vendredi 31 août 2012


Rome, l'unique objet de mon ressentiment :

Comme une rengaine. Ces petits trucs que l'on se répète. « En attendant... Godot. ». Jeux de mots bidons. De vieux khâgneux. Bidons. Bon d'accord, je dois avouer que mon esprit est peut être particulièrement porté sur ce genre de trucs. Donc pour moi Rome, au début, ça rime avec ça :

« Rome, l'unique objet de mon ressentiment,
Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant,
Rome qui t'a vu naître et que ton cœur adore,
Rome, enfin que je haie parce qu'elle t'honore.»

Ça aurait pu être pire. Vraiment pire. Du Corneille tout de même. Rome, l'Empire Romain, Jules César et tout le cirque.

Mais ça, c'était avant. Car après quatre jours passés dans la ville des amoureux, Rome rime désormais avec Dolce Vita, pins parasols, Via sacra et basilique Saint-Pierre. Et là, ça y est, je tombe dans le cliché. L'humanité quasiment dans son entier est unanime et enthousiaste. Rome est à tout le monde et appartient un peu à chacun.

Oui, parce que, cet été, je suis allée à Rome. Pour faire un dernier pied de nez à l'histoire romaine sur laquelle j'ai tellement souffert cette année. Pour voir si traîner ma peine dans toutes les grandes villes de l'Europe du sud effacerait -même pour un temps - ma déception. Je suis allée à Rome par défi. Pour oublier. Pour me confronter aux clichés. Un peu comme ces jeunes nobles du XVIIIe siècle qui entreprenaient de parcourir l'Europe, moins pour découvrir que pour vérifier leurs connaissances. Je suis donc partie avec la ferme intention de voir si l'on ne m'avait pas menti. Et alors ? C'est si beau qu'on le dit ?

À l'UGC Odéon, mon centre du monde, j'ai vu fin juin, au beau milieu de mes oraux, le film de Woody Allen, espérant une mise en bouche à cette superbe escapade. Mais la magie n'a pas opéré.

Du coup, je me suis dit que j'irai aussi dans la ville éternelle vérifier que Woody Allen se trompe, que cette ville emblématique et mystérieuse n'est pas le tissu de clichés que nous livre ce vieil Américain en mal de beautés, d'Histoire et d'authenticité. Bon. Ok. Je suis un peu vache là. Mais, sans blague, depuis Match Point, c'est quoi ces errances européennes ?

En revanche, là où finalement ces films sur les grandes capitales sont à mon point de vue intéressants, c'est parce qu'ils nous permettent de voir comment les Américains considèrent, appréhendent, vivent - Whatever works;-)- l'Europe.
Rome vue par un Américain est absolument, totalement, définitivement (;-)) différente de celle vue par un européen. Et pourtant, la magie opère. Des deux côtés de l'Atlantique, les frères ennemis se rejoignent pour vanter les beautés de la belle italienne.
Bon, toutes ces considérations, ces « pensées profondes », ces petits agacements, toute cette histoire « me tracassait » comme on dit chez moi. Et donc, passéiste, bien souvent de mauvaise foi, à la recherche d'exotisme et de soleil « efficaces » après une année parisienne des plus éprouvantes, me voilà partie avec deux copines aussi surexcitées que moi, bien décidée à vérifier si la magie de Vacances Romaines opère toujours et à comprendre un peu mieux celle de From Rome with love.

Vous l'aurez saisis Rome est une ville que je qualifierais - pompeusement peut-être - de cinématographique. Les comparaisons et les références sont nombreuses. Et il est au début difficile de ne pas penser à certaines scènes mythiques. Je m'attendais à voir Anita Ekberg sortir de la fontaine de Trevi ou Audrey Hepburn surgir sur la place d'Espagne. Mais il n'en fut rien.
Première après midi sur le Forum et un violent orage éclate. La pluie sur le forum, les dieux qui nous parlent et la fin d'un cycle ?- Oui je peux être un peu mystique parfois. Mais il fallait très vite sortir des images, des référents. Il le fallait bien car le cinéma, c'est bien connu, c'est pas la vie ( hein?;-)). Ça a donc été le premier défi. Gratter le vernis, voir l'envers du décors, pénétrer derrière les façades baroques des églises. Et là, vraiment, ça vaut le coup. La découverte, dans une chapelle de l'église Saint-Louis-des-Français, des tableaux du Caravage. Chaque entrée dans une église réserve une surprise, un émerveillement. Et on a presque envie parfois du coup de croire en Dieu...

