jeudi 24 octobre 2013

Des romans d'Amour.


« Bonjour, je voudrais un roman d'Amour s'il vous plait.
- C'est à dire ?
- Une belle histoire. Enfin...Vous voyez quoi.
- Une histoire qui finit bien ?
- Oui, si possible.
- Ah. (sourire gêné)
- Oui. Non mais en fait c'est pas possible sinon c'est pas un vrai roman d'Amour. »

Voilà la teneur de l'une des dernières discussions que j'ai eu avec le libraire.
Les histoires d'Amour finissent mal...En général. Et pourtant on continue à en lire, à en écrire et à en vivre.

Rien de tel qu'un bon roman d'Amour pour traverser l'automne. 
Un bon-vrai-gros roman d'Amour, un roman d'Amour comme on en fait plus, un roman sur un Amour qui dure, une histoire sans fin, avec des cas de conscience inextricables. Une histoire qui ne finit jamais vraiment pour nous convaincre que non rien n'est vraiment fini.
Un roman d'Amour ou alors...une histoire qui finit mal tiens. Comme dans la vraie vie.
En début d'année, j'avais opté pour Guerre et Paix mais pour l'instant, il faut bien l'avouer, ca me sert de table de chevet. J'ai eu envie d'un roman d'Amour. 

Denis de Rougemont a écrit que beaucoup de gens ne seraient jamais tombés amoureux s'ils n'avaient pas lu de roman d'Amour. Les pauvres. La vie serait certes plus facile sans romans d'Amour et sans Amour mais moins belle, moins vive, moins dense...Mais le roman d'Amour nous apprend peut être l'Amour mais peut aussi le tuer au sens où l'on aime avec des désirs, des attentes, des trucs qu'on a vu , qu'on a lu, qu'on a attendu et qu'on s'y perd. L'Amour peut mourir des attentes non assouvies, des ambitions trop hautes, des desseins trop compliqués, des exigences fausses et irréalisables. Mais d'un autre côté, ce que nous apprend aussi la littérature c'est l'Absolu, les grands sentiments. Doit-t-on y renoncer pour se contenter du médiocre, du contingent, de l'a-peu-prés ? Si on a écrit toutes ces belles histoires c'est qu'elles ont bien du exister non ? Dans la vraie vie, on souffre - plus ou moins souvent- selon les histoires et les personnes, mais globalement on passe toujours -plus ou moins souvent- par des phases pas très rigolotes. Des phases d'où l'on sort forcément mais qui laissent un goût amer. Et c'est à ce moment là, après la douleur, ou même pendant, qu'il faut lire un roman d'Amour. Déjà pour comprendre, comme pour les tableaux, l'universalité de la chose et son esthétisme, mais aussi pour se conforter dans son désir d'exigence et d'Absolu – puisque ce n'est plus que ce qu'il nous reste- et enfin pour s'évader un moment. Un film, un tableau ce n'est pas assez long. Ca ne mobilise pas assez longtemps l'esprit. Un roman, ça infuse, ça murit, ça occasionne des réflexions. 
On peut aussi avoir envie de retrouver ses fols et mièvres espoirs de midinette, de lire par distraction, de laisser pour un temps les choses sérieuses, les livres d'Histoire, de Géo, les romans policiers, les romans de mœurs et juste se laisser aller. 

Me voilà donc partie à la recherche DU roman d'Amour de mon automne.

Des romans d'Amour je dois avouer que j'en ai pas mal lu. De Belle du seigneur à Bridget Jones en passant par l'Amour dure trois ans de Beigbeder.





