Donc voilà, on y
est. Et tout ce qu’il nous reste, c’est le weekend. Le weekend dont les
Québécois se moquent parce qu’on pourrait quand même se forcer un peu et dire
“fin de semaine”, comme eux. Sauf que le weekend, ça veut pas dire week-end
comme en English. D’ailleurs c’est pas prononcé pareil. Même quand Lorie le
chante, c’était pas pareil. C’est un concept. Et oui, je peux le dire, c’est un
concept que profondément, les Américains ne comprennent pas, et peut-être les
Québécois non plus, mais ça, je n’en sais rien. Parce que nous, en France, on a
le dimanche.
Je suis toujours
étonnée de me trouver si rétrograde parfois. Il y a des jours où je suis bien
contente que le supermarché soit ouvert 7 jours sur 7, 24h sur 24, quand j’ai
une envie de mimolette ou de gazpacho tard le soir. Ceci est donc une réflexion
sur le supermarché. Petite, j’adorais aller au Carrefour. C’était la sortie
familiale, je croisais ma voisine Laura qui se débrouillait toujours pour faire
passer une Barbie incognito sur le tapis de courses sans que ses parents s’en
aperçoivent. On y allait à 9h, à la fraîche, avec les vieux, à l’ouverture. Il
n’y avait personne, c’était bien, on pouvait courir dans les allées, retrouver
papa sans se perdre, feuilleter les BD au rayon livre, et surtout, surtout,
regarder la nourriture. Le rayon charcuterie, le rayon fromage. Les produits
sont familiers, les marques aussi. Ici, tout est différent, tout change. Déjà,
ça m’énerve. Ici, si je vais au supermarché un samedi parce que vraiment, je ne
peux pas faire autrement, c’est l’horreur. Il y a du bruit, du monde, mais sans
la familiarité sympathique du Carrefour de chez moi. Même maintenant quand je
suis de passage à Paris, le Monop rassure; même le dimanche, ce n’est ouvert
que le matin, pour les paresseux, et quand on y va, on sent bien que les gens
viennent religieusement, il y a une sorte de silence, de calme, de communion du
dimanche matin qui n’a rien à voir avec la messe. Parce que le dimanche, même
s’il faut bien manger, c’est d’abord fait pour se cloîtrer chez soi, au calme,
en famille.
Mais ici, le
weekend, et surtout le dimanche, c’est juste une occasion de faire des trucs.
Aller au gym, courir, faire les courses, voir des gens etc. C’est insensé. Même
étudiante à Paris le dimanche c’était pas aussi intense; un dimanche, il faut
rester assis un certain moment, sur un canapé, il faut qu’il y ait de la télé à
un moment, de préférence l’après-midi en sieste, et il faut un bon repas. Je
déteste le brunch, en fait. C’est quoi cette idée qu’il faudrait faire que deux
repas le dimanche? S’il y a un jour où tu peux vraiment apprécier tes trois
repas, c’est bien le dimanche; un bon petit-dèj après une grasse matinée, un
déjeuner tard impliquant un poulet rôti et des pommesd e terre sautées, et une
pâtisserie de la boulange, et puis un dîner après le ciné du soir – activité la
plus intense acceptable un dimanche. Parce que s’il y a une chose qui est plus
importante que le dimanche, plus sacrée, c’est le dimanche soir.
Avant, le
dimanche soir, on commandait des sushis et on se faisait un film sur le lit,
histoire de ne vraiment, vraiment pas sortir. Encore avant, on mangeait les
restes du poulet du midi froid et puis il n’y avait rien à faire. C’est ça, le
sacré du dimanche: il faut s’ennuyer, il faut qu’il n’y ait rien à faire, qu’il
y ait du traînage, de la paresse.
Alors voilà, des
fois, les States me choquent. Quand on me demande si je veux sortir prendre un
café un dimanche à 18h, par exemple, ça me saoule. Pourquoi c’est ouvert?
Pourquoi du café? Pourquoi être social? Si je dois voir plus de 4 personnes un
dimanche, c’est un dimanche raté, sauf cas de force majeure. Alors peut-être
que je suis un ours. Oui, mais comme le roseau pensant de Pascal, je suis un
ours français.
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