureau (que ce soit au boulot ou chez moi), je continuerai à ignorer mon conseiller bancaire quand il m'appelle et  à appeler ma mère quand j'ai de la fièvre pour avoir un diagnostic à distance. Je n'arrêterai pas de fumer ni de me lever à 13h le dimanche. Encore moins de manger des McDo pour un oui ou pour un non.

Et regardons autour de nous : n'y a-t-il pas mille façons d'avoir 25 ans ? Dans un studio ou dans une maison avec jardin, avec un chat ou un poisson, au boulot ou à la fac. Finalement, on s'en fout d'avoir 25 ans, tant qu'on les a sereinement :)