mercredi 31 octobre 2012

La minute couleur locale: Halloween, Ici Trouille

Aujourd'hui, c'est Halloween. Mais bon, en vrai, ça dure depuis bien une semaine cette histoire; depuis l'épisode de Modern Family costumé mercredi dernier jusqu'aux décalcomanies (comme dirait mon père) monstres et "spooky" de ce soir, Halloween ça dure pendant une semaine, et je vous parle même pas des magasins et autres centres commerciaux.
N'empêche, c'est assez cool; je me souviens quand j'ai découvert Halloween, j'avais peut-être 15 ans, peut-être 13, avec mon petit frère on a eu pour Noël ou autre la cassette d'Hocus Pocus. Ce film était génial, on le connaissait par coeur, peut-être même qu'on le connaît encore par coeur. Il y avait des sorcières, c'était à Salem, et je m'émerveillais de cette fête où, au lieu d'aller dans des cimetières porter des chrysanthèmes, les enfants se déguisent et vont frapper aux portes de voisins pour des bonbons. Certes, Halloween est sûrement coupable d'une grande partie du diabète et de l'obésité aux Etats-Unis, mais au moins c'est rigolo. En France, dans notre jeunesse, c'était un peu trop américain de faire Halloween, personne n'avait vraiment de bonbons à nous donner, et il n'y a pas trop cette tradition du costume. A la place, il y a des marchands de chrysanthèmes sur le bord des routes. De nos jours c'est peut-être un peu plus généralisé, mais c'est quand même toujours "ze" fête américaine.

Du coup, ma première année ici, j'étais motivée du Halloween, j'avais trois costumes différents pour les trois soirées du weekend, il a fallu me retenir d'aller faire "Trick or Treat" dans les maisons avoisinantes. Et puis l'enthousiasme redescend: il y a les multiples sexy nurse, slutty pumpkin, slutty French maid, slutty (insérer nom de fruit)... Halloween dans une ville pleine de jeunes étudiants américains, c'est moins drôle qu'on le pense. Ils font du bruit, ils vomissent dans le coin de la chambre d'un ami qui organise la fête, bref, la magie d'Halloween se perd. On se retrouve à lancer un "chut", la porte entrouverte à 2h du matin à une princesse qui drague un footballeur devant notre porte parce qu'on veut dormir. On est vieille et aigrie. On déteste la table de 30 sorority girls et fraternity boys qui boivent des sakés bombs en hurlant, pendant qu'on essaie d'avoir une discussion sympa autour de sushis. Une fille en soutif et legging entre, le mot SLUT écrit en lettres noires sur son ventre. Est-ce ironique? Une fille sapée, sur son 31, enceinte, entre et on est choqué: puis on se rend compte que son déguisement c'est d'être une teenage mum, et alors c'est soit très drôle soit de très mauvais goût. Bref, on est blasé.

Et puis, au détour du vrai jour d'Halloween, les employés du département où je bosse ont organisé une fête dans le couloir, avec des doigts de sorcières en sablé avec un ongle en amande colorée rouge, du fromage qui pue, des chips et du vin. On boit de l'apple cider avec les enfants des profs (dont l'un est déguisé en magicien mais voulait être "Minnie Mouse", on est pas "gender-oriented" ici). Le directeur et ses assistants sont en personnages de Star Trek, un copain de Séville est en nonne espagnole ou même en Inquisition. On me prête une perruque et tout va bien. La fatigue, le stress, partis; je m'empiffre en faisant des blagues. Du coup, en rentrant, je retrouve un vieux costume et je le mets, pour la forme. Je me pointe au dîner à la cafétéria et il y a une compétition de costume. Je gagne 2 kilos de bonbons.

Et puis avec ma copine Alice au pays des merveilles et une coccinelle, et un Evil Knievel que tout le monde prend pour Elvis, on part à la chapelle de l'université, un endroit assez splendide, pour voir "Faust" de Murnau avec une orgue et des effets de sons dignes d'un film de science-fiction. Et là, on peut le dire, Halloween, ça a de la gueule.

