lundi 25 février 2013

Les Oscars, en direct ou presque: le sacre de la nouvelle femme?

J'ai regardé les Oscars. Après tout, tant qu'à vivre de ce côté-là de l'Atlantique, autant le faire vraiment et se faire un bon paquet de chips devant le pic culturel de l'année américaine. En effet, personne ne parle ou presque de cette expo qui a l'air géniale au Met qui commence demain, sur l'impressionnisme, la mode et la modernité. Par contre, première page du New York Times sur le "Red Carpet Project", où les journalistes classent par couleur de robe les actrices hollywoodiennes, et où Emmanuelle Riva et la fillette à l'imprononçable prénom de "Beasts of the Southern Wild", Quvenzhané Wallis, se retrouvent dans la même catégorie. Parce qu'elles sont atypiques, ou parce qu'elles ont choisi du bleu marine pour leur robe? Ont-elles choisi du bleu marine parce qu'elles sont atypiques? On pourrait s'arrêter deux minutes sur le fait qu'Hollywood s'enthousiasme grandement d'avoir nominé ces deux ovnis, dans un geste d'hypocrisie et de démagogie sans pareille. Si tout était normal, s'ils n'avaient justement pas édifié en normalité les blondes et brunettes en taille 34 refaites en plastique bloquées à un âge indéterminé entre 25 et 40 ans, est-ce que justement on ne devrait pas trouver ça normal qu'une actrice puisse toucher l'excellence à 84 ou 8 ans? On les a vues, les Barbara Streisand et autres Nicole Kidman et Catherine Zeta-Jones (en play-back revisitant Chicago à la sauce Beyoncé au Superbowl). Elles ne m'impressionnent pas, et me font autant d'effet ou peut-être moins que des poupées Barbie alignées en rang chez Carrefour. Mais non, à la place tout le monde s'extasie devant l'adorable petite et la touchante petite vieille. Et puis merde, disons-le, elles étaient toutes deux bien plus méritantes dans la catégorie meilleure actrice, tournant dans des films aussi majeurs que Beasts of the Southern Wild et Amour, que la jeunette Jennifer Lawrence et sa comédie romantique qui ne marquera pas l'histoire du cinéma.

Mais bon voilà, l'Oscar de la meilleure actrice, c'est pour la relativement meilleure; ça ne dépend pas du film, de la profondeur du dialogue. Il s'agit surtout de se débrouiller pour que la plupart des gens, en voyant ce film, se disent, wow, celle-là, elle crève l'écran. Et ça, Jennifer Lawrence, elle sait faire. Elle a l'air de rien comme ça, et on la connaissait même pas il y a deux ans, et elle est plus jeune que moi. Elle fait américaine quand même, bonne enfant, copine et canon à la fois. Elle n'a pas la classe d'une Hepburn ou la volupté d'une Angelina Jolie. A priori. Et puis, on la voit évoluer dans ce film comme dans les autres, avec sa beauté simple, sa franchise d'actrice, son naturel débordant, et cette énergie brillante. Jennifer Lawrence, c'est la meilleure actrice de l'année parce que tout Hollywood, tous les Etats-Unis sont tombés amoureux d'elle au premier regard. Elle ne remplit pas les canons de beauté normaux, avec son visage un peu rond, son sourire gauche ou même carrément franchouillard, est même la plupart du temps plutôt plus en chair que l'anorexique hollywoodienne moyenne. On la voit bien se faire un burger devant une série télé chez elle, ou sortir tranquille avec ses amies. Mais en plus de ça, elle est intelligente, et elle a un sens de la répartie et une finesse qui font pâlir les autres Jennifer et aussi Anne Hathaway qui se veut l'intello classe de la bande. Elle prend un film tout con sur lequel elle est embauchée, comme Hunger Games (truc d'action pour ados) ou Silver Linings Playbook (comédie romantique un peu dramatique), et elle en fait des films vraiment mieux que ce qu'ils auraient dû être. Elle y donne tout, entièrement, pas comme Kristen Stewart qui y va à reculons et avec sa posture horrible de gamine effarouchée.

