Encore un baiser !
C'est le titre de ce film italien, bon public, diront certains, de Gabriele Muccino, sorti fin 2010, qui retrace l'histoire de plusieurs amis d'enfance. Peines amoureuses s'enchaînent et côtoient les désillusions de la vie. Les situations toutes plus tragiques les unes que les autres ( film italien oblige) s'accumulent. Les personnages de ce film tant décrié par les critiques -peut être parce qu'il a eu la mauvaise idée de sortir quelques jours après « Les Petits Mouchoirs » ( Cocorico!)- se perdent en questionnements, en errements, se cognent les uns aux autres pour finir par se retrouver.
Je me souviens y être allée pour l'acteur, le beau Stephano Accorsi, et aussi parce qu'en décembre, une petite comédie romantique italienne ne fait jamais de mal, au milieu de la frénésie de Noël ( Wahou !). Rien de tel donc pour les névrosées, les insatisfaites, les grognons au cœur tendre que tout énerve mais qui n'hésitent pas à perdre 2h30 de leur précieux temps pour un film qui sent la guimauve à plein nez. On ne se refait décidément pas.
Moi, ce que j'ai le plus aimé, pour tout dire dans ce film, c'est son titre, plutôt bien choisi. Il semble retranscrire au mieux le ton de cet opus dans lequel les personnages,à quarante ans bien tassés pour certains, continuent de souffrir avec toute la dramatisation propre aux Italiens et d'expérimenter les brûlures de l'amour. L'amour, le vrai pour certains, le faux pour d'autres, du moins celui que l'on a tendance à confondre avec le désir ( heureusement que notre amie Axelle Red s'emploie à clarifier la situation : « Désir ou amour, tu le sauras un jour »...Tu parles.)
Bref, je m'égare, as usual.
J'aime donc ce titre qui, par la magie de la ponctuation propre à notre belle langue, peut recouvrir différentes significations. J'aime bien le mot aussi, un baiser, je le trouve noble, moins mignon qu'en latin, osculum, mais plus classe, plus solennel, plus romanesque, plus français quoi.
La fille « blasée » vous la fera ainsi : « Encore un baiser...Un baiser, un baiser de plus, un baiser pourquoi... »
La fille gourmande et dynamique en demandera toujours plus : « Encore un baiser ! »
Et la fille pas très sûre d'elle, la fille qui attend toujours de voir venir de peur de se brûler les ailes se la jouera interrogatrice : « Encore un baiser ? Vraiment, c'est possible ? »
Mais finalement, dans les trois cas de figure, on retrouve bien là la magie du baiser dont on voudrait qu'il ne se termine jamais.
Qui n'a pas ressenti cette sensation grisante et délicieuse, ce manque soudain alors que se termine le langoureux bouche à bouche. Allez, vous voyez forcément. Un de ces vrais baisers. Un de ceux dont on se souvient longtemps après même si au départ il ne semblait pas payer de mine mais qui nous laisse le cœur plus léger. Bref, un de ceux qui font du bien. Le sel de la vie dirait l'anthropologue Françoise Héritier dans son dernier essai où elle nous livre ces petits moments délicieux qui font que la vie parfois, c'est vachement cool....Un de ceux qui vous font enfin saisir l'expression « être pendu à ses lèvres ». Lorsque les langues se cherchent et se trouvent, lorsque le souffle est court et que, une fois n'est pas coutume, les mots s'envolent loin, bien loin, et que le baiser devient lui même (à lui seul ?) parole (ou verbe). Un véritable ballet commence alors et, pas très assurée mais tout à la fois curieuse et mue par un délicieux (et compromettant ?) souffle de folie, on tourne et détourne, cherche et recherche...Point de timides ou de trop assurées, nous sommes toutes logées à la même enseigne. Le verbe se fait geste et les plus bavardes se taisent.
Le baiser est un objet changeant. Il peut se faire plus hardi, changer de couleurs, de saveurs au cours par exemple d'une soirée (eh oui, nous n'avons pas toutes la chance de nous faire embrasser « par un de ces après midi parisiens pluvieux », hein ? Merci Woody pour le cliché ! comme si on en avait pas assez). Fugace, joueur, le baiser devient friandise et tous les goûts sont permis.
Au « baiser rosé » des douces soirées d'été, certaines, plus capricieuses, préfèrent le « baiser rouge passion » où le serpent délicieux du cep de vigne nous dévore, alors que d'autres, les clubbeuses par exemple, succombent au « baiser fraîcheur », mentholé et sucré ( moins cher que les pastilles.)
Si ce baiser ne concernait que la bouche, certaines pourraient, peut être, garder le contrôle, d'autres s'ennuieraient sûrement, mais le baiser prend possession de l'ensemble du visage. L'insatiable quête continue alors. Et comme dans toutes les quêtes, on se moque bien du but...Le baiser devient alors l'incarnation de cette belle expression : « la beauté du geste ». Il devient ce truc terriblement fou qui vous permet de sortir de vous, d'arrêter de penser pour les cérébrales, ce truc qui n'engage à rien. Un acte gratuit. De temps en temps.
Ainsi, finalement, le grand maître se trompe ou plutôt, comme toujours, il y a la théorie et la pratique, il y a les films qu'il est de bon ton d'aller voir, qu'il est de bon ton d'avoir aimé, et les autres. Il y a « Encore un baiser » et « Les Petits Mouchoirs ». Il y a le baiser parfait de cinéma et il y a le vôtre.
Alors, un seul mot d'ordre, à chacune son baiser. À Paris, par un après midi pluvieux ( pour le cliché... et les chanceuses), en terrasse, en soirée ou à l'autre bout du monde. Qu'importe !
Pour le symbole, pour « la beauté du geste » ( j'y tiens !) trop souvent oubliée, pour la folie, contre la crise, contre les mauvais jours, contre la rentrée, bien au delà de nos peurs, des faux semblants, embrassez les filles, embrassez ! Embrassez des inconnus, des amoureux, l'homme de votre vie, mettez du cœur à l'ouvrage et, juste pour un moment, oubliez-vous, oubliez tout. Embrassez qui vous voudrez.
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