mardi 2 octobre 2012

Eloge du décrochage.




En ces premiers jours d'Octobre où l'excuse de la rentrée ne marche plus vraiment pour justifier nos « absences », notre manque d'entrain et nos « crises existentielles », et où l'on ne parvient toujours pas à s'y mettre, continuons de rêver, de « décrocher », de penser à tout ce dont nous ne devrions pas penser...à l'été, à ce garçon, aux prochaines vacances, aux nouvelles collections Automne-Hiver, à ce qu'il nous reste dans le frigo, à la Mort, à Mitterrand même...Continuons de chérir et de poursuivre notre délicieuse petite vie intérieure où rien n'est vraiment contrariant...Où les gens rappellent toujours...Où la pluie ne tombe jamais...Où nous avons le temps. Le temps pour tout.

Au cœur de ce tourbillon qui nous entraîne vers le « toujours plus vite », continuons notre petit chemin...en terres intérieures, à notre rythme. Oui, notre rythme. Moquons nous du temps à la façon des nobles d'Ancien Régime qu'aucune contingence naturelle ou matérielle ne semblait pouvoir perturber...Laissons le filer, parfois même, le temps. Et faisons mentir le cadran solaire. Propera te fugit. Peut être mais c'est moi qui décide alors ;-).Choisissons la cadence. Accélérer parfois. Ralentir souvent. Vivre à son rythme toujours. Puisqu'il y a, c'est bien connu, Vincent Delerm le chante d'ailleurs, un temps pour tout.




J'ai la chance d'avoir tous les jours le loisir et le temps de changer d'époque. Quand « mon temps » me barbe, me déçoit ou m'ennuie, je file ailleurs dans un monde bien à moi, historique ou romantique selon l'humeur, où, je dois bien l'accorder, l'herbe n'est pas toujours plus verte, mais où je trouve, pour un temps seulement, le repos.

A toutes celles et ceux que le temps -et sa gestion surtout- contrarient, mais qui arrivent tout de même à s'évader ou à le maîtriser ce fichu temps qui passe. Aux jeunes filles pressées, aux femmes lentes, aux rêveuses aux plusieurs vies, à chacune de nous finalement, je dédie ce poème très connu- classique mais efficace ;-) - qu'il m'arrive de me réciter...de temps en temps.

Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensées, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!


Charles Baudelaire in Les Fleurs du Mal.

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