dimanche 28 juillet 2013

La minute grognon: le dimanche soir




On y est. On y est presque tous arrivés, à ce moment de notre vie où juillet et août ne riment plus avec vacances permanentes, mais plutôt avec “ouais peut-être que tu peux avoir une semaine en juillet mais tant que t’as pas de gosses t’es pas prio.” Bref, c’est la merde. Finies les virées plage dernière minute entre copains, finies les apéros dans fin sur la terrasse, finies les longs soirs d’été dans le jardin à écouter les voisins qui eux ont une piscine. Parce que là où on vit, y’a pas de terrasses, pas de jardins, pas de piscines. Du moins, pas à soi. Et c’est un peu ça qui compte, non?

Donc voilà, on y est. Et tout ce qu’il nous reste, c’est le weekend. Le weekend dont les Québécois se moquent parce qu’on pourrait quand même se forcer un peu et dire “fin de semaine”, comme eux. Sauf que le weekend, ça veut pas dire week-end comme en English. D’ailleurs c’est pas prononcé pareil. Même quand Lorie le chante, c’était pas pareil. C’est un concept. Et oui, je peux le dire, c’est un concept que profondément, les Américains ne comprennent pas, et peut-être les Québécois non plus, mais ça, je n’en sais rien. Parce que nous, en France, on a le dimanche.
Je suis toujours étonnée de me trouver si rétrograde parfois. Il y a des jours où je suis bien contente que le supermarché soit ouvert 7 jours sur 7, 24h sur 24, quand j’ai une envie de mimolette ou de gazpacho tard le soir. Ceci est donc une réflexion sur le supermarché. Petite, j’adorais aller au Carrefour. C’était la sortie familiale, je croisais ma voisine Laura qui se débrouillait toujours pour faire passer une Barbie incognito sur le tapis de courses sans que ses parents s’en aperçoivent. On y allait à 9h, à la fraîche, avec les vieux, à l’ouverture. Il n’y avait personne, c’était bien, on pouvait courir dans les allées, retrouver papa sans se perdre, feuilleter les BD au rayon livre, et surtout, surtout, regarder la nourriture. Le rayon charcuterie, le rayon fromage. Les produits sont familiers, les marques aussi. Ici, tout est différent, tout change. Déjà, ça m’énerve. Ici, si je vais au supermarché un samedi parce que vraiment, je ne peux pas faire autrement, c’est l’horreur. Il y a du bruit, du monde, mais sans la familiarité sympathique du Carrefour de chez moi. Même maintenant quand je suis de passage à Paris, le Monop rassure; même le dimanche, ce n’est ouvert que le matin, pour les paresseux, et quand on y va, on sent bien que les gens viennent religieusement, il y a une sorte de silence, de calme, de communion du dimanche matin qui n’a rien à voir avec la messe. Parce que le dimanche, même s’il faut bien manger, c’est d’abord fait pour se cloîtrer chez soi, au calme, en famille.

Mais ici, le weekend, et surtout le dimanche, c’est juste une occasion de faire des trucs. Aller au gym, courir, faire les courses, voir des gens etc. C’est insensé. Même étudiante à Paris le dimanche c’était pas aussi intense; un dimanche, il faut rester assis un certain moment, sur un canapé, il faut qu’il y ait de la télé à un moment, de préférence l’après-midi en sieste, et il faut un bon repas. Je déteste le brunch, en fait. C’est quoi cette idée qu’il faudrait faire que deux repas le dimanche? S’il y a un jour où tu peux vraiment apprécier tes trois repas, c’est bien le dimanche; un bon petit-dèj après une grasse matinée, un déjeuner tard impliquant un poulet rôti et des pommesd e terre sautées, et une pâtisserie de la boulange, et puis un dîner après le ciné du soir – activité la plus intense acceptable un dimanche. Parce que s’il y a une chose qui est plus importante que le dimanche, plus sacrée, c’est le dimanche soir.

Avant, le dimanche soir, on commandait des sushis et on se faisait un film sur le lit, histoire de ne vraiment, vraiment pas sortir. Encore avant, on mangeait les restes du poulet du midi froid et puis il n’y avait rien à faire. C’est ça, le sacré du dimanche: il faut s’ennuyer, il faut qu’il n’y ait rien à faire, qu’il y ait du traînage, de la paresse.

Alors voilà, des fois, les States me choquent. Quand on me demande si je veux sortir prendre un café un dimanche à 18h, par exemple, ça me saoule. Pourquoi c’est ouvert? Pourquoi du café? Pourquoi être social? Si je dois voir plus de 4 personnes un dimanche, c’est un dimanche raté, sauf cas de force majeure. Alors peut-être que je suis un ours. Oui, mais comme le roseau pensant de Pascal, je suis un ours français.

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