Vers quoi me diriger ? Du contemporain ? Du classique ?
Les deux comme souvent.
Pour le classique, j'ai trouvé Aurélien d'Aragon. Sublimissime tout comme ses poèmes.
Pour le contemporain, j'ai l'impression de naviguer quelque part entre les histoires gnangnan et les histoires décousues. J'ai l'impression que c'est difficile de trouver une histoire n-o-r-m-a-l-e-m-e-n-t bien écrite.
Donc, Les gens heureux lisent et boivent du café conseillé dans ELLE et lu en 3 h. Bof. Je lis et je bois du café même quand je suis malheureuse. 
Hélène Grémillon ? Pas mal. Oui, surprenant même. 
La liste de mes envies. Moui. Bon, on tourne un peu en rond et on attend surtout que les cadors de la rentrée littéraire sortent leurs livres en poche. Et c'est quand même une torture ça quand on y pense. Ne pas pouvoir acheter les livres de la rentrée littéraire parce que c'est la rentrée justement. Tous ces livres hors de prix qui nous narguent sur les étalages. Ne pas arriver à choisir entre le Gallimard, le Flammarion, le POL et devoir attendre que ça sorte en poche. Le problème c'est qu'après l'envie m'a passé. Société de consommation quand tu nous tiens. Pulsion, désir de lecture qui doit être assouvi tout de suite.

A l'heure où j'écris ce petit post, je me délecte de l'autobiographie d'une certaine - car je ne la connaissais pas avant - Violette Leduc, La bâtarde qui  a tout me plaire : une préface de Simone de Beauvoir, des phrases courtes et denses et profondes, une histoire à la fois simple et complexe. Une vie quoi. Ou mieux un destin. 
Affaire - et film - à suivre...
Finalement...
Encore et toujours de l'Amour.


dimanche 13 octobre 2013

L'art, ça élève.


Je suis retournée voir une exposition au Grand Palais après deux années d'absence. 
Un samedi après midi en plus "aux heures d'affluence" comme on dit, comprenant enfin pourquoi ce n'est pas pour rien que les gens vont au musée le week end. Bah oui,  c'est parce que la semaine, il y a un truc qui prend pas mal de temps et d'énergie qui s'appelle le travail qui nous empêche d'y aller.
Un samedi après midi donc entre copines, mieux entre amies. 
Un samedi après midi où j'ai fait 30 min de queue dans le froid. 
Mais un samedi après midi un peu moins gris. Un samedi après midi  où je me suis retrouvée dans ma vie d'avant, ma vie de provinciale arrivant à Paris, ma vie de semi mondaine. 
Un samedi après midi où j'ai eu l'impression de faire un truc de ma journée.

L'expo' en question était super. J'ai aimé non seulement le peintre, sa vie, sa vision du monde mais j'ai aimé aussi réfléchir, m'évader, rêver.

Le tableau phare de l'exposition est une toile de 1909 intitulée La loge de théâtre, le monsieur et la dame. Outre le fait qu'on la présente comme le présage de l'art du XXéme siècle avec ces aplats de couleurs, ces visages flous etc cette toile représente un couple.



Un homme, au second plan, inerte au regard noir, seul et une femme qui semble bien lasse, malheureuse et délaissée et qui cherche en s'appuyant de sa main peut être un moyen de fuir. Ces deux personnages sont étrangers l'un à l'autre ; chacun dans son mutisme, dans son univers, dans ses tracasseries. C'est vrai que nous avions parlé la majeure partie de l'aprés midi du couple, de l'amour de nos difficultés, de nos interrogations. 
Et me voilà arrivée là devant ce tableau qui semble retranscrire mes sentiments. Et surtout me voilà rassurée. Rassurée de voir que mes interrogations pouvaient être celles de tout le monde et que de ces interrogations pouvait jaillir de belles choses.
Au magasin de l'exposition, j'ai lu qu'un critique mettait en relation le tableau avec le poéme d'Aragon : Il n'y a pas d'amour heureux.  Tout ça m'a permis de relativiser, d'accepter et de sublimer mes doutes.
Si l'incompatibilité entre deux personnes est a-temporelle, si pour moi à un instant t elle me semble insurmontable et franchement déprimante, ce tableau me permet aussi de voir aussi que c'est le lot de beaucoup de gens et que c'est peut être le propre de l'amour. Wahou.  Comme vous le voyez je ne vais pas au musée pour rien ;-). L'art m'a hier après midi permis de rendre mon « réel » plus acceptable car plus universel pour un moment.
L'art, ça nous élève. Avec l'art on grandit et on réfléchit car s'intéresser à l'art nous apprend à nous intéresser à la vie, aux autres, à la différence. L'art ça élève aussi...les élèves. Lorsque un jeune homme de 16 ans veut faire un TPE sur le street art, sur un certain Banksy que je ne connais pas, lorsque je lui demande pourquoi il créé, comment il créé, où il créé, bah je trouve ça beau et je crois que grâce à l'art qu'il n'y a plus de professeur ou d'élève, il y a deux personnes qui échangent et essaient de se comprendre.
L'art, ça élève l'existence certains jours. On est rarement indifférent à la beauté, à la vision du monde d'un artiste. C'est un moyen de communiquer en profondeur sans agression.
L'art nous rappelle qu'on est tous dans le même bateau et qu'on se la fantasme trop parfois la réalité et qu'on tombe tous de haut. Du haut vers le bas. Et même parfois en  bas, bah on creuse encore puis on finit par remonter.

