dimanche 3 mars 2013

Et toi tu fais quoi ?

La grande question...celle qui vous donne des sueurs froides soit parce que vous ne savez pas très bien ce que vous faites, soit parce que ça risque de prendre trèèès longtemps pour l'expliquer correctement. Dans tous les cas, quand on vous demande ce que vous faites dans la vie, vous savez que vous vous exposez à un jugement sans retenue, celui qui va vous classer dans un des innombrables tiroirs du cerveau de votre interlocuteur.

Parce qu'on est comme ça. On catégorise, on classe. Alors quand vient l'heure de dire ce qu'on fait, on aimerait bien ne pas être classé dans la catégorie "ne fait rien", "inintéressant" ou "incompréhensible". Donc on se bat pour transmettre la petite étincelle qui nous fait faire ce que l'on fait.

Longtemps, j'ai appréhendé ce moment. Je savais pertinemment qu'en faisant de l'histoire (de l'his..quoi ?), on allait me taxer de faignante, d'intello ou d'irresponsable, ou les trois en même temps. Un jour mon médecin s'est même réjoui de savoir qu'il "y avait encore des artistes dans ce monde" ! Des artistes ?! J'ai ignoré sa réponse, fulminant en silence contre cet amalgame. Non, l'histoire n'est pas un art ! Non, je ne créais pas de l'histoire et non je ne rêvassais pas en réfléchissant à ma prochaine dissertation. Après cet épisode, j'ai commencé à m'amuser de la réaction des gens. De ceux qui me regardaient d'un air pénétrant en me disant "oui, c'est important, on a besoin de savoir d'où l'on vient" ou "sans l'histoire, on n'a pas d'identité". Le mieux étant quand vous leur expliquez que vous voulez faire de la recherche. Pour la plupart des gens recherche = découverte mais découverte qui bouleversera l'humanité. C'est sûr que s'intéresser au pouvoir économique d'une reine du XVIe siècle ne change pas la face du monde (enfin du mien un peu quand même) et que je ne vais pas découvrir la formidable molécule qui guérira le cancer.

Et puis il y a l'inévitable question  : "tu travailles" ? Yeux baissés, pommettes rougissantes, j'arrive à lâcher un "non" timide. C'en est fini. "Tu travailles pas, à ton âge ?". C'est le moment pour repérer une olive esseulée ou un gobelet mal en point (c'est-à-dire vide) et s'éclipser. Surtout il faut s'éclipser vite, avant qu'un flot ininterrompu de paroles ne mette fin à votre bonne humeur et à votre self-control.


Alors maintenant j'évite la question. Je la fuis comme la peste parce que je n'aime pas les catégories. Parce que je ne travaille pas encore. Parce que mon parcours n'a pas été linéaire. Mais tel Socrate, je réponds par une question : "Dis moi plutôt ce que tu fais toi" et je me laisse bercer par la longue description du parcours, du boulot et des fonctions. Au fond, c'est ça le but dans la question "tu fais quoi" : se rassurer soi-même en se disant qu'on ne fait pas rien.

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