vendredi 17 mai 2013

France versus USA: mon royaume pour des lardons

Pas de secret. N'importe quel Français bien fait et digne de ce nom sait bien que même si NYC c'est bien cool, et les burgers sont amusants en passant, on ne fait pas une vie dans la gastronomie américaine. Mais passons le lieu commun, et tentons de l'expliquer. Si je rencontrais un génie bleu genre Aladin, et que j'avais un voeu, je pense que je demanderai une chose pour améliorer ma vie aux Etats-Unis: pas un Ladurée, pas même une vraie boulangerie-pâtisserie, pas une boucherie, pas une charcuterie (quoique j'hésiterais bien pour le coup), pas un Comptoir des Cotonniers ou un Princesse tam tam. Non, je demanderai un Carrefour. Pourquoi, me direz-vous, éberlués.

J'ai mes raisons, que le coeur ignore mais pas mon deuxième coeur (mon estomac): d'abord, pourquoi Carrefour? Et ben parce que j'ai grandi avec un Carrefour où on allait tous les samedi matins, avec mon papa, et où on faisait nos courses à 9h pile, et où on rencontrait mes profs, les voisins, dont ma copine Laura qui me montrait toujours comment elle cachait une poupée Barbie dans le caddy pour forcer ses parents à la lui acheter. C'était la vie, le Carrefour. Y'avait des prospectus de promotion que mon père épluchait toutes les semaines religieusement, que ma mère distribuait car elle est factrice, et je me souviens que je l'aidais au bureau à faire les livrets, et on glissait le prospectus Carrefour dans celui de Leclerc, etc etc. Bref, Carrefour était écrit partout chez moi sur les produits, et mine de rien, ça veut dire quelque chose. On s'habitue. Plus tard à Paris j'étais perdu chez Monop, avant de découvrir un Carrefour market derrière chez moi. Un jour sur Facebook, je me suis rendue compte que le logo, les deux flèches bizarres, étaient en fait un C blanc sur fond bleu et rouge. La vie n'a plus jamais été pareille après ça. Et puis, ils ont fermé le Carrefour à côté de chez moi. C'était devenu un Intermarché.
Donc voilà, que je vive à Toulouse, Paris ou aux Etats Unis maintenant, dès que je rentre chez moi, je vais chez Carrefour Intermarché. J'y passe une heure au moins, même si je vais juste chercher du shampoing. Mais depuis que j'ai déménagé aux Etats-Unis, c'est l'émerveillement total, plus tellement simplement le confort familier des rayons qu'on connaît bien. J'ai envie de tout acheter. Parce que voilà, en France, les produits de consommation sont juste géniaux. On ne se rend pas compte. On achète ces rillettes de thon, ce beurre Président en forme de motte super onctueux, le comté rapé qui remplace le gruyère, les yaourts de brebis ou La Laitière, la lessive qui sent des trucs de fou et pas juste le propre. Il y a des jus multifruits, des brisures de saumon, du saucisson. Il y a des glaces Viennetta. A Ithaca, la Haagen Dazs coûte à peine 3 dollars, et pourtant je donnerai mon chapeau pour une Viennetta.
Je regarde Mad Men, où on nous apprend plus ou moins que les Etats-Unis dans les années 50 et depuis sont les maîtres de la pub, du marketing, de la société de consommation. Ca se défend. Mais sur certains plans, ils sont archi-nuls. En bouffe, il y a zéro choix. Les yaourts sont juste des yaourts, avec des goûts de fruits, ou à la vanille. Straciatella ou façon dessert, ça n'existe pas (ou alors en chewing gum WTF). Encore moins les Petit Filou au chocolat, ou les Perle de Lait. Je vous parle même pas du rayon fromage, ça me déprime. Et la charcuterie, c'est génial, on peut acheter des assortiments, et franchement même si je préfère le boucher-charcutier dans l'absolu, c'est franchement pas dégueu. On a même eu l'idée de vendre du Serrano déjà coupé en demi-tranches. Fabuleux.
A côté, les Américains, ils sont même pas foutus de couper du bacon pour en faire des lardons. Du coup, impossible de faire une carbonara potable, encore moins une omelette, et surtout pas une grosse tartine comme je les aime avec de la crème fraîche, des lardons et des oignons dessus. C'est le gros drame de ma vie.
Et le pire, c'est qu'il n'y a pas que la bouffe. On pourrait penser qu'en cosmétique par exemple ils seraient meilleurs aux Etats-Unis. En maquillage peut-être. Mais alors le reste, c'est pitoyable. Les shampoings, y'a trois marques qui se répartissent le marché, et en gros ça sent le fruit. Un peu comme le thé. Alors qu'ici, y'a qu'à voir le Petit Marseillais; c'est génial, il y a des mélanges superbes. Ici, je porte jamais de parfums parce que je dépense autant en gel douche et shampoing; là-bas, je suis passée minimaliste par défaut (et choix écologique peut-être) et j'achète du savon et une barre de shampoing chez Lush. Les baumes pour la peau, les laits hydratants, c'est aussi nul. T'achètes une marque, un concept, pas une odeur. Ici, on peut avoir du Mixa, du Petit Marseillais à la figue et au beurre de karité. Pareil niveau lessive, en fait. Ca sent soit le "frais", soit le "spring", et à la limite le "fresh dried linen" mais jamais le savon de Marseille, ou le lilas, ou les fleurs blanches de printemps.

Alors voilà une liste des choses que je révère, que je veux dans mon supermarché local à Ithaca, merci petit Jésus (prononcer "Cheesus"). Effet cathartique espéré, mes parents refusent de tout m'acheter pour le peu de temps que je suis ici. Je l'écris aussi maintenant parce que je pouvais jamais m'y résoudre à Ithaca, c'était trop douloureux.
-des lardons : cf ci-dessus
-de la mimolette. Même le fromage de ce type on le fait mieux qu'eux. Le cheddar peut aller se rhabiller.
-des yaourts Perle de lait et des Petits Filous au chocolat
-du thé qui soit bon, de la tisane qui soit bonne. Là-bas ça sent fort, ça a trop le goût de fruit, et la couleur est bizarre aussi.
-de la bonne compote. Aux Etats Unis ça s'appelle "apple sauce" et c'est dégueu. Pas du tout un truc délicieux comme les Compotes pommes morceaux d'Andros ou les mélanges de fruits chelou genre Pomme-Rhubarbe, ou Pomme-Chataîgne.
-des cubes bouillon respectables, surtout les Fonds de Marmite magnifiques.
-de la glace Viennetta.
-du bon beurre. Merde. Et de préférence aussi avec du beurre demi-sel au gros sel.
-de la saucisse, bordel. De la vrai saucisse avec des morceaux dedans, qui explose quand tu la fais griller. Et qui est meilleure froide.
-des lardons.
-du St Moret, pour faire fondre sur des pâtes avec des tomates cerises dessus. Ou même pour le petit dej tiens. Le Philadelphia peut aller se faire voir.
-de la mozzarella. Du Buffala, parce qu'aux States c'est au lait de vache et donc c'est nul, ça sert à rien.
-de la tapenade. Et d'olive noire, hein, je ne suis pas dupe.
-des rillettes de thon. Et du tatziki en pot.
-du nutella, celui qu'on a le droit d'acheter là-bas est pas onctueux.
-du fromage blanc. C'est quand même pas compliqué.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire