Je crois que ça commence mal.
Oui, décidément cette rentrée commence bien mal.
Dommages collatéraux de vacances prises en décalé : pendant qu'on fait (enfin) la sieste au soleil
sur une plage déserte du sud de la Corse,
le courrier pendant ce temps s'accumule à Paris. C'est dans cette monstrueuse
pile que l'on découvre en rentrant, un soir de semaine, après quelques prises de
tête avec Air France, l'affreuse vérité : la couleur de cet automne c'est
le kaki.
Blocage total.
Ça va à qui le kaki ? Après les évènements pour le
moins sinistres de cet été je trouve que commencer l'automne habillée comme si
on partait pour l'Irak c'est du domaine de l'humour très noir, très noir.
Et de toute
façon, dans un registre plus léger, ça donne globalement l'air malade de porter
du kaki, non ?
Rien à faire, les innombrables séries mode m'expliquant
comment le porter ne me convaincront pas.
Je décide, une fois n'est pas coutume
de ne pas être victime de la mode.
Un petit coup de shopping online pour me
récompenser- ballerines noires, basiques mais indispensables- et ça va déjà
mieux. Et là, après un détour sur Facebook, je tombe sur le lien qu'un ami m'a
posté : le discours d'Emma Watson à l'ONU. On en a parlé et c'est tant
mieux.
Néanmoins un petit tour sur les commentaires des pages relayant la vidéo
est pour le moins édifiant.
On trouve des commentaires aussi brillants que
« Tout le monde sait que l'inégalité des salaires est faite pour compenser
les congés maternité des femmes ». Au bord de l'implosion devant ce
déferlement d'imbécilité abyssale, je me demande s'il ne serait pas utile
d'écrire à l'Assemblée Nationale pour exiger que les propos sexistes soient
punis directement et sévèrement à l'image des propos racistes. Mieux encore,
hier, une rumeur selon laquelle les hackers qui ont diffusé les photos de
Jennifer Lawrence et autres actrices hollywoodiennes ont menacé faire de même
avec Emma Watson s'est répandue. Encore un nouvel échantillon de commentaires
réjouissants du type « C'est débile sur le fond mais bon quand même Emma
Watson à poil... ». Visiblement donc, il n'est même pas utile de prendre
des photos comme Jennifer Lawrence pour se retrouver victime du fameux
« slut shaming ». Il suffit juste de se prononcer publiquement, toute
habillée, dans un langage clair et juste pour l'égalité entre hommes et femmes.
Je veux quand même croire
que ce genre de réflexion n'est l'apanage que d'une minorité de mecs débiles et
très certainement frustrés.
Je veux quand même croire que l'appel d'Emma Watson
sera entendu.
Je veux quand même croire que je vivrai ma vie sans être sans
cesse ramenée à mon statut de femme.
Je veux quand même croire que je ne
porterai pas de kaki cet automne parce que non, vraiment je n'aime pas cette
couleur.
Pour preuve que le monde est
quand même vachement cool et pour apporter tout de même ma touche
musicale : hier c'était le David Bowie day à Chicago. So let's dance.