Ajoutez à cela un tour de vélo -habituées du vélib' oblige ! Et là ouais. Vraiment. Carrément même. La magie a opéré. Se perdre dans Rome en vélo, tel Nanni Moretti sur son scooter. Monter et descendre les emblématiques collines. Prendre les grands axes presque déserts en août. Avoir des sensations de glisse et aussi, allez je l'ose, de liberté, en descendant à fond la caisse les pentes de la villa Borghèse.

Bon, j'ai été conquise. Même - « surtout » diront certaines- par les glaces. Oui, normalement je n'aime pas beaucoup les glaces mais, à Rome, c'est différent.

Ainsi, ce n'est pas le film de Woody Allen en forme de testament que j'ai rejoué à Rome ni celui de William Wyler. Je ne suis pas Américaine. C'en est un autre. Le mien. Il y a des milliards de choses que j'aurais pu évoquer. L'amour à Rome ! Mais j'y suis allée entre copines. Le Vatican et les cohortes d'asiatiques ! Mais cela participe, à mon sens, à un autre débat plus large et plus complexe.
Alors, s'il est vrai que l'on part tous avec des idées préconçues, des clichés en tête, tout s'affine et s'explique. Rome, en fait c'est vrai, c'est une série de clichés. Des images, des monuments, des répliques de film ou de théâtre, des pizzas. Mais Rome sublime ces clichés. Rome donne ses quartiers de noblesse au mot cliché, « lieux communs, banalités que l'on redit souvent et dans le même terme » selon le Larousse.
Alors, américain, européen, finalement qu'importe ! Puisque les lieux se laissent apprivoiser et que, dans leur extrême richesse, ils permettent à chacun de s'adonner à ses propres émotions, à ses propres réinventions, à ses propres redécouvertes. Et pouvoir juste redécouvrir de nos jours, ça peut paraître insuffisant, mais c'est peut être la clé de tout. Et c'est surtout donner, une fois n'est pas coutume par les temps qui courent, à tout le monde.

lundi 27 août 2012

Le désir est-il un désastre?




Au détour d'une proximité phonique, lors d'une introduction à un cours sur le désir dans les romans du XIXème, je griffonne cette question. Dans le désir, il y a une absence, il y a regret; loin des interprétations de magazine féminin, où le désir est cette notion fixe que l'on perd et que l'on retrouve, son instabilité originelle est prouvée par la proximité du mot "désastre". Le désir est-il sentiment ou symptôme? A ne pas confondre avec la libido, le désir, lui, ne vient pas du corps, ni uniquement de l'esprit. Il faudrait presque inventer un nouveau membre pour gouverner le désir, qui, on le sait, ne se gouverne pas. En littérature, le désir est souvent tragique, parfois assouvi, mais toujours brûlant. Barthes cite Balzac: "vouloir nous brûle". En somme, si le désir brûle, son désastre est à notre corps ce que le réchauffement climatique est à la planète. Irrémédiable, bouleversant, universel. Paradoxe dans les termes aussi, puisque l'absence d'astre implique l'absence de lumière, de chaleur. La métaphore ne marche donc pas.

Le désir est un désastre puisque dans son assouvissement réside son abolition. La mort du désir est la vie du désir. Toute histoire créée sur une tension perd son intérêt lorsque la tension est détendue, non? Les scénaristes d"'How I met your mother" en savent quelque chose: le concept-même de la série est qu'au moment où le héros rencontre la mère de ses enfants, la série, elle, devra prendre fin. Je mange mon mille-feuille en gardant la crème pour la fin. Le désir vit dans l'attente de son désastre. C'est dans l'attente que réside donc le désir. Les troubadours l'avaient bien compris, mais aussi Vanessa Paradis: en effet, disserter sur le désir est l'unique moyen de comprendre l'énigme des paroles de sa chanson "est-ce que si on l'avait fait, on se ferait l'effet que l'on se fait, chaque fois..." Paroles nulles, certes, surtout si l'on sait qu'elle, elle l'a fait, et avec Johnny Depp en plus, alors elle ne devrait vraiment pas la ramener. Revenons donc aux troubadours, qui sont bien plus sérieux: Jaufré Rudel, troubadour aquitain, a écrit "un amour de loin", que certains traduisent (mal), "un amour lointain".

