mardi 4 septembre 2012

Rubrique "My Generation": Wake me up, before you go go.

Un homme sage a dit, partir, c’est mourir un peu. Inversement, mourir, c’est partir beaucoup. A choisir, je préfère partir. On part toujours de quelque part, et ce qui définit le départ c’est surtout sa localisation; “Je viens du Sud, et par tous les chemins j’y reviens”, nous dit Sardou. Quelqu’un qui n’a pas d’attaches ne part jamais vraiment, il ne fait que voyager, se déplacer. Notre génération nomade et éparpillée reconnaît ses points de départs; sur Facebook, on peut avoir un lieu d’où l’on vient et un lieu actuel. Ce lieu est le même pour de moins en moins de personnes. Qu’on vienne d’un patelin du Midi, de Dunkerque ou de Paris, il est à présent nécessaire de bouger. Avec ou sans argent, on bouge; on fait Erasmus, on part avec Easyjet, on va en Australie bosser dans des fermes. Nos parents nous avaient dit qu’on pourrait choisir le métier qu’on voudrait, faire des études qui nous plairaient. On a fait des études, et puis on est partis. A défaut de choisir un métier, on choisit notre destination. Notre génération vit le low-cost de la mobilité; on part un an, puis deux, et très vite on oublie comment revenir. On part pour voir si l’herbe est plus verte ailleurs, mais on s’en fiche tant qu’il y a internet. On part goûter la couleur locale, et on ne rêve que de pâté et de fromage qui pue. Plus on part, en fait, plus on revient. Les aventuriers partent plutôt en Asie, les riches partent plutôt à New York, les humanitaires partent en Afrique. Notre destination nous définit-elle plus que notre point de départ? Je suis allé toucher des éléphants et nager dans l’eau turquoise plutôt que d’aller travailler dans un hôpital à Nairobi, je suis allé étudier aux Etats Unis plutôt que de faire un road-trip au Guatemala. On a donc aussi inventé la honte de la destination, comme on a honte de sa ville natale. Il y a des destinations honorables, des destinations hype, des destinations simplement à la mode, des destinations de hippies, des destinations de gosses de riches. 

Et toi, dis-moi où tu pars et je te dirai qui tu es.

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