Nota Bene: Les bonbons américains sont vraiment pas terribles comparés aux français. Je veux des langues, des têtes brûlées, des Kinder Choco-bon, des cocas, des schtroumfs, des cerises.

dimanche 28 octobre 2012

A chacun son dimanche...


 
Le dimanche est un jour incertain : fin de week-end, début de semaine ? Questions métaphysiques, programme de la semaine (quand je dis programme je pense plus à vestimentaire que scolaire d'ailleurs), organisation de soirées entre amis, c'est le jour du bilan de la semaine précédente et de la mise en place de la suivante. Retour sur une journée qui divise...

Pour certains c'est le jour de la famille, celui où vous dégustez un succulent plat familial avec votre tribu avant de pratiquer la traditionnelle promenade digestive dans un parc ou en forêt. Sauf que ma famille habite loin, en tous les cas trop loin pour ce genre d’habitudes… Dans mon cas (et je ne suis pas la seule je pense...enfin j'espère), le dimanche me rappelle l'éloignement - de la famille, de la forêt et du poulet rôti - et se passe en coups de fil pour se raconter la semaine passée et la semaine à venir, pour se dire tout simplement que, décidément, on n’aime pas le dimanche.

J’admire ceux qui mènent leur dimanche tambour battant. Expos, promenades, brunch, dîners se succèdent et font de cette journée un jour sympa, un peu comme les autres sauf qu’on a le plaisir de ne pas travailler. Je les admire moi qui peine à me lever et à passer une tenue un peu classe, à me maquiller et me coiffer convenablement. Le partenariat domestique (pour évoquer pudiquement la vie de couple) m’a amenée à  troquer le jogging-pyjama-chaussettes pour le chino-bensimon. L’avantage est que l’on peut croire au choix délibéré de jouer les filles décontractées…c’est plutôt celui de ne pas se casser la tête, d’être à l’aise dans mes fringues et surtout dans mes chaussures après une semaine de souffrance !

Une fois habillée encore faut-il réussir à s’extraire de son nid douillet. Une petite balade, un ciné, une pizza, okay ça j’y arrive. Mais sachant que le lendemain je reprends les trajets – c’est-à-dire que je renoue avec la foule, les transports, le bruit – je trouve ça tellement bon de pratiquer le dimanche régressif. Celui où on fait un tas de petits riens salutaires : regarder des films, lire un bon bouquin, faire des crêpes (ce qui peut occuper une bonne partie de l’après-midi selon la quantité), puis les manger. 



Bref, loin d’être une aficionada du dimanche, je l’aménage, je le détourne, je l’utilise comme « réserve de temps pour ce que je n’ai pas pu faire dans la semaine » et finalement…je l’aime bien ce petit dimanche ! Je l’aime bien parce qu’au fond je sais que ce petit sas de décompression-recompression avant le lundi (si joliment décrit par Babel), est nécessaire pour rattaquer d’un bon pied et me réjouir, le lendemain matin, de faire mon retour sur la scène sociale !

lundi 22 octobre 2012

La douce frénésie du lundi.

 
Ah ! LE lundi ! Le premier jour de la semaine. L'objet de nos grandes angoisses métaphysiques du dimanche soir. Le jour que l'on veut passer. Le jour qui n'existe pas.

Et bien, non. Pas pour moi. Je joue encore une fois l'enquiquineuse et j'écris pour vous livrer un truc horrible, effrayant, dérangeant, perturbant pour certains qui raillent mon entrain et mon optimisme niais : J'ai toujours aimé les lundis.

 

Le lundi, c'est le jour où tout repart, où tout se remet en marche. Les métros, les boulangeries, les gens. Tout le monde est bien habillé. Les femmes se déhanchent en talons aiguilles, les cheveux coiffés et propres -encore une de nos grandes théories sur les cheveux gras qui ne doivent pas l'être et qui plus est le lundi. Les hommes sont fraîchement rasés avec leur chemise repassées. Tout doit, du moins en apparence, bien aller le lundi. C'est le jeu non ? Et du coup, on se force, on est happé et on a envie de croire que tout va bien.

