C'est en lisant la
critique du « déjà-presque-culte » album des Daft Punk,
Random Access Memory sur l'excellent site Pitchfork.com
que je me suis rendue compte d'une truc essentiel : la critique
musicale nécessite une culture générale immense.
Prenons donc Daft Punk.
On peut difficilement faire mieux dans le genre groupe français
internationalement connu. On
pourrait donc en conclure hâtivement qu'il n'y a pas grand chose à
tirer de chansons que l'on écoute toute la journée à la radio,
d'un groupe que l'on connaît depuis longtemps maintenant- pensée émue pour One More Time tout de même. On a
l'impression que ce qu'ils devaient nous apprendre, ils nous l'ont
déjà appris.
Daft
Punk donc c'est la culture pop par excellence. Tout le monde connaît,
tout le monde aime d'une discothèque cliquante de Cannes aux salons
privés du Baron. Y'a pas à discuter. Et pourtant si on essaie de
réfléchir un peu entre deux verres de rosé et deux siestes, on
peut se torturer l'esprit et pondre de grandes théories comme on les
aime.
Il
suffit déjà d'écouter la piste n°3, « Giorgio by Moroder »
où le manager des Daft Punk raconte d'une voix posée son
extraordinaire vie. 9,04 minutes plus tard - et oui, les mecs sont
généreux, de nos jours coller une chanson aussi longue sur un album
aussi en vue, faut le faire- on se sent un peu moins connes.
Puis,
parce qu'on veut toujours comprendre – ou chercher des poils aux
œufs ?;-)- on lit la critique de Pitchfork.com (l'album est
noté 8.8, bien joué) et l'on apprend que des musiciens pointus et
doués comme les Phoenix, Pharell Williams et les Strokes mais aussi Steely Dan et les Pink Floyd ont
collaboré à l'album. Bon,
ça c'est pour la musique. Rien que de très classique niveau culture
musicale et très attendu me direz-vous, pas de quoi fouetter un
hipster.
Mais
parler de musique c'est pas si facile, mettre des mots sur des sons,
faire ressentir aux lecteurs, aux auditeurs les émotions que l'on a
soi même ressenties c'est dur. Un intéressant échange entre Dider
Varrod et André Manoukian il n'y a pas si longtemps sur France Inter
nous le rappelait. Sacré Dédé qui nous fait continuer nos rêves
tous ces jolis matins de juillet par ses programmations et ses lectures
philosophiques...
Alors
pour nous aider comprendre, le critique de Pitchfork.com évoque
Phantom of the
Paradise,
chef d'oeuvre de 1974
réalisé par Brian de Palma. C'est horrifique, c'est musical, c'est
HYPER daté et kitsch mais ça vaut carrément le coup. Ce film
obsède nos deux mecs de Versailles. L'article ne nous dit pas
pourquoi mais finalement si on a vu le film on peut en avoir une
vague idée. Mais en réalité, même sans avoir vu le film on saisit une atmosphère,
on réfléchit, le mystère c'est souvent pas si mal. Un peu comme
quand on contemple un danseur, que l'on est émue mais que l'on
ignore pourquoi. Et finalement qu'on ne veut pas savoir, surtout pas savoir, pourquoi.
Là
est le délice de la critique musicale. On fait appel aux ressentis,
aux émotions, les références ne sont qu'une porte d'entrée. Il
faut savoir choisir ses critiques, ceux qui balancent des références
inutiles on les reconnaît très vite de toute façon. C'est en cela
que pour peu que l'on s'intéresse à la genèse d'un album, à
l'implication d'un artiste, on apprend un tas de choses sans avoir
l'impression d'être largué ou d'avoir une culture toute pourrie. Du
moment qu'on commence à comprendre ce que veut dire le critique, une
complicité s'installe, et même la vaniteuse mais très humaine
fierté du « Ah mais ça je l'avais remarqué ». On a
l'impression de s'y connaître, ce qui, si vous m'avez bien suivie ne
veut pas dire grand chose, mais qui fait toujours plaisir.
Du
monde merveilleux de la critique musicale on revient donc plus riche
d'une petite anecdote qu'un pote de bon conseil a partagé avec nous.
On s'est pas senties connes et on en est bien contentes. On se dit
aussi qu'on ne gagne jamais rien à juger un groupe « mainstream ». On a appris que « même » les Daft Punk avaient une
culture et aiment peut-être les mêmes choses que nous. Ouais, on
est vraiment contentes du coup. Et c'est surtout parce qu'on a appris
quelque chose là où l'on ne s'y attendait pas, mine de rien, sans
s'en rendre compte.
De
toute façon du moment qu'on s'intéresse à quelque chose, qu'on se
donne la peine de comprendre, du moment qu'on laisse vagabonder notre
curiosité, du moment qu'on lit, on apprend toujours quelque chose,
on s'en fiche que ça serve ou pas. La beauté du geste comme on dit et surtout du désintéressement intellectuel.
Et
pour bien s'en rappeler, on réécoute « Get Lucky » pour
la 365 478 ème fois de l'été.
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