lundi 9 juin 2014

Et toi, à la prochaine révolution, tu retournes ta jupe ou ton pantalon ?

Impossible ces temps-ci de flâner - ou de courir dans les couloirs du métro pour aller bosser ;-) - sans voir les affiches DU film-de-filles du printemps, ce film qui paraissait être LE film parfait de notre dimanche soir : une « belle brochette » d'actrices, un film girly à souhait en mode histoires de cœur, strass paillettes and co. Tout y était. Armées de congolais, de cerises et de brownie, nous revoilà donc à notre bonne vieille séance de 22h à l'UGC Odéon. Et pourtant s'en sont suivies 2h de vide.
Car « sous les jupes des filles » est absolument et définitivement le non-film-de-filles. Et Dieu seul sait que je parle en connaissance de cause.

Les actrices d'abord.

C'est vrai que les affiches donnaient envie tout comme les articles de ELLE d'ailleurs. Des actrices cools, fraîches, mais pas trop quand même, des actrices qu'on connait et qu'on aime bien.
Marina Hands, Alice Taglioni, Géraldine Nakache. Des nanas sympas quoi.
Même Vanessa Paradis. Et même Isabelle Adjani. Et pourtant...ça sonne faux.
Vanessa Paradis ferait mieux, pour le coup, d'arrêter les altères et d'aller boire un peu plus de cocktails méga sucrés en happy hour pour prendre quelques kilos. Quant à Isabelle Adjani. Grand Dieu Isabelle Adjani ! Notre Reine Margot ! Notre petit pull marine ! C'est carrément vision d'horreur et les mots qui nous viennent à l'esprit sont : Pitié, chirurgie esthétique, nostalgie, vieillir, peur. Dans nos têtes, la comparaison avec la grande Catherine s'impose et on comprend que, ce qui fait la différence, c'est l'élégance.

Des clichés surtout.

« Sous les jupes des filles » répond finalement au film que nous avons vu dimanche dernier « Amour sur place ou à emporter » ( Attention n'allez pas croire que c'est notre habitude d'aller voir des daubes au ciné c'est juste un petit passage à vide ;-)). Ces deux films banalisent et aggravent à mon sens les clichés. Parce que bien sûr qu'il faut parler et évoquer les choses importantes, les choses qui fâchent, la société qui change : du racisme ambiant et quasi banalisé aux rapports hommes-femmes qui bougent. Mais doit-on se contenter de reproduire la normalité et la banalité ? De dépeindre la réalité plate en parlant de « ulc », « eins » and co ? Doit-on ériger des « personnages type » et finalement moins combattre tout ça que de l'accepter ? Une femme d'affaire est-elle forcément seule et sans amie ? Une femme qui couche avec un homme marié est-elle juste une nymphomane, le fait elle juste pour du sexe ?

Une histoire sans queue ni tête.

On s'attendait à un film chorale sympatoche où tout le monde se croise avec ses petites histoires. Or ici, les femmes du film ne se croisent qu'une seule fois au cours d'une braderie, et ce qui les fédère ce sont des joints, des cocktails et des plaintes sur leurs vies respectives et sur les hommes. Je sais bien que ces trois éléments composent la vie des femmes mais tout de même. C'est un cliché de croire que les réunions copines se résument à des cocktails, des pleurs et du bâchage généralisé à l'égard de la gente masculine. Le scénario du film n'a ni queue ni tête et pourtant c'est bien ce qu'il revendique comme le démontre la scène d'ouverture et de fermeture du film autour de la question des règles. Le film s'ouvre sur une scène absolument démente où une femme a l'air de souffrir le martyr lors de ses règles et se met un tampon dans son lit. Ca fait, vous savez, comme quand vous vous apprêtez à faire une dissertation et que vous savez que vous allez être hors sujet. Vous évoquez le sujet au début puis à la fin et entre les deux, bah ça parle de beaucoup de choses qui ont un lien avec ce sujet mais définitivement pas du sujet.