Le lundi, on retrouve les gens que l'on avait cherchés à oublier tout le week end mais aussi des personnes sympathiques que l'on est content de recroiser. Au café, les habitués reviennent, se racontent le week end, râlent, se piquent Libé. Cette petite routine qui peut paraître pesante fait en fait, le sel du lundi. Je pense alors à Saint Augustin -si si dés le lundi matin parfois... on ne se refait pas ;-)- : « le bonheur, c'est de continuer à désirer ce que l'on possède ».

Le lundi est un éternel commencement. L'énergie revient.
Le lundi, on veut bouffer le monde en écoutant France Inter...Les infos...La chronique Géopolitique... On veut s'engager, militer, s'insurger. On proclame de grandes résolutions.

Le lundi matin, on cours partout. On se la joue « La France qui avance ». On se sent vivant avec ses dix mille trucs à faire, ses dix mille projets ! Pour ma part, je cours -après quoi ? J'espère le savoir un jour- dans les rues, dans le métro avec mes petits talons ! Je vis, je vole, je souffre, j'existe ! Youhou ! En puis en plus, depuis quelques semaines, figurez vous que le lundi, à Paris, ben, il fait beau. Très beau même. On se lève avec le soleil, on descend la rue en regardant un coin de ciel bleu. L'air est un peu frais, le bus est carrément bondé mais on s'en fout parce qu'on peut sortir les lunettes et qu'il fait beau, que la lumière est belle et qu'elle sublime même ce jeune homme mangeant sa chocolatine à l'arrêt de bus. Les fenêtres de la classe sont ouvertes : « Mais Madame, vous avez l'air heureuse ce matin ! » « Oui ce matin, c'est lundi, il fait beau et je suis heureuse. Demain, on verra, le mardi arrivera. Mais ça c'est une autre histoire, en attendant : Dictée ! »

Le lundi après midi, je veux croquer les lèvres toutes roses de ce garçon qui sent si bon et qui vient s'asseoir à côté de moi en cours-au diable le renoncement ! Je suis persuadée que ça, c'est grâce au monday power. Le lundi, on aborde, on arrête de tourner autour du pot, on conquiers, on se lance. On colonise des territoires entiers ! Et Messieurs, je suis sure que vous le sentez que, oui, le lundi, tout est permis. Les sourires sont plus insistants. La drague du lundi est une chose extraordinairement délicieuse. Le lundi, je distribue mes sourires pour les jours où mes sourcils restent froncés et où le monde est chagrin.

Alors, bien sûr il y a des lundis moins bien, où le soleil ne brille pas, où les ennuis et les problèmes pleuvent en cascade. Dans ces cas là, il faut se reporter sur l'espoir du lundi soir qui reste une superbe sensation...Ce sera mieux demain...Dans ces cas là, en attendant, il faut surtout bien programmer son ipod et s'imaginer un « lundi au soleil » car c'est assurément une chose que l'on n'aura jamais mais que l'on peut abondamment rêver...Mépriser l'environnement grisouille, les tronches en biais, monter le son, chanter sur du  Claude François ou du Vincent Delerm ;-) et attendre que ça passe, que les beaux jours reviennent car « ça s'en va et ça revient ».
Parce que c'est vraiment beau comme le jour et bête comme la pluie, finalement, un lundi.

dimanche 21 octobre 2012

Les soldes : la raison que le coeur ignore

Aux Etats-Unis, j'ai l'impression que c'est toujours les soldes. Venant d'un pays où ça n'arrive que deux fois par an, ça me perturbe grandement. En gros, quoi que je fasse, il y a toujours une solde spontanée qui me force à acheter quelque chose. Du coup, ça me fait réfléchir.

