dimanche 29 septembre 2013

Quoi ma gueule ? Qu'est ce qu'elle ma gueule ?


Je n'ai jamais eu de problème ni avec la police, ni avec l'administration – enfin comme tout le monde quoi ;-) -, ni avec la société, ni surtout avec ma nationalité. Mon identité, c'est autre chose mais ma nationalité, je la connais et elle est française.
Alors au début moi, naïvement, un débat sur l'identité nationale, j'ai trouvé ça pas mal, j'ai dit ok pourquoi pas ? Allons y tous, réfléchissons gaiement ensemble à ce qui fait notre identité nationale ! Dans nos belles différences, trouvons ce qui nous rassemble !
Puis je me suis aperçue que déjà identité et nation ne vont pas forcément de pair. Aprés en discutant avec mes amis j'ai vite vu c'était une question complexe, une question que l'on devrait mener sur des terrains philosophiques, sociologiques, universitaires et non sur la place publique, sous le feux des projecteurs qui grossissent et enlaidissent bien souvent tout, orchestrés par ces foutus médias qui gâchent les choses et transforment parfois les avis et la réalité. Enfin j'ai compris que si le débat était facile pour moi et  évident, il l'était moins pour d'autres. Et pourtant tout au long de ma vie j'aurais pu ( du?) le percevoir ça. Du moment où l'on m'a proposé des friands au poisson à la cantoche à celui où l'on m'a parlé perse en passant par celui où l'on m'a photographié au Parc Guell à Barcelone parce que je faisais « couleur locale ». Ce que je veux dire c'est qu'on range les gens vite fait dans des cases selon le lieu où ils se trouvent et surtout selon leur couleur de peaux ou la clarté de leurs yeux ou la profondeur de leur regard ou la hauteur de leurs pommettes. Et moi les cases ça m'emmerde et ça m'a toujours emmerdé. D'ailleurs maintenant j'essaie d'apprendre aux quelques loulous que j'ai sous ma responsabilité que jamais rien n'est blanc ou noir mais que tout est souvent gris, qu'il faut toujours critiquer et aller voir l'envers du truc pour comprendre que,  dans la vie, il y a beaucoup de surprises et que les évidences c'est trop facile, les évidences, c'est pour les enfants, les évidences, ça n'existe pas. Donc dans ma vie, j'ai souvent été tout sauf française. Mais ça m'amusait parce que pour le coup je le savais moi qui j'étais.

A une tout autre échelle, moins nationale que locale, c'est encore la même chose. Mon accent me trahit apparemment. «  Et vous êtes d'ou ? » Déjà ça ne vous regarde pas et en plus je ne le sais pas trop en fait d'où je suis.
De Campagne sur Aude ? Du village où mon grand père repose dans un caveau au pied d'un cyprès. De Paris ?
J'ai lu qu'un géographe disait : «  Chaque individu est attaché à un ensemble de lieux : son lieu de naissance, les lieux d'origine de sa famille, les lieux dans lesquels il a vécu successivement, les lieux qu'il fréquente et qu'il a fréquentés, les lieux de vie de ses proches, mais aussi les lieux plus imaginaires ou projetés comme les lieux de vie souhaités ou de projets éventuels. » Je suis donc d'un peu partout ? Ils ne sont pas très clairs parfois les géographes et ils s'en sortent en concluant que « les territorialités des Français sont profondément transformées par l'accroissement des mobilités ». Merci pour le constat joliment énoncé. Quid de l'éclairage ? ;-)
Donc je réfléchis, je réfléchis, je blague, je blague, je répète, je répète, je fais la fille du sud puis la bobo, je papote au Descartes avec mes amis, puis avec mon père et je finis par conclure que quand même on peut dire que mon nouveau « territoire » c'est le Véme arrondissement de Paris où je vis depuis 4 ans et que donc il faut que je vote.
Dans un sursaut de je-ne-sais-pas-quoi, peut être tout simplement aussi parce que je fais un cours à mes premières sur le territoire de proximité, je décide de me pointer à la mairie du Véme pour m'inscrire sur les listes électorales. De la cohérence tout de même. A un moment donné, Mme Marin, la donneuse de leçon qui se la joue en mode Robin Williams dans le cercle des poètes disparus doit elle aussi prendre ses responsabilités citoyennes.
Me voilà donc partie gaiement à la mairie. Et là, un drame et une constatation : le délit de sale gueule existe bel et bien en France. Déjà, de vieilles rombières me passent devant car oui j'ai un premier défaut je suis jeune donc je dois les laisser passer sans sourciller ces vieilles peaux.
Puis quand j'arrive à trouver le bureau concerné, je tombe littéralement des nues : on me rit au nez et me traite de menteuse avec ma petite quittance de loyer : «  C'est peut être un faux ! » Bah oui tu m'étonnes avec ma gueule de métèque, d'iranienne, perse ou de je sais pas quoi, je suis allée chez Gibert m'acheter un carnet de fausses quittances !
Pour finir, je tends toute penaude ma carte d'identité pour m'entendre dire : «  Ah bah au moins elle est à jour. » Oui Madame, elle est à jour et elle l'a toujours été.
Bref, je repars déprimée avec une liste de justificatifs longue comme le bras à fournir...
Je ne sais pas au fond ce qu'on a remis en cause, ni de quelle identité on a douté. Mon identité de parisienne du Véme ? Bof. Mon identité de française ? Peut être. Mais finalement, c'est un peu pareil et le mal est là. Je ressors énervée et surtout très déçue. De la méfiance ambiante. De toutes ces tracasseries. Du manque de liberté et de tolérance.
Je ronchonne, repense aux échelles, à la mondialisation, aux mobilités, à mon village, à mon appart', à l'histoire de l'immigration. Et je me dis que je commence à en avoir vraiment marre d'avoir à me justifier sur ce que je suis quand je le découvre peu à peu moi même. Je me dis que j'ai le droit d'aller et venir et de vivre dignement où je veux. Je me dis aussi en écoutant Souchon que mes problèmes identitaires sont le lot de beaucoup mais que pour certains la violence est plus grande et qu'à mon échelle – il ne faudrait pas que la géographie me contamine trop ;-)- descendre la rue Soufflot, c'est déjà ça.



1 commentaire:

  1. Très bel article nana! en tout cas toi, tes amis et moi on connait ton identité,ou devrais je dire tes identités!!!

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