lundi 9 juin 2014

Et toi, à la prochaine révolution, tu retournes ta jupe ou ton pantalon ?

Impossible ces temps-ci de flâner - ou de courir dans les couloirs du métro pour aller bosser ;-) - sans voir les affiches DU film-de-filles du printemps, ce film qui paraissait être LE film parfait de notre dimanche soir : une « belle brochette » d'actrices, un film girly à souhait en mode histoires de cœur, strass paillettes and co. Tout y était. Armées de congolais, de cerises et de brownie, nous revoilà donc à notre bonne vieille séance de 22h à l'UGC Odéon. Et pourtant s'en sont suivies 2h de vide.
Car « sous les jupes des filles » est absolument et définitivement le non-film-de-filles. Et Dieu seul sait que je parle en connaissance de cause.

Les actrices d'abord.

C'est vrai que les affiches donnaient envie tout comme les articles de ELLE d'ailleurs. Des actrices cools, fraîches, mais pas trop quand même, des actrices qu'on connait et qu'on aime bien.
Marina Hands, Alice Taglioni, Géraldine Nakache. Des nanas sympas quoi.
Même Vanessa Paradis. Et même Isabelle Adjani. Et pourtant...ça sonne faux.
Vanessa Paradis ferait mieux, pour le coup, d'arrêter les altères et d'aller boire un peu plus de cocktails méga sucrés en happy hour pour prendre quelques kilos. Quant à Isabelle Adjani. Grand Dieu Isabelle Adjani ! Notre Reine Margot ! Notre petit pull marine ! C'est carrément vision d'horreur et les mots qui nous viennent à l'esprit sont : Pitié, chirurgie esthétique, nostalgie, vieillir, peur. Dans nos têtes, la comparaison avec la grande Catherine s'impose et on comprend que, ce qui fait la différence, c'est l'élégance.

Des clichés surtout.

« Sous les jupes des filles » répond finalement au film que nous avons vu dimanche dernier « Amour sur place ou à emporter » ( Attention n'allez pas croire que c'est notre habitude d'aller voir des daubes au ciné c'est juste un petit passage à vide ;-)). Ces deux films banalisent et aggravent à mon sens les clichés. Parce que bien sûr qu'il faut parler et évoquer les choses importantes, les choses qui fâchent, la société qui change : du racisme ambiant et quasi banalisé aux rapports hommes-femmes qui bougent. Mais doit-on se contenter de reproduire la normalité et la banalité ? De dépeindre la réalité plate en parlant de « ulc », « eins » and co ? Doit-on ériger des « personnages type » et finalement moins combattre tout ça que de l'accepter ? Une femme d'affaire est-elle forcément seule et sans amie ? Une femme qui couche avec un homme marié est-elle juste une nymphomane, le fait elle juste pour du sexe ?

Une histoire sans queue ni tête.

On s'attendait à un film chorale sympatoche où tout le monde se croise avec ses petites histoires. Or ici, les femmes du film ne se croisent qu'une seule fois au cours d'une braderie, et ce qui les fédère ce sont des joints, des cocktails et des plaintes sur leurs vies respectives et sur les hommes. Je sais bien que ces trois éléments composent la vie des femmes mais tout de même. C'est un cliché de croire que les réunions copines se résument à des cocktails, des pleurs et du bâchage généralisé à l'égard de la gente masculine. Le scénario du film n'a ni queue ni tête et pourtant c'est bien ce qu'il revendique comme le démontre la scène d'ouverture et de fermeture du film autour de la question des règles. Le film s'ouvre sur une scène absolument démente où une femme a l'air de souffrir le martyr lors de ses règles et se met un tampon dans son lit. Ca fait, vous savez, comme quand vous vous apprêtez à faire une dissertation et que vous savez que vous allez être hors sujet. Vous évoquez le sujet au début puis à la fin et entre les deux, bah ça parle de beaucoup de choses qui ont un lien avec ce sujet mais définitivement pas du sujet.

La jupe en question ?

On veut donc nous faire comprendre que ce qui se trame « sous les jupes des filles » est complexe, à la fois léger et plein de souffrances et qu'il faut en parler. Soit.
Parlons de nos règles, mais de manière un peu plus fine...
Parlons de nos tabous mais joliment...
Parlons féminisme, parlons inégalités mais sortons des clichés de la working girl ou de l'avocate qui bafouille un peu lors de sa première plaidoirie ( ou réquisitoire ou je sais pas ).
Portons des jupes mais cessons de le revendiquer ?
Certaines critiques évoquent le rapport au féminisme du film. Comme si on voulait à tout prix voir la face cachée des femmes, la face sombre pour mieux prouver que nous sommes les égales des hommes. Peut- être faudrait-il arrêter d'abord de sans cesse vouloir réhabiliter la jupe en oubliant combien ça a été politique de porter le pantalon pour les femmes ? L'avenir du féminisme ne serait-il pas dans l'échange de vêtement comme une image de fraternité ? Le pantalon a accompagné les mutations du genre, dans les deux derniers siècles : la jupe connaitra-t-elle le même sort ? Dans tout les cas au moment où des lycéens manifestent à Nantes suscitant indignation et débats, des films grand public qui semblent affirmer le contraire, sortent et sont l'objet de critiques comme si de rien n'était. J'aurais voulu un film sur la jupe, un film un peu fin où on se demande si c'est elle, la jupe, qui dessinera l'unisexe de demain. Car le combat politique est aussi un combat culturel, une lutte pour l'appropriation et la transformation des symboles du dominant. Roland Barthes affirmait qu' « il n'y a pas de trait naturellement féminin dans le vêtement ; il n'existe que des rotations, des tournages réguliers de forme. »

Un film décevant donc qui n'est ni un film-de-filles et encore moins un film féministe.

En allant regarder « sous les jupes des filles », peut être espérions nous nous retrouver ?
Nous voulions nous voir nous, en mieux ou en pire ? Nous en mieux habillées ? Nous en plus névrosées mais juste pas nous caricaturées.

En sortant de la séance, en remontant le boulevard Saint Michel dans la douceur et la fraicheur d'une nuit d'été parisienne, nous nous sommes demandées si les hommes en jupe feraient-ils moins la guerre et plus souvent la vaisselle ?
Car même si nous savons depuis longtemps que « l'habit ne fait le moine », même si c'est naïf d'espérer de tels changements, il ne faudrait pas oublier que le dicton rend un hommage involontaire à la puissance du verbe vestimentaire ;-)






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