En France, quand c'est les soldes, et surtout ces dernières années, c'est plutôt nul - on peut parler du manque de goût total chez H&M et Zara l'été dernier? On a jamais l'impression de faire de super affaires, mais d'un autre côté, c'est tellement bon marché chez nos marques de prédilection (les susnommées) qu'à côté des marques américaines comme Gap ou Urban Outfitters, c'est presque la solde permanente. Mais en vérité, c'est bien plus compliqué: on sait toutes que la plupart du temps, en période de soldes, les trucs les plus moches seront toujours à moins 60% alors que le pull cachemire ou la robe en soie restent aux pauvres 15 ou 20%. Sans parler du fameux rayon "collection post-soldes", qui même s'il n'est souvent pas en harmonie avec la température, nous fait vouloir jeter l'argent par les fenêtres, tellement il est bien rangé et tout manucuré, comme par hasard.

Maintenant, passons outre-Atlantique: les vêtements y sont assez chers, même très chers, et on passe de la sous-qualité Old Navy et Target au haut de gamme (pour mon budget) Urban Outfitters et Gap. Par exemple, sur une boutique en ligne, il y a les vêtements normaux et les vêtements soldés. On pourrait penser que du coup c'est simple, qu'on peut aller directement à l'onglet "Sale" sans passer par la nouvelle collection. Mais ça ne marche jamais comme ça, si? Ces jours-ci, il me faut un sac à dos; sur le site d'Urban Outfitters, je fais une recherche sac à dos, et j'en trouve un pas mal, à 69$. Je vais voir en soldes, et voilà le même sac à dos, dans des couleurs différentes. L'un est gris, l'autre plutôt orange. Il me semble que je préfère le gris, mais le orange est deux fois moins cher. Est-ce que c'est pour ça que je préfère le gris, parce qu'il est plus cher? Est-ce que quelque part on veut juste ressentir cette déception du "oh, pourquoi ça n'arrive qu'à moi?", qu'il n'y ait plus ma taille mais cet article non soldé est lui vachement mieux fourni en M, que la couleur que je préfère ne soit pas celle qui est soldée? Ou est-ce que, inconsciemment, c'est parce que le gris n'est pas soldé qu'il gagne toute sa valeur? Ou même, c'est parce que l'orange est soldé qu'il perd de sa valeur?

Est-ce qu'on est vraiment aussi manipulables et vain(e)s?

And I say no, no, no...

Oui-Oui a été pour beaucoup d'entre nous, le compagnon de notre enfance, il est aujourd'hui une vieille connaissance. Mais vient un jour où l'on décide de se défaire de sa bonne humeur de pantin désarticulé (qui soit dit en passant peut devenir vraiment angoissante quand on est soi-même de mauvaise humeur) pour préférer l'attitude Non-Non. 



Qu'il est dur de dire non. Ce petit mot rond en bouche est en fait un terrible refus, une fermeture sur l'extérieur, le risque de passer pour un égoïste...Dire non n'est pas facile mais en plus c'est effrayant : que va-t-on penser de moi ? 

Certains surpratiquent le non. Le non aux inconnus, le non aux amis, le non catégorique, le non grincheux. Ils possèdent une palette de non impressionnante presque aussi complète que ceux qui pratiquent le "putain" à longueur de journée (et je parle en connaissance de cause). D'autres à l'inverse, pensent non en disant oui. Gentillesse ou angoisse du rejet, peu importe, ils ne parviennent pas à articuler cette petite syllabe. Et je les comprends. Le non a si mauvaise image...

Alors comment trouver le doux équilibre entre Oui-Oui et ce fameux "lolcat" qui fait "nononono" ? Il faudrait des coaches de non, qui nous mettent en situation en nous apprenant à le gérer : quand le dire, comment, et surtout comment gérer la réaction de l'interlocuteur. Parce que le vrai problème au fond c'est ça : quelle image on renvoie. Refuser de donner une cigarette dans la rue vous expose à vous faire insulter, refuser de se faire insulter et protester c'est encourir le risque d'une bonne bastonnade. Quant à vos amis, si vous leur dites non, est-ce qu'ils le seront encore demain ? Dans les situations à risque (ce qui recouvre un bon nombre de situations) ne vaut-il pas mieux pratiquer le non-défini et le oui-à-conditions ? Non je ne te donnerai pas de cigarette parce que je ne te connais pas, que je n'en ai plus qu'une, que c'est tellement cher que j'ai l'impression de donner 2€, etc. ; non je ne viendrai pas te chercher à minuit à la gare parce que je me lève demain et que chaque réveil est une souffrance, mais si tu prends un train plus tôt, oui je serai là. Tout est question de nuance, je crois. 

