Voler est un art subtil et
nombreux sont ceux qui se sont brûlés les ailes. Car à moins d’être pilote de
ligne ou Tom Cruise, soyons honnêtes, l’entreprise est périlleuse !
Ces contre-indications n’ont
pourtant pas brisé l’élan d’Antonio Altarriba qui, tout au long de sa vie, s’est
essayé à l’envol…mais dans un tout autre registre !
L’art de voler avant d’être l’objet de cet article est en réalité
le titre d’un ouvrage, et plus précisément d’une Bande Dessinée réalisée par
Antonio Altarriba (il s’agit du fils ) et Kim. Habituellement je ne suis pas tellement
BD, mais en feuilletant magazine je suis tombée sur une bonne critique de cet ouvrage,
et je me suis lancée !
Loin d’être déçue, j’ai découvert
avec Antonio père un peu de cet art…
Après avoir fui l’horizon limité
du domaine paternel, il connaît tour à tour la tourmente de la guerre civile
espagnole, de l’exil dans le sud de la France, de la clandestinité pendant la
Seconde Guerre Mondiale avant de finir ses jours…enfermé dans une maison de
retraite espagnole. Cette fin, à mille lieues des chemins si souvent arpentés,
sonne comme un enfermement. A cela, le vieillard répond par l’envol…
Si le sujet est passionnant, les
choix d’Antonio père le sont plus encore. Je garde un souvenir poignant de ma
lecture : lorsque le jeune Antonio, grimpé sur un des murs bordant les
champs paternels demande « Et on fait comment pour regarder au
loin ? ». Le dessin représente alors deux minuscules silhouettes
plantées sur un mur de pierre branlant et, bloquant l’horizon, une succession
d’innombrables murs délimitant d’innombrables parcelles... Encore tout jeune, il
prend son vélo pour gagner la ville la plus proche, préférant la
fuite à l’enfermement. Une solution qu’il applique de nouveau, à l’âge de 90
ans, en sautant du dernier étage de son asile...
On pourrait trouver l’histoire
morbide ou son protagoniste courageux, selon les sensibilités. J’y vois surtout
la nécessité de trouver une alternative à l’enfermement, qu’il se manifeste physiquement ou
mentalement.
Cette lecture constitue à mes
yeux un bon point de départ pour apprendre ou réapprendre à s’évader. Comme l’Albatros
« exilé sur le sol au milieu des huées », nous avons parfois besoin
de nous élever et de prendre notre envol. Qu’elles que soient nos évasions,
leur durée, leur contenu, elles nous permettent de survoler nos lassitudes…un
peu à la manière de ce blog.
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