La jupe en question ?

On veut donc nous faire comprendre que ce qui se trame « sous les jupes des filles » est complexe, à la fois léger et plein de souffrances et qu'il faut en parler. Soit.
Parlons de nos règles, mais de manière un peu plus fine...
Parlons de nos tabous mais joliment...
Parlons féminisme, parlons inégalités mais sortons des clichés de la working girl ou de l'avocate qui bafouille un peu lors de sa première plaidoirie ( ou réquisitoire ou je sais pas ).
Portons des jupes mais cessons de le revendiquer ?
Certaines critiques évoquent le rapport au féminisme du film. Comme si on voulait à tout prix voir la face cachée des femmes, la face sombre pour mieux prouver que nous sommes les égales des hommes. Peut- être faudrait-il arrêter d'abord de sans cesse vouloir réhabiliter la jupe en oubliant combien ça a été politique de porter le pantalon pour les femmes ? L'avenir du féminisme ne serait-il pas dans l'échange de vêtement comme une image de fraternité ? Le pantalon a accompagné les mutations du genre, dans les deux derniers siècles : la jupe connaitra-t-elle le même sort ? Dans tout les cas au moment où des lycéens manifestent à Nantes suscitant indignation et débats, des films grand public qui semblent affirmer le contraire, sortent et sont l'objet de critiques comme si de rien n'était. J'aurais voulu un film sur la jupe, un film un peu fin où on se demande si c'est elle, la jupe, qui dessinera l'unisexe de demain. Car le combat politique est aussi un combat culturel, une lutte pour l'appropriation et la transformation des symboles du dominant. Roland Barthes affirmait qu' « il n'y a pas de trait naturellement féminin dans le vêtement ; il n'existe que des rotations, des tournages réguliers de forme. »

Un film décevant donc qui n'est ni un film-de-filles et encore moins un film féministe.

En allant regarder « sous les jupes des filles », peut être espérions nous nous retrouver ?
Nous voulions nous voir nous, en mieux ou en pire ? Nous en mieux habillées ? Nous en plus névrosées mais juste pas nous caricaturées.

En sortant de la séance, en remontant le boulevard Saint Michel dans la douceur et la fraicheur d'une nuit d'été parisienne, nous nous sommes demandées si les hommes en jupe feraient-ils moins la guerre et plus souvent la vaisselle ?
Car même si nous savons depuis longtemps que « l'habit ne fait le moine », même si c'est naïf d'espérer de tels changements, il ne faudrait pas oublier que le dicton rend un hommage involontaire à la puissance du verbe vestimentaire ;-)






mardi 20 mai 2014

En boucle ? by WOMA


Qu'est ce que vous écoutez en boucle vous en ce moment ? La dernière chanson de Beyoncé ? Un vieux truc des Rolling Stones que vous avez entendu par hasard chez un pote ? La chanson du moment qui inonde les radios, cette chanson qu'on écoute malgré soi parce qu'elle passe TOUTES les heures ?

Moi, en ce moment, c'est le nouvel album de Damon Albarn, puisqu'en ma qualité de « chroniqueuse musicale » héhéhéhé ;-) je me tiens au courant des trucs un peu chouettes qui sortent et Going to a town de Rufus Wainright parce que je l'ai entendue en générique de Tom à la ferme et que ça m'a frappée. Oui Rufus Wainright, le même qui a fait les chansons de Moulin Rouge y'a presque 15 ans. En dehors du fait que ça ne nous rajeunit pas, je me suis demandée pourquoi tout d'un coup, ça m'avait fait tant d'effet de retomber sur lui. Au point d'écouter la chanson...en boucle.