L'art nous réconcilie donc avec la vie. Pour Proust, l'art ça apprend même à vivre, ça permet de mieux considérer les choses qui nous entoure. La beauté d'une pomme ou d'un fruit Proust la découvre en regardant les natures mortes de Chardin à 24 ans lors d'une visite du Louvre. Et l'hommage qu'il rend au genre de la nature morte témoigne bien de tout cela.


« Dans ces chambres où vous ne voyez rien que l’image de la banalité des autres et ce reflet de votre ennui, Chardin enfin comme la lumière, donnant à chaque chose sa couleur, évoquant de la nuit éternelle où ils étaient ensevelis tous les êtres de la nature morte ou animée, avec la signification de sa forme si brillante pour le regard, si obscure pour l’esprit. Comme la Princesse réveillée, chacun est rendu à la vie, reprend ses couleurs, se met à causer avec vous, à vivre, à durer. Sur ce buffet où, depuis les plis rapides de la nappe à demi relevée jusqu’au couteau posé de côté, dépassant de toute la lame, tout garde le souvenir de la hâte des domestiques, tout porte le témoignage de la gourmandise des invités. Le compotier aussi glorieux encore et dépouillé déjà qu’un verger d’automne se couronne au sommet de pêches joufflues et roses comme des chérubins, inaccessibles et souriantes comme des immortels. Un chien qui lève la tête ne peut arriver jusqu’à elles et les rend plus désirables d’être vainement désirées. Son œil les goûte et surprend sur le duveté de leur peau qu’elle humecte, la suavité de leur saveur. Transparents comme le jour et désirables comme des sources, des verres où quelques gorgées de vin doux se prélassent comme au fond d’un gosier, sont à côté de verres déjà presque vides, comme à côté des emblèmes de la soif ardente, les emblèmes de la soif apaisée. Incliné comme une corolle flétrie un verre est à demi renversé ; le bonheur de son attitude découvre le fuseau de son pied, la finesse de ses attaches, la transparence de son vitrage, la noblesse de son évasement. À demi fêlé, indépendant désormais des besoins des hommes qu’il ne servira plus, il trouve dans sa grâce inutile la noblesse d’une buire de Venise.
Légères comme des coupes nacrées et fraîches comme l’eau de la mer qu’elles nous tendent, des huîtres traînent sur la nappe, comme, sur l’autel de la gourmandise, ses symboles fragiles et charmants.
Dans un seau de l’eau fraîche traîne à terre, toute poussée encore par le pied rapide qui l’a vivement dérangée. Un couteau qu’on y a vivement caché et qui marque la précipitation de la jouissance, soulève les disques d’or des citrons qui semblent posés là par le geste de la gourmandise, complétant l’appareil de la volupté. Maintenant venez jusqu’à la cuisine dont l’entrée est sévèrement gardée par la tribu des vases de toute grandeur, serviteurs capables et fidèles, race laborieuse et belle. Sur la table les couteaux actifs qui vont droit au but, reposent dans une oisiveté menaçante et inoffensive. Mais au-dessus de vous un monstre étrange, frais encore comme la mer où il ondoya, une raie est suspendue, dont la vue mêle au désir de la gourmandise le charme curieux du calme ou des tempêtes de la mer dont elle fut le formidable témoin, faisant passer comme un souvenir du Jardin des plantes à travers un goût de restaurant. Elle est ouverte et vous pouvez admirer la beauté de son architecture délicate et vaste, teintée de sang rouge, de nerfs bleus et de muscles blancs, comme la nef d’une cathédrale polychrome. À côté, dans l’abandon de leur mort des poissons sont tordus en une courbe raide et désespérée, à plat ventre, les yeux sortis. Puis un chat, superposant à cet aquarium la vie obscure de ses formes plus savantes et plus conscientes, l’éclat de ses yeux posé sur la raie, fait manœuvrer avec une hâte lente le velours de ses pattes sur les huitres soulevées et décèle à la fois la prudence de son caractère, la convoitise de son palais et la témérité de son entreprise. L’œil qui aime à jouer avec les autres sens et à reconstituer à l’aide de quelques couleurs, plus que tout un passé, tout un avenir, sent déjà la fraîcheur des huîtres qui vont mouiller les pattes du chat et on entend déjà, au moment où l’entassement précaire de ces nacres fragiles fléchira sous le poids du chat, le petit cri de leur fêlure et le tonnerre de leur chute. »