Jennifer Lawrence, c'est comme ce bouquin un peu nul dont on a lu la quatrième de couverture sans être trop convaincus, et qui finalement devient notre bouquin préféré. Elle a pas eu besoin de s'enlaidir pour son rôle(Charlize Theron et bien d'autres), ou de jouer un grand personnage historique ou une femme d'exception pour choper la statuette. Elle a juste joué, et paf, la magie a opéré. On va devoir s'attendre à la voir tellement qu'on la détestera à la fin, dans les années qui viennent. Mais en même temps, si elle réussit son coup, elle sera l'équivalent de Meryl Streep maintenant. Une femme qui nous convainc intimement de sa beauté de femme parce que c'est une belle actrice, et pas parce qu'elle a passé des heures chez le coiffeur. D'ailleurs, elle en a rien à faire de tout ça, elle sait même pas monter des escaliers dans une robe meringue. C'est juste la fille qui a l'air magnifique une minute, et qui te rappelle qu'elle est comme toi la minute d'après, en tombant dans les escaliers la tête la première, et en faisant preuve d'auto-dérision juste après. Chapeau.




samedi 16 février 2013

Tu prends ou tu prends pas ?

Si quelqu'un décide de ne plus être ton ami c'est qu'il ne l'a jamais vraiment été. Aristote a dit ça. Ou un truc du genre. En tous les cas, c'est un peu compliqué son histoire et je ne suis pas sûre d'être d'accord. Je dis pas sûre, parce que c'est dur de pas être d'accord avec Aristote quand on n'est pas une grande philosophe. 

Dans ma vie de catégories il y a les amis, les copains, les potes, les deux dernières catégories sont parfois et pour mon plus grand plaisir des amis en devenir. Mais ça ce n'est pas vraiment moi qui décide, c'est la vie, les affinités, les occasions, et le plus souvent de belles rencontres. Si je repense à mes amitiés, je me rends compte à quel point elles supportent mal le temps avec son lot de changements et de déménagements. Ceux qui étaient au coeur de ma vie il y a peu sont aujourd'hui loin, voire partis...

On aimerait continuer à partager avec eux, savoir ce qu'ils deviennent, leurs projets, leurs victoires, leur témoigner notre affection. Mais le point positif, parce qu'au fond il y a toujours un point positif, c'est qu'il y a ceux qui restent et les nouveaux, ceux qu'on se fait un plaisir d'accueillir dans sa vie et qui nous accueillent en retour. Alors non parfois on n'est plus ami avec les gens à cause de la vie tout simplement. A cause de la vie et de ses aléas, grands ou petits, à cause du changement. Alors qu'on se le dise, je ne suis pas d'accord avec Aristote ! Après tout dépend de ce qu'il entend par ami...Et là ça commence à se compliquer sérieusement.

C'est vrai ça, c'est quoi un ami ? Je crois que c'est quelqu'un dont on peut peser le pour et le contre : on le connaît suffisamment bien pour savoir ses qualités, ses défauts, ses points forts, ses points faibles. Un genre de SWOT de l'amitié (Strengths-weaknesses-opportunities-threats, ça c'est mon nouveau côté com'). Quand on est ami, on l'est donc en connaissance de cause.

Alors ce n'est pas toujours évident de se livrer sous un jour peu glamour, de faire des compromis, d'accepter les défauts de l'autre ; pas évident de tomber le masque ; pas évident non plus de tout prendre chez l'autre.

Et pourtant on a tous un ami toujours en retard, un ami désorganisé, un ami autoritaire, un ami boudeur voire renfrogné. Celui qui vous déplace 5 fois de suite un rendez-vous ou raccroche deux fois en cours de conversation parce qu'il a un double appel et du coup vous avez l'impression de téléphoner entre deux tunnels alpins. Celui qui ne vous donne pas de nouvelles pendant deux mois et vous contacte alors que vous commenciez à appeler tous les hôpitaux et funerariums de Paris. Mais cet ami c'est aussi celui qui vous dit que le bun vous va bien, qui écoute vos crises existentielles (et dieu sait qu'il y en a), qui vient vous chercher à la gare et vous aide à porter vos valises dans le métro, qui vous aide à monter un meuble ikéa jusqu'à minuit un samedi soir, un ami qui serait capable de vous accompagner dans une grosse baston parce qu'au fond vous êtes son ami.

On a tendance à faire la liste des points négatifs : elle est snob, il est à l'arrache, elle est psychorigide...en oubliant que vous enfumez tous vos amis à chaque rencontre, que vous pouvez être particulièrement désagréable quand vous êtes de mauvaise humeur et que vous êtes boudeuse et possessive. 1 point partout. Sauf qu'en amitié on n'est pas au football américain, on s'en fout. Les points sont là, ils vont, ils viennent et je ne suis pas sûre de pouvoir tenir une telle comptabilité très longtemps à moins d'en faire un tableau Excel. Sauf que là ça deviendrait grave.