Peut-être parce que ça traduit un état d'esprit du moment.
C'est drôle cette incapacité qu'on a à écouter des chansons joyeuses quand on est tristes. Au risque que ça puisse nous remonter le moral en fait. Alex Beaupain c'est quand même mieux que James Brown dans ces cas là, non ? Du coup je me suis rendue compte que ni Rufus, ni Damon n'avaient des voix particulièrement joyeuses...voire une petite tendance à la dépression pour le dernier.
Est-ce que ça veut dire pour autant que j'ai tendance à les écouter parce que je suis triste ? Rien n'est moins sûr et je m'emmêle.


Quand j'écoute une chanson il y'a toujours un moment en particulier qui me plaît et que j'attends. Parfois c'est l'intro, parfois c'est juste une inflexion de la voix, quelques accords de guitare ou une ligne de basse. C'est juste une question de rythme en fait. J'écoute en boucle parfois juste pour 2 secondes. Parfois pour toute la chanson parce que la voix me fascine. C'est une des grandes beautés de la musique je trouve : ce moment fugace qu'on attend avec impatience et dont on sait qu'il va arriver. 
Comme un week end à la mer. 
Comme le mariage d'une amie chère.
 Ecouter une chanson en boucle. 

Tous ces instants de bonheur vrais, furtifs, inévitables et...précieux.

vendredi 18 avril 2014

Ta vie est/et ta vie.

La vie n'est-t-elle pas qu'une succession de petits rites de passage ? De rites de passage au sens ethnologique du terme, anthropologique même...Enfin...Pour ceux qui savent faire la différence.:-)
La vie et ses premières fois. Ses douloureuses ou jolies premières fois.

Il y a les premières fois canoniques, que tout le monde connait, par lesquelles tout le monde est passé. Elles sont balisées, décrites dans les romans, dans la presse, par les gens. Pas de mystère, on les connait avant même de les avoir vécues. On les attend, on les devine, on les espère, on veut bousculer le temps et l'espace, on s'en fait tout un fromage, tout ça pour ça.
Premier copain.
Première bagnolle.
Première fiesta.
Premier appart'.
Premier échec.
Première cuite.
Première victoire.
Première fois où vous mettez les pieds sur la table, sur VOTRE table.
Première fois où vous allez au restaurant avec vos amis et que vous commandez du vin - comme les grands.
Première fois où vous perdez le ticket du parking.
...
Bon j'arrête ça va commencer à ressembler à une pub Levis – même si je les aime bien les pubs Levis :-) surtout quand elle cite du Bukowski.




Puis il y a ce que je qualifierais de « vraies premières fois », celles auxquelles on ne s'attend pas, celles qu'on ne sent pas arriver, celles où on ne vous avez pas prévenu, celles où on kiffe...ou celles où on morfle. Les premières fois qui vous surprennent, qui vous tombent dessus. Les premières fois où vous êtes là où l'on ne vous attendait, là où vous ne vous attendiez pas. Elles sont plus intimes mais le bouleversement peut être tout aussi important. Car celles là de premières fois ce sont bien les nôtres. Elles sont très diverses et varient selon nous, nos personnalités, nos éducations, nos attentes et nos temporalités.
Première fois où l'on vous appelle Madame – et que vous prenez 15 ans d'un coup.
Première fois où vous vous sentez belle et désirable.
Première fois où vous vous sentez quelqu'un de bien – parce que vous n'êtes pas tombé du mauvais coté de la force ;-)
Première fois où vous surveillez un devoir – et où ce n'est plus vous qui composez.
Première fois où vous partez seule en voyage – et où vous ne pouvez plus compter sur quelqu'un pour prendre du dentifrice ou du gel douche.
Première fois où vous dites merci – un beau et grand merci.
Première fois où vous pensez que vous allez mourir – et que finalement vous renaissez.
Première fois où vous vous dites « Ah tiens c'est la première fois » - avec ce je ne sais quoi de bittersweet qui traine puisqu'au moment même de s'en apercevoir c'est déjà fini et puisque rien ne dure et que l'on ne se baigne jamais dans la même eau...Et tant mieux ou tant pis d'ailleurs.