De Oui-Oui à Non-Non (le non catégorique-fermé-grincheux voire hostile), le nuancier est vaste et nous offre des centaines de combinaisons. A nous d'en faire bon usage !

vendredi 19 octobre 2012

Pensée profonde n°...

Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
          Il n'y a pas d'amour heureux
Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
A quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
          Il n'y a pas d'amour heureux
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
          Il n'y a pas d'amour heureux
Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
          Il n'y a pas d'amour heureux
Il n'y a pas d'amour qui ne soit à douleur
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit meurtri
Il n'y a pas d'amour dont on ne soit flétri
Et pas plus que de toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour qui ne vive de pleurs
          Il n'y a pas d'amour heureux
          Mais c'est notre amour à tous les deux
Louis Aragon (La Diane Francaise, Seghers 1946)

Et du coup, c'est quand le bonheur ?

dimanche 14 octobre 2012

J'voudrais vivre des soirées parisiennes...

Arriver à Paris...Goûter son air pollué, l'aimer, le chérir même parce que c'est celui de la capitale, du rêve, de notre vie fantasmée de jeunes adultes. Tel était mon sentiment quand je m'y suis installée mon bac en poche. Alors bien sûr j'allais y trouver ma voie, "percer", mais surtout je comptais bien faire des rencontres extraordinaires, et pour cela je voulais investir le dancefloor des soirées parisiennes. 

Ces dancefloors collants de bière et de vodka, jonchés de gobelets, pailles et (quand on pouvait encore fumer) de mégots. Au risque de tomber, de voir votre escarpin préférer rester scotché au sol plutôt qu'à votre pied, vous vous lancez : les bras, les jambes, la tête, dans une frénésie corporelle c'est parti ! Les lumières aveuglantes, les décibels, l'ambiance déchaînée des fins de semaine sont là pour nous inviter à oublier, tout oublier. Cette vie nocturne est exaltante, elle donne l'impression d'être immortel.... 

Mais l'évocation d'une soirée parisienne n'est pas complète si on oublie son étape principale (que vous avez tâché d'oublier pendant toute la soirée à coups de mojitos) : le RETOUR ! Vos pieds malmenés disent stop et refusent d'avancer un pas de plus sur un pavé, ce qui peut vous obliger à subir l'épreuve honteuse de rentrer pieds nus. Mais encore faut-il trouver un moyen de rentrer :  le métro ? Ceci reste à négocier avec vos pieds qui refusent obstinément de courir et à votre estomac qui, après s'être agité sur la piste, est sensible aux odeurs parfois surprenantes de ses wagons ; les vélib' ont généralement été pris d'assaut et les taxis, c'est à condition qu'ils acceptent de s'arrêter et qu'ils ne vous tuent pas en s'écrasant contre un bus ! Mais rien n'égale en bonheur le dernier métro attrapé, la possibilité de s'affaler dans les fauteuils en cuir d'un taxi sur fond de Nostalgie, d'enlever ses chaussures et ...de se coucher en écoutant le soupir de soulagement de vos orteils ! 

Cette vie enlevée, à la rencontre d'inconnus, d'oiseaux de nuit aux mouvements saccadés et souvent cocaïnés, l'angoisse du retour, le soulagement de l'arrivée, m'ont appris à apprécier les soirées off. Celles autour d'une bouteille de vin, tomates cerises et cakes Picard en menant de longues  discussions sur la vie, l'amour et l'avenir ; celles où l'on danse à 15 dans 15m², où l'on fait des blagues nulles mais qui nous font rigoler. Qu'il est bon de se perdre dans les boîtes parisiennes, mais à condition de savoir se retrouver entre amis, en toute simplicité.