L'amitié c'est donc aussi le flou, l'incertitude. Les plaisirs sans prise de tête et les bouderies sans lendemain. Les bons moments et les moments les plus mauvais. Les attentions sans retour et les attentions qu'on n'attendait pas. L'amitié c'est tu prends ou tu prends pas.
L'amitié c'est indispensable... sans ça on est un peu tous des "hommes inachevés"...

mercredi 13 février 2013

Déploration




Le pape démissionne. C'est tombé il y a deux jours. Un lundi. Comme ça.
Oui, il démissionne. Il s'arrache, il n'y arrive plus. Et tout le monde, passé le choc pour certains, s'extasie, salue le geste et « l'entrée de l'Eglise dans la modernité. » Car oui Rimbaud l'a bien dit : « il faut être absolument moderne ».

Et moi, je fais comme d'habitude, je râle. Oui je râle et de façon exagéré - parce qu'on ne se refait décidément pas - je déplore. Je déplore comme à l'époque médiévale ou plutôt comme le Christ qui doit se retourner dans sa tombe, ah non mais il n'y est plus de toute façon ;-)

Je ne vais pas vous livrer ici mes croyances intimes, mes ressentis, dans cette société du voyeurisme, de la non pudeur, je ne vais pas verser là dedans. Et puis de toute façon une de mes professeures d'histoire m'avait dit un jour que deux domaines échapperaient toujours à l'historien, aux gens et à l'analyse en général : la sexualité et la foi. Ma foi n'est donc pas l'objet de ce post.

L'objet de ce post est ce que symbolise pour moi le geste du pape.
Je ne trouve pas ce geste « très moderne » ou « porteur d'espoir. »
Non, je ne suis pas rétrograde – même si j'avoue avoir surkiffé le discours en latin. Je trouve juste que l'on oublie que le pape est avant tout un symbole, une représentation concrète, humaine d'une notion abstraite. Dans cette société en perte de symbolisme, on oublie la puissance des symboles.
Le pape comme m'a dit une amie c'est le quasi deus in terra. C'est le vicaire du Christ. C'est à la fois une personne et une abstraction.

Et là, que fait le symbole ? Il abandonne. Parce qu'il est vieux, parce qu'il n'y arrive plus. Parce que je ne sais pas trop. Mais ce n'est pas important à mon sens, il doit avoir de bonnes raisons. On en a tous.
Alors, voilà, moi, je trouve que cela n'est pas très « porteur d'espoir ».
On assiste selon moi à une forme de contamination. Les mœurs qui se déploient, les logiques à l'oeuvre dans nos sociétés ont contaminé la société chrétienne. C'est le turn over au Vatican aussi. Le commun des mortels changent d'avis, de métiers, de mecs et le Vatican change de pape.
On se lasse, on se quitte, on s'abandonne, on n'assume plus rien. Et finalement à mon sens le pape aussi en tout cas c'est ce que m'évoque son geste.
Je ne suis pas de ceux qui croient que le changement est toujours bon dans tous les domaines.
La religion est un choix, un choix intime, un idéal et elle ne doit justement pas subir les influences extérieures. Bien sûr, on va me dire : « Et le préservatif ? » Et oui quoi le préservatif ce n'est pas parce que le pape ne le conseille pas qu'il ne faut pas en mettre. Je pense que tout est une question de choix et d'équilibre.
Et aujourd'hui ça me rend triste que même le pape abandonne. Quand moi j'ai parfois envie d'abandonner. Mais moi au fond de mes possibles abandons, on s'en moque, je ne suis pas à la tête de la chrétienté. Je ne guide pas des millions de fidèles. 
Je ne suis pas naïve, nos dirigeants religieux ou politiques ne sont que des hommes je le sais bien mais des hommes qui se doivent d'être exemplaires. De nous montrer l'exemple, de tracer un idéal même inaccessible. Et ce n'est plus le cas. Non parce que la normalité, je la vois tous les jours dans ma glace et au café d'en bas, c'est sympa la normalité mais j'ai besoin de rêver.

Donc voilà, quelques jours avant le début du Carême le pape démissionne. Et nous ?
Bah non. Nous, on continue, on assume et on reste. On fait le gros dos et on attend que le mauvais temps passe. On persévère. On y croit, on tombe, on trébuche mais on reste pour nous, et pour le symbole. La beauté, la magie et l'espoir...du symbole.