Un
homme sage a dit, partir, c’est mourir un peu. Inversement, mourir,
c’est partir beaucoup. A choisir, je préfère partir. On part toujours de
quelque part, et ce qui définit le départ c’est surtout sa
localisation; “Je viens du Sud, et par tous les chemins j’y reviens”,
nous dit Sardou. Quelqu’un qui n’a pas d’attaches ne part jamais
vraiment, il ne fait que voyager, se déplacer. Notre génération nomade
et éparpillée reconnaît ses points de départs; sur Facebook, on peut
avoir un lieu d’où l’on vient et un lieu actuel. Ce lieu est le même
pour de moins en moins de personnes. Qu’on vienne d’un patelin du Midi,
de Dunkerque ou de Paris, il est à présent nécessaire de bouger. Avec ou
sans argent, on bouge; on fait Erasmus, on part avec Easyjet, on va en
Australie bosser dans des fermes. Nos parents nous avaient dit qu’on
pourrait choisir le métier qu’on voudrait, faire des études qui nous
plairaient. On a fait des études, et puis on est partis. A défaut de
choisir un métier, on choisit notre destination. Notre génération vit le
low-cost de la mobilité; on part un an, puis deux, et très vite on
oublie comment revenir. On part pour voir si l’herbe est plus verte
ailleurs, mais on s’en fiche tant qu’il y a internet. On part goûter la
couleur locale, et on ne rêve que de pâté et de fromage qui pue. Plus on
part, en fait, plus on revient. Les aventuriers partent plutôt en Asie,
les riches partent plutôt à New York, les humanitaires partent en
Afrique. Notre destination nous définit-elle plus que notre point de
départ? Je suis allé toucher des éléphants et nager dans l’eau turquoise
plutôt que d’aller travailler dans un hôpital à Nairobi, je suis allé
étudier aux Etats Unis plutôt que de faire un road-trip au Guatemala. On
a donc aussi inventé la honte de la destination, comme on a honte de sa
ville natale. Il y a des destinations honorables, des destinations
hype, des destinations simplement à la mode, des destinations de
hippies, des destinations de gosses de riches.
Et toi, dis-moi où tu pars et je te dirai qui tu es.
Et toi, dis-moi où tu pars et je te dirai qui tu es.

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