samedi 13 octobre 2012

"Random Ramdam": La journée du petit copain



 Le 3 octobre, aux Etats-Unis, pays inventeur de nouvelles fêtes toutes plus ridicules les unes que les autres, c'est National Boyfriend Day. Donc, c'est l'heure de la critique. Après avoir vu des filles de ma connaissance se plaindre qu'elles n'en avaient pas, elles, de boyfriend. Après avoir scanné Twitter à la recherche de commentaires ironiques sur la question, force est de constater; ceci n'est pas une blague, c'est un vrai truc ici.
Déjà, il faut qu'on m'explique ; ça suffit pas la St Valentin dans le genre fête commerciale avec une vague légende chrétienne derrière? Il fallait en plus inventer une journée juste pour les mecs- parce qu'ils ont déjà tellement peu de choses. Et puis, ça veut dire quoi en fait, boyfriend day? Ca veut dire que je fais la vaisselle et que je suis pas chiante pendant 24h? Du coup, j'ai cherché, il y a un girlfriend day, en août. Sauf que j'en ai pas du tout entendu parler. Minute féministe: si le girlfriend day compte dans ses résultats Google un nombre phénoménal de suggestions d'acheter des fleurs ce jour-là, qu'est-on sérieusement censé(es) faire pour Boyfriend Day? Leur offrir un jeu vidéo, une montre? Que nous restera-t-il à la Saint Valentin si on grille toutes nos idées de cadeaux début octobre? La vérité, c'est que ce truc a été créé par on ne sait qui, on ne sait quand, il n'y a même pas un article wikipédia. C'est presque comme si l'Eglise de Scientologie voulait éliminer les preuves, et l'absence de preuves, c'est toujours louche. Mais voilà, en fait il ne faut pas aller chercher bien loin: National Boyfriend Day, comme beaucoup d'autres fêtes en carton récentes, est un pur produit de la société déraisonnée des réseaux sociaux: un original lance l'idée sur Twitter, est repris par une teenage girl qui découvre les joies de l'amour ces jours-ci, et nous voilà partis pour une nouvelle fête.

Minute sceptique/Minute papillon: tout ça m'a quand même l'air affreusement orienté pour un public largement hétérosexuel, voire pseudo-chrétien. Théorie du complot oblige, ce ne serait pas un fête déguisée en forme d'acceptation de la vie dans le péché, pour en fait diriger les gens encore plus vers l'issue logique dans ce pays: le mariage. Et là, c'est le drame; dans les fameux résultats Google, je me rends compte que National Girlfriend Day est compris aussi bien comme le jour de la petite copine que comme le jour des copines. L'ambiguïté linguistique crée une inégalité criante dans une fête déjà stupide: National Boyfriend Day c'est juste pour le petit copain, alors que National Girlfriend Day est un mélange un peu sournois de petite copine et de meilleure copine. Du coup, c'est dégueu pour les mecs qui ont des potes, mais aussi pour les meufs qui veulent de vraies fleurs au moins trois fois par an. C'est compter sans cette fille du lycée qui forçait tout le monde à lui souhaiter sa fête comme si c'était un anniversaire. Mais je m'éloigne du sujet.

En gros, à part un dégoût pour cette société consommatrice de l'excès par biais de fêtes commerciales stupides, cette fête ne m'inspire pas grand chose de plus que cette vidéo:

Donc, félicitations les American Girls, maintenant vous avez une journée de plus par an où les célibataires parmi vous peuvent se lamenter sur les réseaux sociaux de leur situation honteuse, pendant que vos potes postent des photos de leur dîner en amoureux ou du super cadeau qu'elles ont trouvé pour leur mec. Moi, j'ai un mec, mais je suis aussi Européenne et féministe non-avouée. Des jours comme-ça, ça me donne envie de brûler mon soutien-gorge et de regarder Bridget Jones en écoutant un vieux tube girl power de Lily Allen, datant d'avant qu'elle ne devienne elle aussi une femme au foyer.

vendredi 12 octobre 2012

Pensée du soir : Espoir ou Désespoir ?


Un jour, pour des recherches, on emprunte et on commence à lire Lévinas. Un autre jour, parce qu'on essaie toujours de finir les livres que l'on commence, on termine le bouquin et on se dit que c'est vraiment pas mal ce qu'il dit Lévinas. Un beau jour, par nostalgie, en traînant chez Gibert, on achète, on relit et on remercie Lévinas.

