Depuis quelques temps, je verse, un peu trop, je m'en rends compte, dans le « Tout Paris ».
« Ça va à Paris ? Ouais ça va !
Et tu t'y plais ? Ouais plutôt !
Et tu visites ? Ouais !
Et tu sors ? Ouais !
Quel quartier ? » Et blablabla.
Je déroule alors, « avé le sourire » de la provinciale satisfaite, ma géographie parisienne, mes petits coins, mes habitudes, mes émerveillements, mes agacements. Et vas y que je te sors du Casanova : « On ne vit qu'à Paris, on végète ailleurs ». Un petit commentaire sur les transports en commun, un autre sur la vie nocturne. Bref, je force le trait. J'exagère, et me comporte comme n'importe quelle parisienne insupportable. « Parisiano-centrée », je surenchéris et m'entend évoquer toute sorte de clichés. En crise de légitimité, j'en fais des tonnes car, je ne sais pas en réalité, si je suis « parisienne ». Je vis à Paris, je vis Paris mais cela suffit-il ? (Et attendez un peu la suite avant de penser que mon interrogation est totalement idiote et sans fondement étant donné l'accent que je me paie...;-))
Il faisait nuit quand je suis revenue à Toulouse. Et nous savons tous combien, c'est beau, une ville la nuit. Je me suis d'abord dit : rien a changé. Je connais toujours les rues, les stations de métro. Je suis rassurée. « Prends à gauche, c'est sens interdit ». « Gare toi là bas ».
Le patron du Florida a pris un petit coup de vieux mais bon il est toujours là. La plaque du duc de Montmorency non plus n'a pas bougé, le Gaumont, le « Bon vivre », le canal, la Daurade, la rue « Parga ». Sans parler du lycée Pierre de Fermat. Tout y est. Ouf.
Et pourtant, il y a comme un malaise. Je ne suis plus chez moi et de joyeux fantômes peuplent mes redécouvertes. Voilà que j'aperçois un tel traîner sa peine et son nez qui coule vers le jardin des plantes, un autre marcher d'un pas faussement pressé en direction du George and Dragon. Voici que j'entends à nouveau les éclats de rire de certaines déambulant joyeusement place du Cap', que je vois une autre, le port de tête toujours élégant, sortir de l'institut de beauté. Les endroits m'apparaissent plus petits, plus intimes. Le square Charles de Gaulle a été refait. Il me semble « moins à moi ». Où est passé le tourniquet ? Et la pelouse ? A la Mairie, je passe sous le porche puis me retrouve sur le Capitole. Souvenir de matins froids et plein d'espoirs, où je traversais la place en vélo. Souvenir d'innombrables cafés au Florida, de repas à pizza Marzano, de flâneries chez Ombres Blanches. Souvenir de Big Mac mangés certains soirs, en solitaire, « face à la mer » pour la blague, mais surtout face à soi même, surplombant le Capitole, à faire le point sur ma vie- mon activité préférée.
C'est comme si les gens vivaient en ville, vivait la ville et que je les regardais. J'en suis presque jalouse. « Et les gars ! Moi aussi je suis d'ici ! Moi aussi j'ai l'accent !Je ne suis pas touriste ! Je ne suis pas que de passage ! » Je me sens à la fois familière des lieux et pourtant si étrangère dans cette ville que j'aime, dans la ville de mes 18 ans, ville où les saisons de transition sont les plus belles, du Marathon des mots au Printemps de septembre. Ville où j'ai beaucoup appris, où j'ai travaillé, où j'ai aimé, où j'ai déambulé dans les rues, ivre et sous le choc après une lecture des Chants de Maldoror, ville où je me suis perdue, où je me suis garée, où j'ai longtemps marché. Bref où j'ai vécu. J'avais oublié tout ça. Et tout ça m'est revenu en pleine figure.
Toulouse affirme triomphante ses ambitions de métropole- c'est écrit partout. Toulouse a changé ( déjà, je n'y vis plus et mes amis non plus ;-) ) comme moi j'ai changé. Et tant mieux ou tant pis. Mais c'est ainsi. On ne peut aller contre le temps qui passe. Un jour, on s'aime à la folie, le lendemain, on ne s'aime plus. Et après quoi ? L'indifférence ? C'est ainsi. Le changement. Toujours ce fichu changement.
Donc, après avoir traversé la France en voiture, fatiguée mais heureuse, je suis revenue à Toulouse et j'ai pleuré. Oui pleuré. A chaudes larmes car je ne fais jamais les choses à moitié. Des larmes de crocodile peut être comme disent certains. J'ai pleuré sur mes souvenirs, mes ressentis, mes espoirs, mes déconvenues, mes joies. J'ai pleuré de fatigue et d'émotion. J'ai pleuré de contentement. J'ai pleuré comme on rit sur le temps qui passe. Dans le midi, chez moi, on dit ou on écrit sur les cadrans solaires : « las que pasount tournant per jamai ». Je demande pardon pour mes fautes à ceux qui savent encore écrire l'occitan et je laisse à certains le soin de traduire...Oui, on ne se baigne jamais dans la même eau et, bien ou mal, il faut l'accepter. Il paraît que ça s'appelle grandir.
Je me demande alors : est-ce les pierres se souviennent ? Aujourd'hui, je suis parisienne, j'aime vivre à Paris, comme j'ai aimé vivre à Toulouse. La ville nous modèle, nous façonne, nous aide à avancer. La ville laisse des traces en nous. Mais nous, que laissons-nous à la ville ?
Un jour, un ami m'a raconté qu'aux questions suivantes : "Qui suis-je ? D'où suis-je ? Où vais-je ?" Pierre Dac répondait : « Moi, je suis moi, je viens de chez moi, et j'y retourne ».
Alors, à Toulouse, je me suis demandée, à l'heure de la mondialisation, au temps de la lost generation ;-), des déracinés, des grands voyageurs, d'où j'étais. De mon petit village ? De Toulouse ? De Paris ? Et, au milieu des miens, après un bonne cuisse de canard confite et quelques verres de rouge, j'en ai conclu, que l'on était, en réalité, du lieu géographique où l'on avait choisi, pour un temps ou pour toute la vie, d'être heureux. Et puis enfin, au milieu de la nuit toulousaine, j'ai eu envie d'écouter pour la énième fois Claude Nougaro. ;-)
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