La semaine dernière, j'ai vécu une première fois particulière ;-) : la première fois où je goutais à ce plaisir coupable de me payer mon premier sac à main de marque.
Oui, attention je ne parle pas du sac à main que l'on achète tous les mois ou tous les deux mois. Non. Je parle du premier, de celui-qui-coute-cher et que l'on voit dans les magasines, de celui qu'on avait repéré sur des dames ou en vitrine. De celui que l'on achète finalement en 15 min parce que le modèle, bah on le connait bien et parce que la couleur, bah on l'a médité depuis longtemps ( de toute façon à ce prix là il faut du noir ou du camel pour ne pas s'en lasser ;-) ) J'ai donc trouvé MON sac. LE sac. J'ai donc fait un chèque ( tout le monde connait ma passion pour le carnet de chèques, so vintage ), LE chèque ;-(.

Du coup, je me dis qu' il ne me reste plus qu'à trouver LA robe, LE trench, LA ceinture, LA paire d'escarpins noirs, LES boucles d'oreilles. Bon ok ça fait beaucoup encore de choses à trouver mais j'ai bon espoir.
Je commence à trouver LES amis et je suis presque-sur-le-point de trouver LE mec ;-)
Mais vous me direz peut être que tout cela n'est qu'une idée. Une de plus. Car même si on y met le prix, même si on en paie le prix aussi parfois, même si on fait des efforts et même si l'on croit que c'est pour la vie, les gens, les choses bougent et évoluent et nous aussi et on y peut rien. Alors il n'y a plus qu'à faire comme pour le sac : espérer. Espérer que certaines premières fois seront aussi les dernières. Espérer que c'est le bon même si l'on sait bien qu'on risque d'en changer à la saison prochaine...;-)



mercredi 22 janvier 2014

Les heures sombres.


Pour qui ?
Pour nous.
Et plus précisément pour chacune d'entre nous.

On pourrait se dire que le pire jour de l'année est passé, ce fameux lundi de début janvier où selon des chercheurs britanniques le nombre de twitts négatifs est le plus élevé - Oui parce que maintenant, c'est facebook ou twitter qui sont les nouveaux baromètres du bonheur : LA BLAGUE. Oui, donc ce fameux lundi où, c'est vrai,  tout le monde reprend, où vous ne rentrez plus dans rien à deux jours des soldes, où vous avez des résolutions plein la tête et où vous vous détestez déjà à la perspective de ne pas les tenir. Les heures sombres donc.

Mais le mauvais temps, c'est le temps qui dure et puis souvent femme varie et bien fol celui qui s'y fie c'est bien connu alors les jours passent et ne se ressemblent pas, on reprend du poil de la bête. On met en pratique le côté positif des résolutions : théâtre, sorties, apéros, amis, amoureux. On ne s'arrête pas. La vie devant soi comme ils disent !

Puis arrive ce vendredi où l'on se dit que Valérie a du passer une sacrée journée de merde et où sincèrement on la plaint. Du moins, moi, je la plains. Ce vendredi qui, une fois n'est pas coutume, n'est pas, comme tous les vendredis,  plein de soulagement et d'espoir à l'arrivée du week end. Ce vendredi qui sonne faux. J'ai toujours trouvé le concept de « président normal » absurde. Moi la normalité ça me soule, déjà je dois la supporter au quotidien alors en plus à la télé et dans les journaux, merci bien. Et puis j'ai ce besoin débile et naïf (?) de normes, d'horizon d'attente, d'idéaux à poursuivre…Nous y voilà donc ce fameux vendredi dans la normalité, dans la bassesse même. Si Pascal nous l'avait bien dit « l'homme n'est ni ange ni bête », pour le coup il est plutôt bête. Car sans naïveté aucune de ma part et parce qu'on va se le dire tout de même, ce n'est pas joli de tromper les gens, de tromper sa femme ou son compagnon. La vie moderne c'est peut être dur avec le stress, les nouvelles technologies, la crise et tout mais la tromperie c'est vraiment pas jolie et ça l'est d'autant moins au sommet de l'Etat. Le président de la République Française photographié en scooter sortant d'un appartement situé rue du cirque. Les heures sombres celles qu'on voudrait cacher et qu'on voudrait oublier.

