vendredi 12 octobre 2012

Pensée du soir : Espoir ou Désespoir ?


Un jour, pour des recherches, on emprunte et on commence à lire Lévinas. Un autre jour, parce qu'on essaie toujours de finir les livres que l'on commence, on termine le bouquin et on se dit que c'est vraiment pas mal ce qu'il dit Lévinas. Un beau jour, par nostalgie, en traînant chez Gibert, on achète, on relit et on remercie Lévinas.

Emmanuel Lévinas est un philosophe contemporain dont la lecture a changé ma vie. Et j'exagère à peine vous le savez bien !;-). Il a beaucoup écrit sur l'Autre, une question qui nous hante, nous poursuit à tous.

J'avais lu un article où il préconisait de « mettre un peu de l'Autre dans son regard ». J'avais trouvé ça beau et ambitieux au regard du monde dans lequel on vit.

L'idée centrale qu'il développe dans Totalité et Infini est qu'Autrui est absolument autre, totalement extérieur et supérieur à toute compréhension, à toute possession, à toute réduction. Et pourtant c'est par, contre ou avec cet Autre que l'on se construit. Et là, dans un premier temps, je me suis dit ouf ! Je ne comprends pas l'Autre...ma mère, mon copain, ma meilleure amie, mon prof', les gens, les politiques, la société, le monde est absolument sourd parfois mais c'est pas grave ! C'est normal même ! J'avais trouvé un monsieur qui m'expliquait que, dans cette irréductible incompréhension, la vie suivait son cours : on ne se comprend pas mais on vit ensemble et l'on se construit les uns avec les autres. Tout était normal en fait !

Et là, vous vous en doutez bien, ce fut la crise. Car oui, dans un deuxième temps, quand on y réfléchit de plus près c'est carrément flippant. Mince, on est vraiment tous seul alors. On est « seul jusque dans sa propre solitude » comme l'écrit Duras ?

Heureusement, le philosophe parle aussi d'Amour. Et là, on se dit que l'issue de toute cette incompréhension, de toute cette solitude peut être sympa. Ambiguë certes, mais sympa. Il affirme en effet que l'Autre représente « la transcendance absolue ». Autrui, c'est l'absolument Autre, qui me dépasse totalement, que je ne peux assimiler, réduire au semblable et pourtant précise-t-il « l'extériorité n'est pas une négation mais une merveille ». Oh c'est trop chou ! Donc aimer, même si l'on en se comprend pas, c'est fun ! On découvre quelqu'un, quelqu'un de différent, quelqu'un qui nous bouleverse, nous bouscule, nous pousse dans nos retranchements et c'est normal et fun à la fois parce que l'être aimé représente « la transcendance absolue », l'être aimé, dans sa sublime différence, c'est un peu Dieu quoi. Là, je me suis dit que bon, finalement, pour le coup, Lévinas, il était peut être un peu « gnangnan » mais j'ai continué ma lecture.

Et j'ai bien fait. Car après une démonstration que je vous épargne ici, après avoir analysé cette question de la « transcendance absolue », après avoir parlé du « désir métaphysique », de "l'Autre métaphysiquement désiré", Lévinas conclut en disant  : « L'amour vise Autrui, il le vise dans sa faiblesse.(...) Aimer, c'est craindre pour autrui, porter secours à sa faiblesse. »
Et lux fit. J'ai trouvé tout ça clair et magnifique et j'ai décidé de l'attendre, de pied ferme, mon sauveur. ;-)

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