Rome, l'unique objet de mon ressentiment :
Comme une rengaine. Ces petits trucs que l'on se répète. « En attendant... Godot. ». Jeux de mots bidons. De vieux khâgneux. Bidons. Bon d'accord, je dois avouer que mon esprit est peut être particulièrement porté sur ce genre de trucs. Donc pour moi Rome, au début, ça rime avec ça :
« Rome, l'unique objet de mon ressentiment,
Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant,
Rome qui t'a vu naître et que ton cœur adore,
Rome, enfin que je haie parce qu'elle t'honore.»
Ça aurait pu être pire. Vraiment pire. Du Corneille tout de même. Rome, l'Empire Romain, Jules César et tout le cirque.
Mais ça, c'était avant. Car après quatre jours passés dans la ville des amoureux, Rome rime désormais avec Dolce Vita, pins parasols, Via sacra et basilique Saint-Pierre. Et là, ça y est, je tombe dans le cliché. L'humanité quasiment dans son entier est unanime et enthousiaste. Rome est à tout le monde et appartient un peu à chacun.
Oui, parce que, cet été, je suis allée à Rome. Pour faire un dernier pied de nez à l'histoire romaine sur laquelle j'ai tellement souffert cette année. Pour voir si traîner ma peine dans toutes les grandes villes de l'Europe du sud effacerait -même pour un temps - ma déception. Je suis allée à Rome par défi. Pour oublier. Pour me confronter aux clichés. Un peu comme ces jeunes nobles du XVIIIe siècle qui entreprenaient de parcourir l'Europe, moins pour découvrir que pour vérifier leurs connaissances. Je suis donc partie avec la ferme intention de voir si l'on ne m'avait pas menti. Et alors ? C'est si beau qu'on le dit ?
À l'UGC Odéon, mon centre du monde, j'ai vu fin juin, au beau milieu de mes oraux, le film de Woody Allen, espérant une mise en bouche à cette superbe escapade. Mais la magie n'a pas opéré.
Du coup, je me suis dit que j'irai aussi dans la ville éternelle vérifier que Woody Allen se trompe, que cette ville emblématique et mystérieuse n'est pas le tissu de clichés que nous livre ce vieil Américain en mal de beautés, d'Histoire et d'authenticité. Bon. Ok. Je suis un peu vache là. Mais, sans blague, depuis Match Point, c'est quoi ces errances européennes ?
En revanche, là où finalement ces films sur les grandes capitales sont à mon point de vue intéressants, c'est parce qu'ils nous permettent de voir comment les Américains considèrent, appréhendent, vivent - Whatever works;-)- l'Europe.
Rome vue par un Américain est absolument, totalement, définitivement (;-)) différente de celle vue par un européen. Et pourtant, la magie opère. Des deux côtés de l'Atlantique, les frères ennemis se rejoignent pour vanter les beautés de la belle italienne.
Bon, toutes ces considérations, ces « pensées profondes », ces petits agacements, toute cette histoire « me tracassait » comme on dit chez moi. Et donc, passéiste, bien souvent de mauvaise foi, à la recherche d'exotisme et de soleil « efficaces » après une année parisienne des plus éprouvantes, me voilà partie avec deux copines aussi surexcitées que moi, bien décidée à vérifier si la magie de Vacances Romaines opère toujours et à comprendre un peu mieux celle de From Rome with love.
Vous l'aurez saisis Rome est une ville que je qualifierais - pompeusement peut-être - de cinématographique. Les comparaisons et les références sont nombreuses. Et il est au début difficile de ne pas penser à certaines scènes mythiques. Je m'attendais à voir Anita Ekberg sortir de la fontaine de Trevi ou Audrey Hepburn surgir sur la place d'Espagne. Mais il n'en fut rien.
Première après midi sur le Forum et un violent orage éclate. La pluie sur le forum, les dieux qui nous parlent et la fin d'un cycle ?- Oui je peux être un peu mystique parfois. Mais il fallait très vite sortir des images, des référents. Il le fallait bien car le cinéma, c'est bien connu, c'est pas la vie ( hein?;-)). Ça a donc été le premier défi. Gratter le vernis, voir l'envers du décors, pénétrer derrière les façades baroques des églises. Et là, vraiment, ça vaut le coup. La découverte, dans une chapelle de l'église Saint-Louis-des-Français, des tableaux du Caravage. Chaque entrée dans une église réserve une surprise, un émerveillement. Et on a presque envie parfois du coup de croire en Dieu...
Ajoutez à cela un tour de vélo -habituées du vélib' oblige ! Et là ouais. Vraiment. Carrément même. La magie a opéré. Se perdre dans Rome en vélo, tel Nanni Moretti sur son scooter. Monter et descendre les emblématiques collines. Prendre les grands axes presque déserts en août. Avoir des sensations de glisse et aussi, allez je l'ose, de liberté, en descendant à fond la caisse les pentes de la villa Borghèse.
Bon, j'ai été conquise. Même - « surtout » diront certaines- par les glaces. Oui, normalement je n'aime pas beaucoup les glaces mais, à Rome, c'est différent.
Ainsi, ce n'est pas le film de Woody Allen en forme de testament que j'ai rejoué à Rome ni celui de William Wyler. Je ne suis pas Américaine. C'en est un autre. Le mien. Il y a des milliards de choses que j'aurais pu évoquer. L'amour à Rome ! Mais j'y suis allée entre copines. Le Vatican et les cohortes d'asiatiques ! Mais cela participe, à mon sens, à un autre débat plus large et plus complexe.
Alors, s'il est vrai que l'on part tous avec des idées préconçues, des clichés en tête, tout s'affine et s'explique. Rome, en fait c'est vrai, c'est une série de clichés. Des images, des monuments, des répliques de film ou de théâtre, des pizzas. Mais Rome sublime ces clichés. Rome donne ses quartiers de noblesse au mot cliché, « lieux communs, banalités que l'on redit souvent et dans le même terme » selon le Larousse.
Alors, américain, européen, finalement qu'importe ! Puisque les lieux se laissent apprivoiser et que, dans leur extrême richesse, ils permettent à chacun de s'adonner à ses propres émotions, à ses propres réinventions, à ses propres redécouvertes. Et pouvoir juste redécouvrir de nos jours, ça peut paraître insuffisant, mais c'est peut être la clé de tout. Et c'est surtout donner, une fois n'est pas coutume par les temps qui courent, à tout le monde.
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