dimanche 18 novembre 2012

Éloge du fragment ou...Poétique du texto.


Qui de nos jours n'est pas accro' -totalement pour ma part- ou partiellement, aux textos ou SMS, élégant acronyme recouvrant l'expression anglaise ( beurk ;-)) Short Message Service.

La vie serait bien triste sans ces petits messages qui ponctuent notre quotidien bien souvent cruel, difficile et grisouille-minute déploration;-) parce que c'est dimanche quand même et que, ça y est, Noël arrive avec ses décorations et son impératif d'optimisme niais que l'on se doit d'afficher pednat un mois.

Les textos rythment nos folles journées. Ils nous permettent de vivre plusieurs vies, d'échanger avec des gens différents. La magie de l'évasion. Tout est multiplié.
Je trouve que le texto a rapport à la poésie. C'est quelque chose de poétique, d'intime. Un jeu. Jeu de mots.
En rêvassant la dernière fois, je me suis fait la réflexion que l'écriture par texto pouvait se comparer à l'écriture du fragment. Bien sûr, nous savons bien que les messages que nous envoyons sont rédigés dans l'immédiateté, dans la hâte, la plupart du temps. On répond vite, du tac ou tac. Foutue efficacité oblige. Mais si l'on commence à jouer, si on exploite tout le potentiel du message, il devient écriture fragmentaire, poésie même. Il y a quelque temps de cela, j'avais eu l'occasion d'avoir un cours sur l'écriture du fragment, cours passionnant au cours duquel j'avais lu et découvert toute cette esthétique. Moi la grande bavarde : Dire tout en peu de chose. Un pari.

Jean Michel Maulpoix écrit : « La poésie s'achève aujourd'hui : elle disparaît et se parvient. La parole souffre, la page blanchit, on n'entrevoit pas de formes nouvelles. Jamais les horizons du poème ne furent si proches et si vides. Le temps du fragment est venu, ce qui ne signifie pas que la littérature agonise, mais qu'elle marque une pause et se raréfie momentanément, comme pour observer de plus prés ce silence qui est sa douleur. Le fragment pondère la parole, contrarie le chant, reconnaît ses faiblesses, évalue ses pouvoirs. Il entretient en poésie l'effort de la pensée.
Interrogeons son encre. Émondons l'arbre : qu'il cesse de cacher la forêt. »
J'en vois déjà s'exclamer : « Mais elle est devenue complètement folle ! Cette agreg' lui monte définitivement à la tête ! Les textos, de la poésie ! » Et bien non. Je m'interroge. Je le redis tous les SMS ne sont pas pure poésie. Nous sommes bien d'accord, mais leur pratique et l'écriture de certains d'entre eux peut, à mon sens, présenter quelque chose de poétique, complexe et difficile à définir – comme la poésie finalement?;-).

Donc, parfois, le texto, peut être une manière d'aller à l'essentiel, de toucher le point faible.
De « Parler peu, mais plus juste. Creuser le ciel en nous taisant bien droit. Bel hiéroglyphe. »

Le texto, souvent décrié, dans nos sociétés, est en fait un truc extraordinaire. En effet, il permet d'abord de garder tout le temps un lien certes tenu, avec les personnes aimées. Par la pensée. Bien sûr, c'est mille fois mieux de discuter avec ses amis, de les voir, de les sentir, d'entendre le son de leur voix. Mais le temps file, et l'on ne peut tout faire à même temps. Le texto, même simplissime, permet de dire : « Là, dans ce tourbillon, je pense à toi ».

Alors après se créé parfois une certaine dépendance. On attend la réponse. On guette son téléphone. Et je me demande finalement si ce problème de dépendance n'est pas un faux problème en réalité. Bien sûr qu'on est dépendant des autres, bien sûr qu'on attend un signe, un coup de fil, un sourire, une explication ou …un texto. La « dépendance » se doit donc d'être assumée.André Breton disait « Au-delà de ce qui arrive ou n'arrive pas, l'attente est magnifique. »Le texto est une étape dans le badinage amoureux. Une belle étape où on échange, on s'écrit. Pudeur du sms attendu, espéré et réfléchi.
Il faut donc aussi évoquer les cotés « moins funs » du texto, l'attente de la réponse et le décryptage.

Et là, je voudrais rendre un hommage vibrant aux copines. Mais qu'il est long le temps que l'on perd à analyser ce qu'Il a mis, ce qu'il a voulu dire et surtout ce qu'il va falloir répondre !

Une de mes amies, d'un certain âge, me disait qu'elle déplorait le fait que les jeunes fille ne se parlaient plus, pianotant sans cesse sur leur clavier. Je ne suis pas d'accord et je pense même que c'est tout le contraire. Elles passent leur journée à se parler, à échanger. Et puis arrêtons aussi de croire que parce qu'on fait dix mille choses en même temps on ne se concentre sur aucune. Nous sommes des femmes oui ou non ?!
Après il est vrai qu'il faut parfois déconnecter, mais ces moments là, nous savons très bien les percevoir et les vivre. Tout message ne remplacera jamais, un verre entre amis, un calin, un sourire ou une bonne dispute. Car un texto, c'est parfois aussi super facile et super lâche. Pour les gens entiers qui ne peuvent mentir au téléphone. On textote et hop ! L'énervement glisse, passe inaperçu...La crise est évitée.

Ainsi, vive les textos ! Vive les bêtises échangées toute la journées entre copines ! vive les mots doux ! Vive la poésie et les phrases pour ne rien dire !

Rimbaud disait : « Il faut être absolument moderne ». Il faut vivre avec son temps mais il faut avant tout vivre avec les gens et si cela passe beaucoup pour notre génération, par ces petits messages, continuons de pianoter sans cesse puisque « Le fragment a vocation à réconcilier le beau et le simple, l'émerveillement et la pensée. »
Bonheur du texto clin d’œil qui fait du bien certains matins. Bonheurs des « bonnes chances », des « Je pense à toi », des "je t'embrasse", des « je te trouve jolie », minuscules beautés qui font du bien.

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