Parce que tout part de là, de cette
petite mélodie que m'a postée une amie et que j'écoute en
boucle et en chatonnant.
I wonder, wonder, wonder, don't you ?
Je me demande, tu te demandes, il se
demande, on se demande... On connait la suite. On se demande
tellement de choses. Sur lui, sur nous, sur la guerre, sur l'avenir,
sur le pape même.
Une chose m'étonne, c'est la nature,
la forme que prennent ces interrogations. Elles paraissent devenir
moins douloureuses qu'avant comme si le doute finalement devenait une
partie constitutive de nos êtres. Comme si on intégrait le doute.
Par force ou par choix. On vit décidément avec.
Tout le monde doute, sur son avenir,
sur sa tenue, sur son job, sur son capital séduction, sur le présent
et sur la suite.
Alors, je vous donne mon nouveau truc :
je ne doute plus, je contemple. Je contemple la vie, les gens, les
échéances, les messages auxquels je ne réponds pas, ma vaisselle, les personnes
qu'il me tarde de rappeler, les écrits du concours qui arrivent, la date butoir
du livre à rendre. Je contemple tout ça.
J'ai l'impression que ces temps-ci sont
plutôt propices à la contemplation.
Certaines personnes me parlent et je
contemple.
Un nouveau pape est élu et encore une
fois je contemple.
« Je regarde avec attention »
mais aussi détachement.
Parce que quand j'essaie de comprendre
ou de résoudre les choses c'est pire en réalité.
Alors, moi qui ai un avis sur tout,
moi qui suis "l'excitée de service", non sans effort, non sans
quelques crises d'angoisse visant à classer, à savoir "qui je suis,
où je vais et avec qui", je ne doute plus mais je contemple.
Je trouve que le mot contemplation
convient bien parce qu'il est neutre. On peut contempler un désastre
imminent ou un joli paysage.
Je contemple car je ne parviens jamais
à vraiment arriver au fond de ma pensée, à me faire un avis.
Au début, ça m'angoissait beaucoup,
j'aime terminer les choses, boucler les boucles. Et finalement, c'est
aussi bien de laisser en suspend. De ne pas savoir l'issue, de ne pas
avoir la solution, de ne pas résoudre le problème parce qu'au fond
on ne le comprend pas, qu'il n'a peut être pas de solution ou
qu'elle ne nous appartient pas.
Un ensemble de possible peuvent
survenir. Qu'est ce que c'est bon de laisser courir, de ne pas
répondre, de ne pas avoir d'avis. Ce qui est très bon aussi c'est
de prendre son temps, de voir se construire son avis, de pouvoir se
dire « Tiens j'y repenserai », de sentir que là, la
solution ne vient pas mais qu'elle se dessine, qu'il faut lui laisser
du temps. Le temps toujours le temps.
Voilà, ne doutons plus mais
contemplons. En géographie, on parle de résilience, c'est une
notion qui se rapproche de cela et qui permet de réfléchir, d’appréhender et de mieux gérer les risques urbains. Enfin je crois. Oui
parce que moi la géographie ;-). Là encore, c'est dommage parce que je l'aime la géographie mais en ce moment, je la contemple.
Alors oui, le ciel est grand, le monde va
mal, certaines choses nous dépasse, mais faisons nous une raison et
faisons confiance au temps qui fait souvent bien les choses quand
même.
Comme le chante Etienne Daho -et là on
voit que l'agrégative n'en peut plus des références
intellectuelles à la noix-, « du berceau à la tombe c'est dur
pour tout le monde ». Acceptons juste nos doutes et nos errements, faisons en
des alliés et puisque la sagesse d'un être humain se mesure à sa
capacité à supporter les incertitudes, soyons sages, de temps en
temps.

