Impossible ces temps-ci de flâner -
ou de courir dans les couloirs du métro pour aller bosser ;-) - sans
voir les affiches DU film-de-filles du printemps, ce film qui
paraissait être LE film parfait de notre dimanche soir : une
« belle brochette » d'actrices, un film girly à souhait en mode histoires de cœur,
strass paillettes and co. Tout y était. Armées de congolais, de cerises et de
brownie, nous revoilà donc à notre bonne vieille séance de 22h à
l'UGC Odéon. Et pourtant s'en sont suivies 2h de vide.
Car « sous les jupes des filles »
est absolument et définitivement le non-film-de-filles.
Et Dieu seul sait que je parle en connaissance de cause.
Les actrices d'abord.
C'est vrai que les affiches donnaient
envie tout comme les articles de ELLE d'ailleurs. Des actrices cools,
fraîches, mais pas trop quand même, des actrices qu'on connait et
qu'on aime bien.
Marina Hands, Alice Taglioni, Géraldine
Nakache. Des nanas sympas quoi.
Même Vanessa Paradis. Et même Isabelle
Adjani. Et pourtant...ça sonne faux.
Vanessa Paradis ferait mieux, pour le
coup, d'arrêter les altères et d'aller boire un peu plus de
cocktails méga sucrés en happy hour pour prendre quelques kilos. Quant à Isabelle Adjani. Grand Dieu
Isabelle Adjani ! Notre Reine Margot ! Notre petit pull
marine ! C'est carrément vision d'horreur et
les mots qui nous viennent à l'esprit sont : Pitié, chirurgie
esthétique, nostalgie, vieillir, peur. Dans nos têtes, la
comparaison avec la grande Catherine s'impose et on comprend que, ce
qui fait la différence, c'est l'élégance.
Des clichés surtout.
« Sous les jupes des filles »
répond finalement au film que nous avons vu dimanche dernier « Amour sur
place ou à emporter » ( Attention n'allez pas croire que c'est notre habitude d'aller voir des daubes au ciné c'est juste un petit passage à vide ;-)). Ces deux films banalisent et
aggravent à mon sens les clichés. Parce que bien sûr qu'il faut parler et
évoquer les choses importantes, les choses qui fâchent, la société
qui change : du racisme ambiant et quasi banalisé aux rapports
hommes-femmes qui bougent. Mais doit-on se contenter de reproduire la
normalité et la banalité ? De dépeindre la réalité plate en parlant de
« ulc », « eins » and co ?
Doit-on ériger des « personnages type » et finalement
moins combattre tout ça que de l'accepter ? Une femme d'affaire
est-elle forcément seule et sans amie ? Une femme qui couche
avec un homme marié est-elle juste une nymphomane, le fait elle
juste pour du sexe ?
Une histoire sans queue ni tête.
On s'attendait à un film chorale
sympatoche où tout le monde se croise avec ses petites histoires. Or
ici, les femmes du film ne se croisent qu'une seule fois au cours
d'une braderie, et ce qui les fédère ce sont des joints, des
cocktails et des plaintes sur leurs vies respectives et sur les
hommes. Je sais bien que ces trois éléments composent la vie des
femmes mais tout de même. C'est un cliché de croire que les
réunions copines se résument à des cocktails, des pleurs et du
bâchage généralisé à l'égard de la gente masculine. Le scénario
du film n'a ni queue ni tête et pourtant c'est bien ce qu'il
revendique comme le démontre la scène d'ouverture et de fermeture
du film autour de la question des règles. Le film s'ouvre sur une
scène absolument démente où une femme a l'air de souffrir le
martyr lors de ses règles et se met un tampon dans son lit. Ca fait,
vous savez, comme quand vous vous apprêtez à faire une dissertation
et que vous savez que vous allez être hors sujet. Vous évoquez le
sujet au début puis à la fin et entre les deux, bah ça parle de
beaucoup de choses qui ont un lien avec ce sujet mais définitivement
pas du sujet.
La jupe en question ?
On veut donc nous faire comprendre que
ce qui se trame « sous les
jupes des filles » est complexe, à la fois léger et
plein de souffrances et qu'il faut en parler. Soit.
Parlons de nos règles, mais de manière
un peu plus fine...
Parlons de nos tabous mais joliment...
Parlons féminisme, parlons inégalités
mais sortons des clichés de la working girl ou de l'avocate
qui bafouille un peu lors de sa première plaidoirie ( ou
réquisitoire ou je sais pas ).
Portons des jupes mais cessons de le
revendiquer ?
Certaines critiques évoquent le
rapport au féminisme du film. Comme si on voulait à tout prix voir
la face cachée des femmes, la face sombre pour mieux prouver que
nous sommes les égales des hommes. Peut- être faudrait-il arrêter
d'abord de sans cesse vouloir réhabiliter la jupe en oubliant
combien ça a été politique de porter le pantalon pour les femmes ?
L'avenir du féminisme ne serait-il pas dans l'échange de vêtement
comme une image de fraternité ? Le pantalon a accompagné les
mutations du genre, dans les deux derniers siècles : la jupe
connaitra-t-elle le même sort ? Dans tout les cas au moment où
des lycéens manifestent à Nantes suscitant indignation et débats,
des films grand public qui semblent affirmer le contraire, sortent et
sont l'objet de critiques comme si de rien n'était. J'aurais voulu
un film sur la jupe, un film un peu fin où on se demande si c'est
elle, la jupe, qui dessinera l'unisexe de demain. Car le combat
politique est aussi un combat culturel, une lutte pour
l'appropriation et la transformation des symboles du dominant. Roland
Barthes affirmait qu' « il n'y a pas de trait naturellement
féminin dans le vêtement ; il n'existe que des rotations, des
tournages réguliers de forme. »
Un film décevant donc qui n'est ni un film-de-filles et encore moins un film féministe.
En allant regarder « sous les
jupes des filles », peut être espérions nous nous
retrouver ?
Nous voulions nous voir nous,
en mieux ou en pire ? Nous en mieux habillées ?
Nous en plus névrosées mais juste pas nous
caricaturées.
En sortant de la séance, en remontant le boulevard Saint Michel dans la douceur et la fraicheur d'une nuit d'été parisienne, nous nous
sommes demandées si les hommes en jupe feraient-ils moins la guerre
et plus souvent la vaisselle ?
Car même si nous savons depuis
longtemps que « l'habit ne fait le moine », même si
c'est naïf d'espérer de tels changements, il ne faudrait pas
oublier que le dicton rend un hommage involontaire à la puissance du
verbe vestimentaire ;-)

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