Emmanuel Lévinas est un philosophe contemporain dont la lecture a changé ma vie. Et j'exagère à peine vous le savez bien !;-). Il a beaucoup écrit sur l'Autre, une question qui nous hante, nous poursuit à tous.

J'avais lu un article où il préconisait de « mettre un peu de l'Autre dans son regard ». J'avais trouvé ça beau et ambitieux au regard du monde dans lequel on vit.

L'idée centrale qu'il développe dans Totalité et Infini est qu'Autrui est absolument autre, totalement extérieur et supérieur à toute compréhension, à toute possession, à toute réduction. Et pourtant c'est par, contre ou avec cet Autre que l'on se construit. Et là, dans un premier temps, je me suis dit ouf ! Je ne comprends pas l'Autre...ma mère, mon copain, ma meilleure amie, mon prof', les gens, les politiques, la société, le monde est absolument sourd parfois mais c'est pas grave ! C'est normal même ! J'avais trouvé un monsieur qui m'expliquait que, dans cette irréductible incompréhension, la vie suivait son cours : on ne se comprend pas mais on vit ensemble et l'on se construit les uns avec les autres. Tout était normal en fait !

Et là, vous vous en doutez bien, ce fut la crise. Car oui, dans un deuxième temps, quand on y réfléchit de plus près c'est carrément flippant. Mince, on est vraiment tous seul alors. On est « seul jusque dans sa propre solitude » comme l'écrit Duras ?

Heureusement, le philosophe parle aussi d'Amour. Et là, on se dit que l'issue de toute cette incompréhension, de toute cette solitude peut être sympa. Ambiguë certes, mais sympa. Il affirme en effet que l'Autre représente « la transcendance absolue ». Autrui, c'est l'absolument Autre, qui me dépasse totalement, que je ne peux assimiler, réduire au semblable et pourtant précise-t-il « l'extériorité n'est pas une négation mais une merveille ». Oh c'est trop chou ! Donc aimer, même si l'on en se comprend pas, c'est fun ! On découvre quelqu'un, quelqu'un de différent, quelqu'un qui nous bouleverse, nous bouscule, nous pousse dans nos retranchements et c'est normal et fun à la fois parce que l'être aimé représente « la transcendance absolue », l'être aimé, dans sa sublime différence, c'est un peu Dieu quoi. Là, je me suis dit que bon, finalement, pour le coup, Lévinas, il était peut être un peu « gnangnan » mais j'ai continué ma lecture.

Et j'ai bien fait. Car après une démonstration que je vous épargne ici, après avoir analysé cette question de la « transcendance absolue », après avoir parlé du « désir métaphysique », de "l'Autre métaphysiquement désiré", Lévinas conclut en disant  : « L'amour vise Autrui, il le vise dans sa faiblesse.(...) Aimer, c'est craindre pour autrui, porter secours à sa faiblesse. »
Et lux fit. J'ai trouvé tout ça clair et magnifique et j'ai décidé de l'attendre, de pied ferme, mon sauveur. ;-)

mardi 2 octobre 2012

Eloge du décrochage.




En ces premiers jours d'Octobre où l'excuse de la rentrée ne marche plus vraiment pour justifier nos « absences », notre manque d'entrain et nos « crises existentielles », et où l'on ne parvient toujours pas à s'y mettre, continuons de rêver, de « décrocher », de penser à tout ce dont nous ne devrions pas penser...à l'été, à ce garçon, aux prochaines vacances, aux nouvelles collections Automne-Hiver, à ce qu'il nous reste dans le frigo, à la Mort, à Mitterrand même...Continuons de chérir et de poursuivre notre délicieuse petite vie intérieure où rien n'est vraiment contrariant...Où les gens rappellent toujours...Où la pluie ne tombe jamais...Où nous avons le temps. Le temps pour tout.