La condition de l'amour chez les troubadours en général est la distance: l'amour doit être "de loin", pour être durable, viable et appréciable. Le désir est un désastre pour le troubadour: 

Une joie apparaîtra sûrement lorsque je lui demanderai,
Pour l’amour de Dieu un abri de loin,
Et si bon lui plaise, je trouverai refuge
Près d’elle, moi qui suis bien loin,
Alors la conversation semblera sincère
Quand, amante lointaine, de toi je serai si proche
Qu’alors avec de belles paroles je trouverai mon réconfort.

On dit que Jaufré Rudel aimait une dame d'Orient, et qu'il ne la revit jamais. Il faut dire qu'à l'époque, c'était dur. Pour Balzac, Zola, Tristan et Yseut, c'était dur aussi. De nos jours, l'invention d'internet, de Skype, nous fait croire que l'amour de loin, c'est une option aussi. Est-ce qu'on a tué le désir, avec toutes nos bêtises? Au final, qui croire, de Vanessa Paradis, Jaufré Rudel, Roland Barthes, Ted Mosby et de notre mère?


Encore un baiser !

C'est le titre de ce film italien, bon public, diront certains, de Gabriele Muccino, sorti fin 2010, qui retrace l'histoire de plusieurs amis d'enfance. Peines amoureuses s'enchaînent et côtoient les désillusions de la vie. Les situations toutes plus tragiques les unes que les autres ( film italien oblige) s'accumulent. Les personnages de ce film tant décrié par les critiques -peut être parce qu'il a eu la mauvaise idée de sortir quelques jours après « Les Petits Mouchoirs » ( Cocorico!)- se perdent en questionnements, en errements, se cognent les uns aux autres pour finir par se retrouver.

Je me souviens y être allée pour l'acteur, le beau Stephano Accorsi, et aussi parce qu'en décembre, une petite comédie romantique italienne ne fait jamais de mal, au milieu de la frénésie de Noël ( Wahou !). Rien de tel donc pour les névrosées, les insatisfaites, les grognons au cœur tendre que tout énerve mais qui n'hésitent pas à perdre 2h30 de leur précieux temps pour un film qui sent la guimauve à plein nez. On ne se refait décidément pas.

Moi, ce que j'ai le plus aimé, pour tout dire dans ce film, c'est son titre, plutôt bien choisi. Il semble retranscrire au mieux le ton de cet opus dans lequel les personnages,à quarante ans bien tassés pour certains, continuent de souffrir avec toute la dramatisation propre aux Italiens et d'expérimenter les brûlures de l'amour. L'amour, le vrai pour certains, le faux pour d'autres, du moins celui que l'on a tendance à confondre avec le désir ( heureusement que notre amie Axelle Red s'emploie à clarifier la situation : « Désir ou amour, tu le sauras un jour »...Tu parles.)
Bref, je m'égare, as usual.
J'aime donc ce titre qui, par la magie de la ponctuation propre à notre belle langue, peut recouvrir différentes significations. J'aime bien le mot aussi, un baiser, je le trouve noble, moins mignon qu'en latin, osculum, mais plus classe, plus solennel, plus romanesque, plus français quoi.

La fille « blasée » vous la fera ainsi : « Encore un baiser...Un baiser, un baiser de plus, un baiser pourquoi... »
La fille gourmande et dynamique en demandera toujours plus : « Encore un baiser ! »
Et la fille pas très sûre d'elle, la fille qui attend toujours de voir venir de peur de se brûler les ailes se la jouera interrogatrice : « Encore un baiser ? Vraiment, c'est possible ? »
Mais finalement, dans les trois cas de figure, on retrouve bien là la magie du baiser dont on voudrait qu'il ne se termine jamais.

