Demain c'est lundi...et le lundi apporte son lot d'angoisse c'est bien connu. La pire de toute est celle du matin : comment je vais réussir à me lever tôt cinq jours d'affilée ? Un défi renouvelé chaque jour, chaque semaine, chaque mois...pour toute une vie !
J’ai souvent entendu que le monde appartenait à ceux qui se
lèvent tôt. Je l’ai trop entendu. Maintenant je le prends mal. Si c’est vrai,
alors le monde est loin de m’appartenir ! Le matin je ne suis pas enjouée
devant une tartine de Nutella agrémentée d’un jus d’orange frais et d’un
yaourt, le matin je ne mange pas de muesli avec un kiwi parce que c’est plein
de vitamines C, je ne ressemble pas aux blondinets de la pub ricorée en chantant que "le soleil vient de se lever", parce que quand je me lève il fait encore nuit !
Le matin…je meurs devant mon jus de pomme leader price et mes
deux malheureux krisprolls dont je repousse le mastiquage parce que ma mâchoire
est endormie et qu’elle refuse de s’activer. S’activer, l’inverse de mon matin. Je suis lente, mon corps est désespérément lent, mon esprit
aussi. Je le sais, ils me font payer de les avoir extraits de leur torpeur
ensommeillée. « Tu m’as obligé à me lever ? Tu vas voir tu vas le
payer : tu vas devoir courir pour attraper ton RER, tu t’y engouffreras
transpirante, décoiffée et tu auras un choc thermique ! ». Sauf que
j’essaie de leur expliquer que ce n’est pas de ma faute si on vit dans une
société du matin.
Tous ces gens qui se lèvent tôt et traînent leurs songes à
peine achevés dans le RER sont bien la preuve, pourtant, que je ne suis pas la
seule à haïr le matin. Alors je feinte le matin : si j’ai un évènement, je
me dis que le matin est un petit moment réservé pour se faire belle, si je suis
complètement embuée je regarde un reportage sur les tigres sur Arte et me
laisse porter par la fougue de ces félins, si je suis fatiguée, je me dis que
dans 12h je dors et que rien que pour ça, ça vaut la peine de se lever. Mais il
y a le matin insurmontable, celui où votre journée commence par un
« putain » rageur, dénonciateur de l’injustice qui nous est faite à
nous, les laissez-pour-compte du soir.
Mais ce qui m’angoisse le plus dans le matin, c’est que
chaque jour il se répète. Pire encore, chaque jour de toute ma vie je vais
devoir me lever. Et arrivera un moment où j’aurai passé l’âge de me lever à
midi le dimanche, où de charmants bambins sauteront sur mon lit pour me faire
culpabiliser d’être une mère-du-soir et pas la mère de la famille Ricoré du
matin. Parce qu’en plus, le matin je suis de mauvaise humeur : je n’ai pas
mes cheveux blonds négligemment lâchés sur les épaules, ni un pyjama blanc
immaculé, des lèvres roses sur un teint pâle. D’ailleurs je vous épargne la
description de ce que je suis réellement. Alors la question est posée, chaque
jour de plus belle : Mais pourquoi ? Pourquoi le matin ?
Jean-Jacques Goldman l’avait bien compris… « ça ne sert à
rien ».

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