Au cœur de ce tourbillon qui nous entraîne vers le « toujours plus vite », continuons notre petit chemin...en terres intérieures, à notre rythme. Oui, notre rythme. Moquons nous du temps à la façon des nobles d'Ancien Régime qu'aucune contingence naturelle ou matérielle ne semblait pouvoir perturber...Laissons le filer, parfois même, le temps. Et faisons mentir le cadran solaire. Propera te fugit. Peut être mais c'est moi qui décide alors ;-).Choisissons la cadence. Accélérer parfois. Ralentir souvent. Vivre à son rythme toujours. Puisqu'il y a, c'est bien connu, Vincent Delerm le chante d'ailleurs, un temps pour tout.




J'ai la chance d'avoir tous les jours le loisir et le temps de changer d'époque. Quand « mon temps » me barbe, me déçoit ou m'ennuie, je file ailleurs dans un monde bien à moi, historique ou romantique selon l'humeur, où, je dois bien l'accorder, l'herbe n'est pas toujours plus verte, mais où je trouve, pour un temps seulement, le repos.

A toutes celles et ceux que le temps -et sa gestion surtout- contrarient, mais qui arrivent tout de même à s'évader ou à le maîtriser ce fichu temps qui passe. Aux jeunes filles pressées, aux femmes lentes, aux rêveuses aux plusieurs vies, à chacune de nous finalement, je dédie ce poème très connu- classique mais efficace ;-) - qu'il m'arrive de me réciter...de temps en temps.

Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensées, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!


Charles Baudelaire in Les Fleurs du Mal.

lundi 1 octobre 2012

Bienvenue dans le bus magique !

Mon bus magique c'est le bus 21 qui assure la liaison entre Porte de Gentilly et Gare Saint Lazare...Il dessert un tas de stations très pratiques comme Luxembourg, la Sorbonne ou encore Châtelet ! Mais il n'est pas seulement pratique...il est l'occasion de rencontres improbables, de discussions passionnantes...Un peu comme le bus de ce dessin animé que je regardais dans mon enfance !

Tout commence à l'arrêt... On y croise et recroise les mêmes personnes qui finissent par vous adresser quelques mots. Comme cette dame qui, me voyant fumer, m'a demandé si j'aimais la vie...Je pratique alors la politique de l'autruche joyeuse : silence-sourire ! Cette technique est très efficace et m'a permis de répondre poliment...pendant tout un trajet...à une ancienne professeure de physique qui m'interrogeait, comme si j'étais une de ses élèves, sur l'histoire du nom des rues : Soufflot, Gay-Lussac, Saint-Jacques...à une autre qui, passant devant la prison de la Santé au cours d'un détour du bus, me demandait mon avis sur la peine de mort !

Mais plus encore que participer à ces discussions, j'aime écouter les gens raconter leur journée, leurs soucis, préparer leurs voyages...donner leur avis sur la politique. Tels ces trois garçons d'à peine 17 ans, ravis, en mai dernier, de ne pas avoir à voter, car de toute façon "la politique est pourrie" ! Bref, ces voyages sont l'occasion d'une longue immersion. On y côtoie toutes les générations, la petite Mathilde qui me montre ses jolies bottes (enfin je crois...elle me les a montrées en articulant difficilement "boootttes"! ;) ), ou ce papa espagnol débordé par ses deux enfants qui refusaient obstinément de manger des sandwiches au jambon à 9h...Il y a les personnes âgées aussi, celles qui n'osent pas demander un siège, celles qui vous font déplacer parce que la place derrière le chauffeur est la leur, alors que le bus est à moitié vide ! Celles qui vous prennent à parti sur la solitude et l'ignorance. Alors pour participer à cette vie du bus 21, de temps en temps, j'éteins mon MP3 et j'écoute, j'observe ses passagers...
 
D'ailleurs, il y a quelques temps, de petits panneaux de prévention ont été affichés. Ils préconisaient de laisser notre place aux passagers prioritaires, de ne pas parler trop fort au téléphone et....de ne pas écouter les conversations des autres ! Ce petit panneau en question, vert, montrait deux dames en blanc discutant, tandis qu'un monsieur stigmatisé par la couleur jaune, tendait l'oreille dans leur direction. Et là...je me suis sentie repérée...