Que le président ait une maitresse, bon, ok. Je vais encore me faire taxer de naïve donc ok je le concède : les maitresses c'est pas nouveau surtout chez les hommes de pouvoir. Mais je suis désolée à ceux qui me disent que la prostitution est le plus vieux métier du monde, à ceux qui me disent que l'infidélité n'est pas un fait nouveau, je réponds que ce n'est pas pour ça que l'on doit cautionner et la prostitution et l'infidélité, ce n'est pas pour ça que l'on doit cesser de les combattre, et pire que l'on doit les banaliser sous prétexte que la société et le monde bougent ( comme dans la pub ). Une maitresse donc, au vu et au su de tous, une première dame hospitalisée, un des plus importants magasines féminins, mon ELLE :-(,  qui titre « une passion française » et surtout des réponses pathétiques...de normalité et de faux semblants.  

http://www.dailymotion.com/video/x19o39c_closer-premiere-dame-securite-hollande-parle-de-l-affaire-gayet_news


Les heures sombres vous dis-je. Les heures sombres qui contredisent La Bruyère qui, dans ses Caractères, réserve cette maxime aux femmes : « La perfidie si j'ose dire, est un mensonge de toute la personne ». Pour le coup, même combat.

vendredi 3 janvier 2014

Bittersweet Symphony

Le problème quand on a plusieurs endroits qui peuvent compter comme sa maison, c'est que chaque départ est un déchirement. On est chez soi dans plein d'endroits, dirons les optimistes; en vérité, pour nous les nostalgiques et autres angoissé(e)s de la vie, c'est plutôt le degré zéro de l'enthousiasme, à chaque fois.
Je suis très nostalgique comme personne : j'écoute Abba alors que c'est même pas ma jeunesse, je passe une bonne partie de mon temps libre à re-regarder des films et des séries déjà vues, je relis des livres que j'aime, et même, je me suis fait une (pseudo) carrière de relire des classiques pour gagner mon pain. La maison, c'est le confort, c'est la solitude avec la famille en plus. C'est regarder Bridget Jones et lire des Jane Austen dans sa chambre, mais aussi Downton Abbey avec maman, ou Sissi, ou un téléfilm quelconque. C'est manger des bons petits plats, et si l'on y réfléchit la plupart des gens choisiraient un plat qu'ils adorent ou adoraient quand ils étaient petits, plutôt qu'un nouveau truc, s'ils avaient le choix. Je tuerais en temps normal pour des endives à la béchamel, même, juste parce que ma mère en fait. Du chou rouge en vinaigrette. Une galette à la frangipane. Tout ça, ça fait du bien là où ça passe, ça soigne même si on va déjà bien. Il y a quelque chose de réparateur dans la maison, qui ne s'explique pas vraiment. En quoi serait-il réconfortant de repartir si proche de zéro, de revenir dans une chambre d'ado, si près des journaux intimes un peu pathétiques, des lettres d'amies oubliées ou d'amours passées. Des boucles d'oreilles dépareillées, des boîtes à ne plus savoir ce qui s'y trouve (des bougies pour les gâteaux d'anniversaire, des petits crayons gratuits de chez Ikea). Des cadeaux offerts par l'amoureux d'avant, qui maintenant répandent un souvenir comme anesthésié. Que peut-il y avoir de si beau à stagner?
Moi, je stagne, depuis deux semaines, d'ailleurs j'ai l'impression que la France aussi; on se plaint toujours du président, on est toujours en crise, on a fait une suite aux "Poupées Russes", un remake à "Angélique" et aussi à "Belle et Sébastien", on continue "Hélène et les garçons"... Je ne touche pas un livre sérieux, même si j'essaie. Il y a quelque chose dans ma maison qui me fait me sentir futile et authentique, gamine et pas évoluée, mais ce n'est pas non plus mauvais. C'est une pause, un couloir du temps. Peut-être est-ce aussi pour cela que je suis si choquée par les choses qui changent vraiment; le nouveau cinéma dans ma ville, le nouveau rond-point. Si quelque chose change dans ma maison, ça me perturbe aussi grandement. Où sont mes peluches? Pourquoi suis-je suis vexée que mon père ait jeté mes cassettes Disney?
Tant de choses inexplicables; certains vous diront que c'est agréable, certes, la maison, mais c'est aussi fait pour vous faire repartir, pour vous faire vous rendre compte à quel point vous devez repartir et vivre votre propre vie. Je ne suis pas convaincue. C'est peut-être le syndrome de Peter Pan, de Tanguy, ou du doctorant, mais ça ne fait que commencer. Quand on vit loin, chaque départ est un déchirement. Comme on a déjà des parents divorcés, on doit en plus diviser le peu de temps qu'on a à la maison entre deux maisons, multipliant la culpabilité du "pas assez". Soigneusement répartir les gens à voir, mais voir grandir terriblement et inévitablement la liste angoissante des gens qu'on n'a pas le temps de même contacter. Et puis, c'est déjà la fin, on a le billet de train. C'est le dernier dîner de famille, le dernier après-midi ensemble, et on l'a même pas vu venir.
Que faire alors, quand maman vous dit qu'elle est triste que vous repartiez? "Déjà". Tout est dans ce mot. Sourire, pleurer, philosopher sur la vie? Ou regarder Hercule Poirot en ne suivant pas vraiment, juste pour être là, près de la cheminée, avec le chat et le linge qui sèche, à finir la galette en buvant la tisane "Nuit Calme".
Il y a des jours comme ça où tout est bittersweet, où l'on veut pleurer car la douceur est cruelle, et que toutes les belles choses ont une fin, même les petites. Il faut pourtant se dire "au revoir"; non, je ne suis pas toujours sur le départ; je suis toujours de retour quelque part. La part de moi d'ici.

