dimanche 23 septembre 2012

Le pique nique touche à sa faim

Alors même que la saison des pique-niques voit s'estomper ses derniers beaux moments, l'heure est comme d'habitude à la nostalgie. Finie l'improvisation Monop' et bords de Seine, fini le côté cheap excusable parce que bobo, fini le sauciflard et la logique du facilement pique-niquable. En effet, lorsqu'on se retrouve à 19h à la supérette du coin pour improviser un pique-nique estival, on ne peut vraiment choisir ni la brandade à réchauffer, ni le sandwich au pain de mie le moins cher du Monop Boul'Mich; il y a une certaine tradition du pique-nique. D'abord, il faut du pain, et un couteau. Puis, des choses à tartiner. Pas de fromage à pâte dure, pas de jambon non plus. Il faut des trucs qu'on puisse prendre avec les doigts sans finir les mains pleines de graisses. Qu'est-ce qu'un pique-nique sans la traditionnelle barquette de tomates cerises? On peut aussi donner dans l'alternatif, des tomates cerises de toutes les couleurs aux chips violettes, en passant par le gazpacho en brique. Mais au fond le pique-nique, c'est avant tout une affaire éphémère, un concept qui change avec le temps.

Mais oui, vous vous souvenez, les sorties de classe à la grotte du coin, à la ferme, au musée, où nous étions alors libérés de la cantine pour donner libre cours à nos caprices avec nos parents. Camille avait un sandwich au pain de mie Harry's ; de suite c'était une mode, tous nos parents ne pouvaient lutter avec leurs jambon-beurre baguette. Et puis il y a eu la part de pizza froide, super peu pratique mais qui a eu son moment de gloire aussi. Anne avait une carotte crue, on voulait tous ça aussi, dans un petit Tupperware. Antoine avait des Luncheables, ces sortes de crackers ronds avec des morceaux de jambon rond et du cheddar orange rond aussi pour aller avec. Certains parents donnaient une petite bouteille d'eau, d'autres avaient carrément du Sunny Delight. Et l'on échangeait tout gaiement avant de partir pour une partie d'attrape-bisou. Au fond, tout ça n'a pas changé. On mange toujours avec les copains, on aime toujours ça parce que ça change du quotidien quiche mal réchauffée au boulot qui est l'équivalent adulte de la cantine bruyante de nos années CP.

Pourtant, la bouffe a changé. Certes, quelqu'un a introduit les tomates cerises, les yaourts à boire, les Pom'Potes, mais au fond, l'important, c'est qu'on revient aux basiques. Maintenant que je dois carrément prendre la voiture pour aller acheter une pauvre baguette au pays des bagels et autres foutaises à mie, repenser à ces moments où je faisais un caprice à mes parents pour du pain "américain" me fait doucement rigoler. Mon petit frère et moi, on adorait le Sunny Delight. Maintenant, je fais 15 minutes de queue au brunch le weekend pour avoir mon jus d'oranges pressées. La vie nous change, et elle change notre façon de pique-niquer. On fait au fond tous encore ça comme des enfants, le sandwich à la main et le paquet de chips en partage. Il y a une mythologie du pique-nique qui participe du souvenir d'enfance, mais qui se construit encore à l'âge adulte. Un jour, à une représentation de Don Giovanni au théâtre du Capitole à Toulouse, et alors que j'avais pourtant le ventre plein, la vision (et l'odeur) d'un poulet rôti amené sur scène lors d'un pique-nique de Don Giovanni avec je ne sais quelle jeune victime m'a donné faim comme rarement dans ma vie j'ai eu faim. La nourriture est la nourriture de l'âme, pour de vrai. Au mois de mai dernier, violant toutes les règles du pique-nique, j'ai amené un poulet rôti aux Buttes Chaumont. Je l'ai mangé là, avec les doigts, avec les amis. Et au creux de mon début d'automne pluvieux au milieu de nulle part au pays des burgers, j'y pense, et je souris.

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