mardi 8 octobre 2013

Des filles qui chantent by WOMA.


L'autre jour, je ne sais pas pourquoi j'ai eu envie d'écouter Barbara. Sans doute à cause de ce livre, ramené à la maison. Je ne l'ai jamais ouvert mais son titre m'accroche à chaque fois que je passe devant la bibliothèque. Peut être un peu plus que les autres. Et ce peut-être parce qu'il dépasse un peu plus que les autres de sur l'étagère avec sa couverture rose vif et ses grosses lettres blanches.
J'écoute donc Barbara et je me dis que c'est une des premières images que j'ai eu d'une femme qui chante. Pourtant mes parents n'écoutaient pas trop Barbara. Non. Niveau chanson française ils préféraient Brel ou Ferré, Bashung ou Manset et un peu moins Barbara. Que des mecs quoi. Pas Piaf, non, surtout pas Piaf. Trop vieux, trop surfait, trop sentimental. Mais parfois au milieu de tous ces chanteurs, les rockeurs de mon père, j'écoutais Barbara. Et les sopranos des opéras de Mozart. Et Tina Turner.
Elles sont toutes si différentes et pourtant elles chantent. Dans ma tête d'enfant, elles étaient chacune dans une petite case, associées à une idée. Barbara, c'était Brel en fille. La reine de la nuit elle, me faisait peur, comme Janis Joplin avec sa drôle de voix. Patti je l'aimais bien aussi. Peut-être parce que c'était en quelque sorte la préférée de mon père. Pour moi, l'éducation sentimentale de la musique n'a pas vraiment été le fait des femmes comme on pourrait le croire pourtant, avec toutes les mélodies sucrées des Yéyés, France, Françoise etc...

Les filles qui chantent ne sont jamais les mêmes. Malgré tous les efforts des maisons de disques ou de je-ne-sais-qui, il n'est pas possible de leur coller une étiquette précise. Quand t'écoutes Brel, Barbara ou Bashung, ce qu'ils mettent dans leur voix, les émotions qu'ils font passer, ça n'a rien à voir avec ce qu'ils sont mais avec leur talent. Avec leur envie. Ces femmes sont toutes si différentes que maintenant, je n'ai plus envie de les mettre dans des cases. Parce que j'ai appris très tôt à ne pas les réduire à ce qu'elles étaient. Et puis de toute façon j'ai toujours pensé que la plus grosse nana du monde de la chanson c'était Sinatra...
Alors ok, y'a un rapport de séduction dans le monde de la musique qui fait que les innombrables chansons d'amour sont un peu stéréotypées. Aux femmes le désespoir d'un amour perdu, aux hommes la sérénade de séduction...
Mais ce qui est beau avec une chanson, c'est que chacun peut en faire ce qu'il veut : Nina Simone a réussi à faire une reprise absolument splendide de « Comme d'habitude » de notre Cloclo national. Pour moi, cette chanson c'est vraiment la preuve que peu importe le genre de la musique ou de la personne, avec de l'envie on peut vraiment faire quelque chose de beau. Si la chanson ne plaît pas sous une forme, elle plaira sous une autre. Et on peut donc en conclure qu'une mauvaise chanson n'existe pas.

by WOMA