dimanche 1 décembre 2013

Mariez-vous qu'ils disaient : princesse ou communiante ?

Feuilleter des magazines, fureter sur internet, loucher sur tous les blogs divers et variés à la recherche de LA robe, voilà ce qui préoccupe la mariée ou en tous les cas m'a bien plus préoccupée que le choix des bougeoirs ou des plans de table.

Le choix de la tenue, dans un mariage, est un moment crucial, celui où vous pensez à votre (divine) apparition à la mairie, sur la piste de danse ou sur le buffet de vos proches dans un joli cadre pendant...le reste de votre vie !
Je n'ai jamais rêvé d'être une princesse et depuis que j'ai vu les photos de moi à mon baptême j'ai compris que volants, noeuds et frous-frous en tous genre n'étaient pas pour moi. Sauf que ces critères sont plus restrictifs pour un baptême que pour un mariage. Et les questions se sont multipliées : dentelle ? Taille empire ? Bustier ? Strass ? Crème ou blanc ? Il y en a pour tous les goûts (voire même pour le manque de goût) surtout si vous ajoutez le choix hallucinant d'accessoires.

Alors si vous ajoutez à ces questions existentielles le fait qu'une mariée est censée pleurer lorsqu'elle a "trouvé" sa robe (ou que sa robe l'a trouvée pour les plus superstitieux), imaginez la pression le jour J des essayages.

Tout le monde est là. Après une heure d'attente et plusieurs Marlboro, une dame s'occupe de vous comme si vous étiez la seule personne importante sur Terre...Enfilage de jupon, de la première robe et c'est parti ! Entre celles qui vous donnent l'air d'une baronne d'Empire ou d'une Mormonne devant l'autel, vous craignez que le choix soit difficile. Sans parler du voile qui vous donne l'air d'une communiante du début du XXe siècle.