Qui n'a pas ressenti cette sensation grisante et délicieuse, ce manque soudain alors que se termine le langoureux bouche à bouche. Allez, vous voyez forcément. Un de ces vrais baisers. Un de ceux dont on se souvient longtemps après même si au départ il ne semblait pas payer de mine mais qui nous laisse le cœur plus léger. Bref, un de ceux qui font du bien. Le sel de la vie dirait l'anthropologue Françoise Héritier dans son dernier essai où elle nous livre ces petits moments délicieux qui font que la vie parfois, c'est vachement cool....Un de ceux qui vous font enfin saisir l'expression « être pendu à ses lèvres ». Lorsque les langues se cherchent et se trouvent, lorsque le souffle est court et que, une fois n'est pas coutume, les mots s'envolent loin, bien loin, et que le baiser devient lui même (à lui seul ?) parole (ou verbe). Un véritable ballet commence alors et, pas très assurée mais tout à la fois curieuse et mue par un délicieux (et compromettant ?) souffle de folie, on tourne et détourne, cherche et recherche...Point de timides ou de trop assurées, nous sommes toutes logées à la même enseigne. Le verbe se fait geste et les plus bavardes se taisent.
Le baiser est un objet changeant. Il peut se faire plus hardi, changer de couleurs, de saveurs au cours par exemple d'une soirée (eh oui, nous n'avons pas toutes la chance de nous faire embrasser « par un de ces après midi parisiens pluvieux », hein ? Merci Woody pour le cliché ! comme si on en avait pas assez). Fugace, joueur, le baiser devient friandise et tous les goûts sont permis.
Au « baiser rosé » des douces soirées d'été, certaines, plus capricieuses, préfèrent le « baiser rouge passion » où le serpent délicieux du cep de vigne nous dévore, alors que d'autres, les clubbeuses par exemple, succombent au « baiser fraîcheur », mentholé et sucré ( moins cher que les pastilles.)

Si ce baiser ne concernait que la bouche, certaines pourraient, peut être, garder le contrôle, d'autres s'ennuieraient sûrement, mais le baiser prend possession de l'ensemble du visage. L'insatiable quête continue alors. Et comme dans toutes les quêtes, on se moque bien du but...Le baiser devient alors l'incarnation de cette belle expression : « la beauté du geste ». Il devient ce truc terriblement fou qui vous permet de sortir de vous, d'arrêter de penser pour les cérébrales, ce truc qui n'engage à rien. Un acte gratuit. De temps en temps.

Ainsi, finalement, le grand maître se trompe ou plutôt, comme toujours, il y a la théorie et la pratique, il y a les films qu'il est de bon ton d'aller voir, qu'il est de bon ton d'avoir aimé, et les autres. Il y a « Encore un baiser » et « Les Petits Mouchoirs ». Il y a le baiser parfait de cinéma et il y a le vôtre.
Alors, un seul mot d'ordre, à chacune son baiser. À Paris, par un après midi pluvieux ( pour le cliché... et les chanceuses), en terrasse, en soirée ou à l'autre bout du monde. Qu'importe !

Pour le symbole, pour « la beauté du geste » ( j'y tiens !) trop souvent oubliée, pour la folie, contre la crise, contre les mauvais jours, contre la rentrée, bien au delà de nos peurs, des faux semblants, embrassez les filles, embrassez ! Embrassez des inconnus, des amoureux, l'homme de votre vie, mettez du cœur à l'ouvrage et, juste pour un moment, oubliez-vous, oubliez tout. Embrassez qui vous voudrez.

samedi 25 août 2012

Incipit

Mi Fille Mi Raison, c'est le journal en forme de blog de trois filles qui, entre les études et la vraie vie, veulent se poser pour faire le point. Où est le point / Where is the point? diront nos amis américains. Une expression intéressante: l'important ce n'est pas le point, c'est le texte. Alors voilà: ni trop de raison, ni trop de fille pour un équilibre savamment instable.
Pour le reste, pas besoin de faire les présentations, nous nous dissimulerons de manière plus ou moins efficace et absurde derrière des pseudonymes.