Au début, je n'aimais pas voyager. J'étais stressée, angoissée même. Les départs -même pour des vacances- étaient toujours synonymes de déracinement, d'exil presque. Je me sentais coupable de partir, moi la « terre à terre », la fervente régionaliste, élevée dans le culte du « De toute façon, on peut faire le tour du monde, il n'y pas d'ailleurs meilleur qu'ici ». C'est vrai quoi les Gitans disent bien : « Les poissons dans la mer, les oiseaux dans le ciel et les hommes sur terre. »
Puis, un beau jour, on quitte la maison. Son bac' en poche, au volant de sa -feu- saxo bic couleur « bleu horizon », on s'en va, par un beau dimanche soir de septembre, le cœur battant, chargée de recommandations et...de conserves. Et c'est grisant.
Après, c'est la folie. On commence à lire des livres de ouf, on commence à réfléchir, à décloisonner notre horizon-tant mental que physique, on rencontre des gens, des gens vachement différents de nous. Des gens qui ont voyagé partout...ou pas, et qui ont plein de projets de voyage... ou pas. Au début, on écoute et on rigole doucement. On admire même parfois. On raconte nos deux-trois expériences exotiques avec Papi et mamie. Puis, un jour, ça germe et on se dit : « Tiens, pourquoi pas moi ? Ça a l'air sympa. »
Et là, ça commence, on se lance. D'un week end à Paris, on se retrouve à traverser les USA d'est en ouest en bagnole durant un été. On s'habitue aux petits problèmes, on relativise, on arrive même à survivre à une nuit passée en salle d'embarquement à Philadelphie ( c'est dire ! ) et à la fin, on apprécie tous ces départs et surtout tous ces retours. Quoi de plus beau, quoi de plus fort que de rentrer chez soi. Quoi de plus grand d'avoir les larmes aux yeux en apercevant sur un quai de gare les personnes qu'on aime. Quoi de plus émouvant que de redécouvrir son pays, ses vignes, ses maisons, ses couleurs, son soleil...La magie dure quelques instants. Mais punaise, qu'est ce qu'on se sent alors vivant. Je referme la parenthèse « envolée lyrique ».;-)
Alors du coup, on voyage de plus en plus, pour aller découvrir des endroits, et surtout pour voir les gens qu'on aime, nos amis de cette génération éparpillée et aventurière. « check in », « check out », on en vient même, pour rire, par faire des barbarismes... « T'as checkiné ? ». Vive le cosmopolitisme.
L'on découvre d'abord le train...et la SNCF à laquelle, je refuse, tout le monde le sait, d'être fidèle. Je m'en fais un point d'honneur même. Un point d'honneur ruineux, certes. Mais un point d'honneur quand même. Ce qui est totalement idiot étant donné que je prends régulièrement et de plus en plus le train...Mais, bon, qui n'a pas ces petites, absurdes mais délicieuses contradictions ?;-)
Enfin, un beau jour, l'on découvre l'avion dont le système ne fonctionne pas mieux, je dois le concéder, mais qui, pour ma part, me fait rêver.
L'avion, c'est d'abord, un plus cher. Il faut bien l'avouer quoiqu'il existe des tarifs préférentiels pour les moins de 25 ans.
L'avion, c'est rassurant. Les hôtesses sourient toujours et sont tout le temps gentilles et classes- ça change du look de certains contrôleurs de trains sur la ligne Toulouse -Paris.;-)
L'avion, c'est exotique. On se croirait partir pour « voyage en terre inconnue » à chaque fois. Quand on débarque à même le Tarmac de l'aéroport de Perpignan et qu'on subit à chaque fois un choc thermique, je suis désolée, les Antilles, à côté, c'est léger, léger ;-)
L'avion, c'est reposant. Bon ok, il y a des passagers mais la plupart du temps ce sont- sauf en période de vacances scolaires où la France est dans son ensemble envahie de terrifiants braillards en culottes courtes- des Monsieurs de l'âge de mon père qui sentent bon, parlent doucement et n'essaient pas d'engager la conversation...Ou des jeunes trentenaires et quadras sexy, en costume, au sourire colgate, à la George Clooney. Et là je dis oui. Et je n'évoque même pas le cas des pilotes.;-)
L'avion, c'est aussi tout un symbole. On vole quand même ! On s'extasie en passant au dessus du viaduc de Millau. On rêve en contemplant la Méditerranée. On tente de compter à chaque fois toutes les églises de Perpignan en survolant la ville. La France est encore plus belle vue du ciel.
Enfin, l'avion, c'est surtout le seul moment où je coupe mon portable et où je me retrouve coupée du monde. Je lis alors la presse en m'énervant. Puis je me calme en me disant que, quand même, tout n'est pas perdu, puisque ce sont encore des galettes de la Mère Poulard du Mont Saint Michel qui sont données avec le café Nespresso. Je me dis aussi, fatiguée de mes vaines et métaphysiques réflexions, que je n'ai pas besoin, au fond, de savoir si Saint Augustin, a raison ou non - l'Homme est-t-il in via ou in patria ?- et que de s'envoyer en l'air de temps en temps ne fait de mal à personne.
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