En face de vous, le gynécée s'égaye : votre mère et votre tante vous regardent amoureusement, votre belle-mère fait des blagues, votre témoin furète à la recherche de LA robe et DU détail qui tuent, votre cousine appareil en main est prête à vous canarder et votre copine fashion examine les modèles à la loupe. Bref, tout le monde est au taquet. Un essayage de plus et le déclic est là : c'est la bonne. Celle qui "est faite pour vous" paraît-il, ou encore "la robe qui vous met en valeur mais que vous mettez également en valeur". "La simplicité de la coupe et la qualité du tissu". L'oeil des expertes est aiguisé : c'est de la qualité tu peux y aller. Mon témoin y va franchement "non mais là tu es canon".

J'ai trouvé ma robe et je n'ai pas pleuré. Pourquoi pleurer quand on est si bien ? Avec des gens qui vous aiment au point de vous aider à choisir votre robe de mariée et de risquer des représailles millénaires en cas de mauvais choix ;) . Quand vous faites un petit arrêt sur image : ces 8 personnes qui vous entourent, qui sont aux petits soins, qui sont là depuis longtemps et continueront à l'être, qui vous trouvent belle et vous le disent, leurs yeux brillants de joie, le sourire aux lèvres : c'est ça le vrai bonheur.

On devrait essayer des robes de mariée plus souvent pour ces petits arrêts sur image, ces retrouvailles festives et pour se rappeler qu'aux yeux des gens qu'on aime et qui nous le rendent bien, on est toujours une princesse...

jeudi 28 novembre 2013

Si on est pas free, est-ce qu'on a bien compris ?

Je ne suis pas très encline à la rêverie. Je suis pragmatique. La terre, je l'habite, je la foule. Les mondes fantastiques, féériques, ça m'emmerde, ça m'angoisse même. Du coup j'ai longtemps pensé que je n'étais pas fun. Vraiment pas fun. Mais un jour on m'a fait remarquer que par mes études, par mon métier, par ma passion, l'Histoire, bah finalement je pouvais m'évader ailleurs assez souvent et que c'était une sorte de rêverie. Bon. Réfléchir sur le temps, le manier, c'est finalement un peu jouer avec lui. Un coup en Orient latin au XIéme siècle, un coup en Castille au XVéme siècle , un coup à Verdun en 1917, un coup à Bandung en 1955, mon esprit mine de rien se balade et s'évade au gré des époques historiques que je rencontre dans mes livres ou que j'enseigne. Bon. Pourquoi pas ? Le fait est que moi, je ne rêvais pas en plein jour.

Mais de plus en plus, depuis quelque temps, je m'aperçois que je m'échappe. Mon esprit m'échappe et s'échappe. Il se fait la malle. Je déconnecte. Je n'écoute plus mon interlocuteur au téléphone ou même de visu et je suis ailleurs. Dans mes pensées...Loin, très loin, bien loin, je ne sais pas trop où. Et c'est nouveau et un peu déroutant pour moi, gênant même. Je crois que mon esprit dit juste stop. Stop à toute forme de communication. Mon esprit s'isole, se protège aussi peut être.
Avant quand j'étais étudiante tant en recherche qu'en année concours j'avais du temps pour penser, pour être-seule-avec-moi-même. Mon esprit était free et d'ailleurs dans mon petit appartement j'était chez Free. Je m'en plaignais parfois mais au fond j'étais à peu prés équilibrée ( juste à peu prés;-)) et libre de penser à ce que je voulais quand je le voulais. Je ne m'apercevais pas que pour moi ces moments étaient nécessaires et essentiels à mon équilibre.
Aujourd'hui les trois quart du temps mon esprit n'est plus free, je ne suis plus free, je ne suis d'ailleurs plus chez Free mais chez Numéricale ;-). Et j'explique mes nouvelles absences par ce manque de temps, cette absence de moments free.
Après une journée de 9 heures de cours ou au beau milieu d'une vie trépidante où les gens se croisent, s'entrecroisent, me parlent, se parlent, me racontent, se racontent, mon esprit se perd, au milieu des autres. Je me perds et finalement trop de communication bah...tue la communication. C'est comme ça. Et pour moi qui adore communiquer, c'est terrible. Je déplore cela. Je déplore le fait de ne pouvoir tout faire. Communiquer et/ou m'isoler ?
Membre de la génération Y, je veux tout tout de suite et pour toujours. Notre société nous vend d'ailleurs de l'illimité : pour internet, pour le téléphone, pour la communication en tout genre. Oui mais ce n'est pas possible. On ne peut pas tout faire. On ne peut pas tout avoir en illimité tout le temps. L'illimité ça ne marche pas pour tout. L'amour n'est pas illimité par exemple, et surtout le temps n'est pas illimité. Et j'avoue que j'ai tendance à l'oublier ma finitude. "Plus outre" dirait Biega ou Charles Quint, je ne sais plus ;-). Tout n'est pourtant pas free et surtout nous de moins en moins...Et c'est cruel.

