samedi 25 mai 2013

Ta mère


Fête des mères oblige, un petit post sur nos mamans. Nos mères plutôt. Car j'ai toujours évité de parler de ma mère devant les gens en disant « maman » par pudeur peut être, parce que je trouve que ça fait bébé et bébête.

Parler de sa mère : tout un roman. Beaucoup en ont parlé, beaucoup l'ont écrite et décrite, leur mère. Quand je cherche des mots pour parler de ma mère je pense à ceux de Romain Gary dans La promesse de l'aube ou d'Albert Cohen dans Le livre de ma mère. Mais il y a un petit bémol : ce sont des hommes qui parlent de leurs mères, revisitant élégamment leur complexe d'oedipe. Moi, ma mère, je ne veux pas la tuer, ni me marier avec elle, même si maintenant c'est possible. Non, c'est différent. Ce qui me tracasse à moi, à nous, les femmes, c'est autre chose. En psychologie on parle de complexe d'Electre, héroïne de la mythologie grecque qui n'a rien trouvé de mieux que de tuer sa mère pour venger son père- c'est toujours tellement gai ce qu'il se passe en Grèce quelques siècle avant notre ère... Je ne sais pas si ces grandes théories sont vraies et je pense d'ailleurs que l'on peut très vite les démonter mais elles mettent en évidence un fait indéniable : mère et fille s'opposent ou du moins ont un sacré problème à régler. Et cela peut durer assez longtemps, une vie même parfois parait-t-il.

Parler de sa mère : la blague. La mère, c'est le modèle. C'est la femme étalon. Bon nombre de petites filles ont voulu ressembler à leur mère, leur ont piqué leur maquillage ou leurs vêtements-la preuve je le fais encore. Mais la mère, ça peut aussi être le repoussoir. Combien de copines ai-je entendu dire qu'elle ne voulaient surtout pas ressembler à leur mère ? Combien d'articles dans les magasines féminins avec des titres du genre «  Au secours je ressemble à ma mère ! » ?  Dans nos conversations : « Ma mère est trop ci...Ma mère est trop ça...Ma mère ma soule...P*** ça y est je ressemble à ma mère...Ma mère...Ma mère...Ah bon ? Ta mère... » En ce qui me concerne, ma mère range ou nettoie tout ce qu'elle trouve et je peux vous assurer que sur ce point je ne lui ressemble pas encore. ;-)

Mais souvent, à la consternation, à l'irritation, à l'énervement, à la colère parfois, succèdent le calme et la complicité. Parce qu'au fond, votre mère elle est là pour garder vos secrets, pour parler des choses indicibles, vous encourager, vous engueuler, vous mettre la honte, vous vexer bref vous aimer. Moi ma mère, elle supporte mes silences, ma noirceur et ma solitude parfois. Elle me permet de ne pas parler, de ne pas lui parler. C'est la chose personne au monde avec qui je peux me reposer, avec qui il est possible de ne rien dire, juste d'être là. Je pense même, mais ça n'engage que moi, que si je faisais le truc le plus horrible du monde, après les cris, la honte, et tout le cortège, la seule qui resterait, ce serait ma mère.

Et puis surtout je me rends compte en observant les quelques « dynasties » que je connais, les quelques « gynécées » que je fréquente que les femmes finissent toujours par ressembler à leur mère : une habitude ( comme de mettre du papier d'aluminium sur les plats au frigo ou bien étendre les chaussettes), un geste, une fossette, une expression, une intonation de voix. Et la magie opère. Et je trouve ce lien que rien ni personne ne force magnifique.

Alors ta mère, modèle et/ou repoussoir ?
Ta mère, ta meilleure ennemie et ta pire alliée ?
Ta mère quoi.
Ma mère quoi. Et c'est souvent ainsi que finissent la plupart de nos phrases.

Je pense que nous sommes au fond toutes animées des mêmes sentiments ultra-méga- supra contradictoires à l'égard de nos mères respectives et qu'il n'est pas simple de dénouer les fils qui s’emmêlent parfois de cette belle et complexe histoire. Dans ce chef d'oeuvre du 7éme art qu'est Love Actually  ;-) et que nous avons toutes vu au moins 5 fois, outre la scène mémorable et truculente où Hugh Grant en prime minister se déhanche , il en est une qui m'a toujours émue et fait sourire, c'est celle où l'on voit des personnes se retrouver dans un aéroport. Une caméra est posée et toutes sortes de gens d'âges et de sexe différents s'embrassent, se retrouvent, se quittent. On voit des larmes, des sourires, d'intenses regards, des embrassades. On voit l'amour. On voit des mères. J'ai vécu bien des fois cette scène. Tout s'efface alors, les querelles, les bisbilles, les bêtises. Et la magie opère indescriptible à l'image de la relation mère-fille.





Voilà. Quoi offrir cette année : Des fleurs ? Un livre ? Un château ?
Pour moi, ce sera ces quelques lignes...pour ma mère...pour ceux qui comme moi demain ne pourront pas embrasser leur mère...pour ceux qui ne pourront plus jamais embrasser leur mère...Et enfin pour que ceux qui peuvent embrasser leur mère le fassent : Parce qu'il est bon de baisser la garde, de temps en temps.

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