vendredi 26 juillet 2013

De l'in-culture musicale ? by WOMA


C'est en lisant la critique du « déjà-presque-culte » album des Daft Punk, Random Access Memory sur l'excellent site Pitchfork.com que je me suis rendue compte d'une truc essentiel : la critique musicale nécessite une culture générale immense.

Prenons donc Daft Punk. On peut difficilement faire mieux dans le genre groupe français internationalement connu. On pourrait donc en conclure hâtivement qu'il n'y a pas grand chose à tirer de chansons que l'on écoute toute la journée à la radio, d'un groupe que l'on connaît depuis longtemps maintenant- pensée émue pour One More Time tout de même. On a l'impression que ce qu'ils devaient nous apprendre, ils nous l'ont déjà appris.

Daft Punk donc c'est la culture pop par excellence. Tout le monde connaît, tout le monde aime d'une discothèque cliquante de Cannes aux salons privés du Baron. Y'a pas à discuter. Et pourtant si on essaie de réfléchir un peu entre deux verres de rosé et deux siestes, on peut se torturer l'esprit et pondre de grandes théories comme on les aime.
Il suffit déjà d'écouter la piste n°3, « Giorgio by Moroder » où le manager des Daft Punk raconte d'une voix posée son extraordinaire vie. 9,04 minutes plus tard - et oui, les mecs sont généreux, de nos jours coller une chanson aussi longue sur un album aussi en vue, faut le faire- on se sent un peu moins connes.
Puis, parce qu'on veut toujours comprendre – ou chercher des poils aux œufs ?;-)- on lit la critique de Pitchfork.com (l'album est noté 8.8, bien joué) et l'on apprend que des musiciens pointus et doués comme les Phoenix, Pharell Williams et les Strokes mais aussi Steely Dan et les Pink Floyd ont collaboré à l'album. Bon, ça c'est pour la musique. Rien que de très classique niveau culture musicale et très attendu me direz-vous, pas de quoi fouetter un hipster.

Mais parler de musique c'est pas si facile, mettre des mots sur des sons, faire ressentir aux lecteurs, aux auditeurs les émotions que l'on a soi même ressenties c'est dur. Un intéressant échange entre Dider Varrod et André Manoukian il n'y a pas si longtemps sur France Inter nous le rappelait. Sacré Dédé qui nous fait continuer nos rêves tous ces jolis matins de juillet par ses programmations et ses lectures philosophiques...

Alors pour nous aider comprendre, le critique de Pitchfork.com évoque Phantom of the Paradise, chef d'oeuvre de 1974 réalisé par Brian de Palma. C'est horrifique, c'est musical, c'est HYPER daté et kitsch mais ça vaut carrément le coup. Ce film obsède nos deux mecs de Versailles. L'article ne nous dit pas pourquoi mais finalement si on a vu le film on peut en avoir une vague idée. Mais en réalité, même sans avoir vu le film on saisit une atmosphère, on réfléchit, le mystère c'est souvent pas si mal. Un peu comme quand on contemple un danseur, que l'on est émue mais que l'on ignore pourquoi. Et finalement qu'on ne veut pas savoir, surtout pas savoir, pourquoi.

Là est le délice de la critique musicale. On fait appel aux ressentis, aux émotions, les références ne sont qu'une porte d'entrée. Il faut savoir choisir ses critiques, ceux qui balancent des références inutiles on les reconnaît très vite de toute façon. C'est en cela que pour peu que l'on s'intéresse à la genèse d'un album, à l'implication d'un artiste, on apprend un tas de choses sans avoir l'impression d'être largué ou d'avoir une culture toute pourrie. Du moment qu'on commence à comprendre ce que veut dire le critique, une complicité s'installe, et même la vaniteuse mais très humaine fierté du « Ah mais ça je l'avais remarqué ». On a l'impression de s'y connaître, ce qui, si vous m'avez bien suivie ne veut pas dire grand chose, mais qui fait toujours plaisir.
Du monde merveilleux de la critique musicale on revient donc plus riche d'une petite anecdote qu'un pote de bon conseil a partagé avec nous. On s'est pas senties connes et on en est bien contentes. On se dit aussi qu'on ne gagne jamais rien à juger un groupe « mainstream ». On a appris que « même » les Daft Punk avaient une culture et aiment peut-être les mêmes choses que nous. Ouais, on est vraiment contentes du coup. Et c'est surtout parce qu'on a appris quelque chose là où l'on ne s'y attendait pas, mine de rien, sans s'en rendre compte.
De toute façon du moment qu'on s'intéresse à quelque chose, qu'on se donne la peine de comprendre, du moment qu'on laisse vagabonder notre curiosité, du moment qu'on lit, on apprend toujours quelque chose, on s'en fiche que ça serve ou pas. La beauté du geste comme on dit et surtout du désintéressement intellectuel.
Et pour bien s'en rappeler, on réécoute « Get Lucky » pour la 365 478 ème fois de l'été.



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