Cet illimité que l'on nous vend partout nous donne une impression trompeuse et fait de nous des êtres insatisfaits et stressés de ne pas tout avoir, mais des êtres aussi bien embêtés de devoir-avoir-le-choix et de devoir renoncer finalement à l'idéologie free.

Alors voilà, je rêve à un nouveau forfait illimité, à un nouveau forfait free. Je sais que c'est impossible mais devant mon ordinateur je rêve à des journées illimitées pour :

-Dormir ou mieux ne pas dormir, rêvasser au lit.
-Se mettre du vernis aux ongles des mains ET des pieds.
-Déjeuner en plus de 10 min et boire son café ( c'est à dire ne pas l'oublier dans la salle de bain ou le balancer parce qu'il est trop chaud et que l'on doit déjà partir...)
-Appeler sa grand mère, l'écouter et lui raconter.
-Cuisiner pour les gens qu'on aime : ce qui suppose réfléchir à une recette, aller faire les courses et se mettre aux fourneaux.
-Faire les magasins, juste du lèche vitrine mais aussi acheter des trucs. Des trucs pour se faire plaisir et faire plaisir : s'acheter une crème de nuit, du bain moussant ou un jean.
-Aller au cinéma et critiquer les bandes annonces.
-Aller au sport ( quoique...)
-Lire. Putain juste le temps de lire : la presse et un roman et des livres d'Histoire. Juste le temps de lire, de s'évader sans discontinuité juste une heure, allez même 30 min.
-Faire des pauses cafés de plus de 10 min…Illimitées.
-Faire une sieste sur la moquette rouge de la BNF.
-Flâner tiens dans la BNF pour s'imprégner des grands espaces.
-Préparer un bon cours.

-Et aujourd'hui prendre le temps de repenser aux bons moments passés avec une amie, à nos discussions sur les hommes, sur la vie, sur le temps qui nous rattrape autour de verres de Corbières et la pleurer, cette amie.

Une journée illimité où on pourrait faire tout ça, être toutes les personnes que l'on est : l'intellectuelle, la coquette, la sportive ( LOL), l'amie, l'amoureuse, la dormeuse, la rêveuse, la bosseuse, la salariée, l'heureuse, la malheureuse.

Une journée illimitée qui ne finirait pas par la liste des choses que l'on reporte à demain ou que l'on s'efforce de caser ailleurs parce que demain...bah ca sera pareil;-)

Tout se monnaye mais je m'aperçois que le plus grand luxe, c'est d'avoir le temps.
Et les jours on ne l'a pas ce luxe, bah faisons les canailles et volons-le le temps car de toute façon il nous rattrape, un jour ou l'autre.
Grandir dans une société où tout semble soit disant possible, ça veut dire finalement choisir et je crois qu'il faut choisir de se ménager du temps free, voilà ce que j'ai compris.

Être free, se rendre parfois free, c'est avoir compris.