J'ai regardé les Oscars. Après tout, tant qu'à vivre de ce côté-là de l'Atlantique, autant le faire vraiment et se faire un bon paquet de chips devant le pic culturel de l'année américaine. En effet, personne ne parle ou presque de cette expo qui a l'air géniale au Met qui commence demain, sur l'impressionnisme, la mode et la modernité. Par contre, première page du New York Times sur le "Red Carpet Project", où les journalistes classent par couleur de robe les actrices hollywoodiennes, et où Emmanuelle Riva et la fillette à l'imprononçable prénom de "Beasts of the Southern Wild", Quvenzhané Wallis, se retrouvent dans la même catégorie. Parce qu'elles sont atypiques, ou parce qu'elles ont choisi du bleu marine pour leur robe? Ont-elles choisi du bleu marine parce qu'elles sont atypiques? On pourrait s'arrêter deux minutes sur le fait qu'Hollywood s'enthousiasme grandement d'avoir nominé ces deux ovnis, dans un geste d'hypocrisie et de démagogie sans pareille. Si tout était normal, s'ils n'avaient justement pas édifié en normalité les blondes et brunettes en taille 34 refaites en plastique bloquées à un âge indéterminé entre 25 et 40 ans, est-ce que justement on ne devrait pas trouver ça normal qu'une actrice puisse toucher l'excellence à 84 ou 8 ans? On les a vues, les Barbara Streisand et autres Nicole Kidman et Catherine Zeta-Jones (en play-back revisitant Chicago à la sauce Beyoncé au Superbowl). Elles ne m'impressionnent pas, et me font autant d'effet ou peut-être moins que des poupées Barbie alignées en rang chez Carrefour. Mais non, à la place tout le monde s'extasie devant l'adorable petite et la touchante petite vieille. Et puis merde, disons-le, elles étaient toutes deux bien plus méritantes dans la catégorie meilleure actrice, tournant dans des films aussi majeurs que Beasts of the Southern Wild et Amour, que la jeunette Jennifer Lawrence et sa comédie romantique qui ne marquera pas l'histoire du cinéma.
Mais bon voilà, l'Oscar de la meilleure actrice, c'est pour la relativement meilleure; ça ne dépend pas du film, de la profondeur du dialogue. Il s'agit surtout de se débrouiller pour que la plupart des gens, en voyant ce film, se disent, wow, celle-là, elle crève l'écran. Et ça, Jennifer Lawrence, elle sait faire. Elle a l'air de rien comme ça, et on la connaissait même pas il y a deux ans, et elle est plus jeune que moi. Elle fait américaine quand même, bonne enfant, copine et canon à la fois. Elle n'a pas la classe d'une Hepburn ou la volupté d'une Angelina Jolie. A priori. Et puis, on la voit évoluer dans ce film comme dans les autres, avec sa beauté simple, sa franchise d'actrice, son naturel débordant, et cette énergie brillante. Jennifer Lawrence, c'est la meilleure actrice de l'année parce que tout Hollywood, tous les Etats-Unis sont tombés amoureux d'elle au premier regard. Elle ne remplit pas les canons de beauté normaux, avec son visage un peu rond, son sourire gauche ou même carrément franchouillard, est même la plupart du temps plutôt plus en chair que l'anorexique hollywoodienne moyenne. On la voit bien se faire un burger devant une série télé chez elle, ou sortir tranquille avec ses amies. Mais en plus de ça, elle est intelligente, et elle a un sens de la répartie et une finesse qui font pâlir les autres Jennifer et aussi Anne Hathaway qui se veut l'intello classe de la bande. Elle prend un film tout con sur lequel elle est embauchée, comme Hunger Games (truc d'action pour ados) ou Silver Linings Playbook (comédie romantique un peu dramatique), et elle en fait des films vraiment mieux que ce qu'ils auraient dû être. Elle y donne tout, entièrement, pas comme Kristen Stewart qui y va à reculons et avec sa posture horrible de gamine effarouchée.
Jennifer Lawrence, c'est comme ce bouquin un peu nul dont on a lu la quatrième de couverture sans être trop convaincus, et qui finalement devient notre bouquin préféré. Elle a pas eu besoin de s'enlaidir pour son rôle(Charlize Theron et bien d'autres), ou de jouer un grand personnage historique ou une femme d'exception pour choper la statuette. Elle a juste joué, et paf, la magie a opéré. On va devoir s'attendre à la voir tellement qu'on la détestera à la fin, dans les années qui viennent. Mais en même temps, si elle réussit son coup, elle sera l'équivalent de Meryl Streep maintenant. Une femme qui nous convainc intimement de sa beauté de femme parce que c'est une belle actrice, et pas parce qu'elle a passé des heures chez le coiffeur. D'ailleurs, elle en a rien à faire de tout ça, elle sait même pas monter des escaliers dans une robe meringue. C'est juste la fille qui a l'air magnifique une minute, et qui te rappelle qu'elle est comme toi la minute d'après, en tombant dans les escaliers la tête la première, et en faisant preuve d'auto-dérision juste après. Chapeau.

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