« La
femme est bien dans son droit, et même elle accomplit une espèce de
devoir en s’appliquant à paraître magique et surnaturelle; il
faut qu’elle étonne, qu’elle charme; idole, elle doit se dorer
pour être adorée. Elle doit donc emprunter à tous les arts les
moyens de s’élever au-dessus de la nature pour mieux subjuguer les
cœurs et frapper les esprits. Il importe fort peu que la ruse et
l’artifice soient connus de tous, si le succès en est certain et
l’effet toujours irrésistible. (…) Quant au noir artificiel qui
cerne l’œil et au rouge qui marque la partie supérieure de la
joue, bien que l’usage en soit tiré du même principe, du besoin
de surpasser la nature, le résultat est fait pour satisfaire à un
besoin tout opposé. Le rouge et le noir représentent la vie, une
vie surnaturelle et excessive; ce cadre noir rend le regard plus
profond et plus singulier, donne à l’œil une apparence plus
décidée de fenêtre ouverte sur l’infini; le rouge, qui enflamme
la pommette, augmente encore la clarté de la prunelle et ajoute à
un beau visage féminin la passion mystérieuse de la prêtresse.
Ainsi, si je suis bien compris, la peinture du visage ne doit pas
être employées dans le but vulgaire, inavouable, d’imiter la
belle nature, et de rivaliser avec la jeunesse. On a d’ailleurs
observé que l’artifice n’embellissait pas la laideur et ne
pouvait servir que la beauté. Qui oserait assigner à l’art la
fonction stérile d’imiter la nature?
Le
maquillage n’a pas à se cacher, à éviter de se laisser deviner;
il peut, au contraire, s’étaler, sinon avec affectation, au moins
avec une espèce de candeur. »
C'est
pas moi qui l'dis ! C'est Baudelaire.
Je
me suis achetée un nouveau rouge à lèvres. Encore et toujours. Un
rouge à lèvres Chanel « Rouge Passion » pour les grands
soirs et surtout les petites soirées. Bah oui, un pour tous le jours
et un pour sortir. Ca semble évident, non ? Du moins pour
certaines « Sephora addict » qui se reconnaitrons ;-). Et
pourtant. Se maquiller n'est pas toujours une évidence et peut être
l'objet de controverses.
En
dépensant une nouvelle fois une petite fortune en maquillage, j'ai
pensé à cette réflexion de Baudelaire. Je suis allée la relire
pour me rassurer peut être, pour trouver une caution à mes fols
achats et je me suis demandée si j'étais vraiment d'accord avec ça.
D'un
côté, je trouve ces mots d'une modernité et d'une liberté
magnifiques. Bien sûr, je ne cite ici que quelques passages mais le
poète s'interroge sur le naturel et l'artificiel et sur la quête du
Beau.
Qu'est
ce que le Beau ? Est il nécessairement naturel ? Est il
obligatoirement le résultat de l'action de l'homme ? Beaucoup
d'artistes, de philosophes se sont posés la question.
De
mes lectures, je n'ai retenu que la phrase suivante : « Le Beau est ce qui met tout le monde d'accord ». Même si je ne
sais plus de qui sait je pense que c'est surement un type important
et très brillant. Cette citation est liée dans mon cerveau
tourmenté à cette pub d'Orange qui passait pendant les bandes
annonces au ciné où l'on voyait des gens se prendre « une
claque ».
Donc :
Où se loge, se cache la beauté ? Et plus particulièrement :
Qu'est ce qu'être belle ?
J'écarte
toute considération sur le charme ou le style pour parler en fait du
maquillage.
Se
maquiller est un acte intime, un cadeau, un plaisir. Quelque chose
qui requiert une initiation.
De
votre mère que vous avez toujours vue porter du rouge à lèvres rouge à vos copines
qui vous offrent votre premier blush en passant par celle qui vous
apprend à vous mettre du crayon noir.
Se
maquiller est un partage. Un partage de secrets, de petits moments volés dans la salle de bain.
Mais
se maquiller est ce que c'est vraiment comme le dit Baudelaire
sublimer la nature et faire du Beau ? On peut se le demander.
Nous avons toutes vu et commenté les maquillages de ces filles
fardées, poudrées, eyelinées ( mot que je viens d'inventer;-)) à
outrance et nous nous sommes toutes souvent exclamées en cœur :
« C'est trop ! » « C'est affreux ! ».
Mais
est ce que c'est vraiment si affreux ? Est ce que ce n'est pas
ça en réalité suivre la mode, être fun ? Être funky en assumant de porter
des trucs absolument oufs et décalés ?
Et
puis est ce qu'on est vraiment mieux au naturel ? Sérieux, au
réveil, avec la trace du drap, c'est mieux ? Touchant, chou,
oui mais mieux ?
Un
de mes meilleurs amis, s'est exclamé un jour au petit dej' comme nous nous
réveillons tous lors d'un week end mémorable en Provence « Tiens ça fait longtemps que je ne t'avais pas vu
au naturel, je suis content de te retrouver ». Je lui ai
expliqué que je n'avais pas l'impression de m'être perdue. Nous
sommes partis dans une discussion là dessus. Après avoir chouiné
et aprés avoir fait semblant d'être vexée, j'ai réfléchis et
j'ai compris que oui, il avait peut être raison. Je me suis
maquillée tard. Si j'y prends maintenant du plaisir, ce
changement, c'est sûr, révèle un passage et soulève des
interrogations que seul un ami, quelqu'un qui grandit à vos côtés et qui vous voit évoluer peut cerner et soulever.
Est
ce que je suis une autre quand je me maquille ?
Oui,
probablement. Une autre qui se veut plus belle, plus assurée. Une
autre qui veut parfois aussi certains jours se cacher derrière son
terracotta et son noir aux yeux.
Finalement,
le maquillage ne nous rend pas spécialement plus ou moins belle, il
nous permet juste d'être une autre.
Une
fille plus funky qui essaie le mascara bleu turquoise cette été.
Une
fille pimpante avec son joli rose au joues.
Une
femme fatale au rouge à lèvres rouge.
Une
éternelle adolescente qui essaie de se faire les smoky eyes avec ses
copines certains dimanches soirs.
Une
femme adulte, une working girl qui dans le tourbillon de la vie
n'oublie pas de prendre soin d'elle pour plaire. Mais pour plaire à
qui en fait ? Ca c'est peut être une autre histoire et ça
dépend des moments. ;-)
Retenons
donc que : « Le rouge et le noir représentent la vie,
une vie surnaturelle et excessive. » Et remercions encore une fois Baudelaire pour ces jolies choses.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire