Je dois l'avouer. Noël a encore gagné
cette année.
Tous les ans, c'est pareil. Tous les
ans, je me dis : « Oh, non ! Par pitié, fin du sketch.
Moi, j'aime pas les fêtes » Je n'exagère pas, quelques jours
avant, je suis crevée et malade, et irascible et de mauvaise humeur. Normal quoi ? Diront les mauvaises langues ;-)
Et pourtant, tous les ans, je me retrouve heureuse et mélancolique le 26
décembre.
Car Noël, en fin de compte, c'est
surtout synonyme de bonne bouffe et de famille. Les deux choses les
plus importantes au monde.
La bonne bouffe d'abord. Oui, ça y est
nous avons toutes pris 2 kilos et encore je suis optimiste. Nos
fringues nous serrent et la culpabilité nous étreint. Mais voyons
le côté optimiste de la chose : on a consommé et ça en
temps de crise, ce n'est pas rien. On a fait des folies. Foie gras,
champagne, saumon, chocolat, allez hop un dernier pour la route !
Mais la bonne bouffe, c'est aussi
synonyme de repas animés, où tout le monde crie et personne
n'arrive à se faire entendre, où on joue son rôle, tranquille,
d'année en année dans le tableau familial.
Le rebelle, la grande gueule, celle qui
ne se lève jamais à table, le chef de famille, la maîtresse de
maison, l'éternelle étudiante, la studieuse, la calme...On oublie
les petits fours...dans le four. On se fait virer de la cuisine parce qu'on goute un peu trop souvent pour savoir s'il y a assez de sel et l'on s'engouffre beaucoup de toast en prétextant la recherche d'esthétique et de symétrie dans la présentation. ;-)On planque les cadeaux dans un coin. On est déçu ou agréablement surprise que l'on connaisse encore aussi bien nos goûts. Les discussions s'enchainent et nous font franchement rire. Des colonies au
mariage gay, de la crise à l'avenir...Tout y passe. Entre le fromage
et le dessert, entre deux chocolats et un armagnac. On est pas
d'accord. Bah, non. Bien sûr que l'on est pas d'accord. Sur le fond
et pour la forme. On râle, on taquine, on s'insurge. Question de
génération ? Mauvaise foi ? Véritable opposition ?
On s'en moque au fond. C'est vrai quoi, Noël sans désaccord en fin
de repas, sans citrate de Bétaïne, sans guirlande qui clignote, ce
n'est pas vraiment Noël.
A Noël, c'est la trêve. On oublie les
« gueguerres », les tensions, les rancoeurs, et on se
contente de se détendre et de demander des nouvelles. Alors parfois c'est pénible, ça
semble demander beaucoup d'efforts mais parfois aussi c'est vachement
cool. On retrouve des gens que l'on ne voit pas dans l'année, on
prend le temps de boire un café au soleil, on blague, on retrouve de vieux automatismes, on refait les mêmes vannes, on papote histoires de famille,
histoires à la noix, et puis histoires plus intimes.
J'ai eu un moment
difficile...Pffff...M'en parle....C'est chaud la vie. Confidence pour
confidence : ouais c'est carrément chaud la vie.
On dit souvent qu'on ne choisit pas sa
famille mais qu'on la subit. C'est vrai, on ne la choisit pas. De là
à dire qu'on la subit...Je ne pense pas. La famille fait partie d'un
de ces nombreux trucs paradoxaux dans la vie. Un truc lourd mais
essentiel, léger, sympa mais pesant. Un truc qu'il faut construire.
La famille, ce sont ces gens qui vous connaissent bien, qui ne vous
passent rien, mais qui finalement vous offrent beaucoup et surtout
qui vous aiment quand même. Bah oui, ils sont obligés.
Prenons le bon côté des choses :
en famille, pas besoin de tricher. Quel bonheur ! On peut être
horrible comme on a pu l'être pendant notre crise d'adolescence, on
nous pardonne, on nous connait, on sait qu'au fond on est gentil, va.
Alors oui, c'est vrai. On joue un rôle, on dit ou fait par convention ou par provocation ce qu'on attend de nous. Et pourtant on change, on a changé, tout le monde change et personne ne
vous voit changer. Tout le monde vous ressort de vieux dossiers mais
finalement, c'est rigolo et rassurant. Les vieux dossiers.
Dans un monde où le changement, c'est
maintenant, changeons, changeons, toute l'année durant efforçons nous de changer et de donner le change, mais continuons ces
repas de famille de Noël où tout le monde joue son rôle et a l'opinion
qu'on attend de lui.
Noël est un rituel rassurant.
Enervant, stressant mais finalement rassurant.
On a fait des cadeaux aux gens qu'on
aime. Stressé, on a cherché des trucs toujours plus originaux et
plus fous et finit par offrir des bijoux et des livres, valeurs
sures.
On est allé au ski, comme le veut la
tradition, le 24 décembre, et on a échappé aux préparatifs du
réveillon.
A Noël, presque tout est permis.
On peut ne pas bosser sans
culpabiliser.
On peut aller à la messe de minuit
pour être avec les gens qu'on aime et kiffer chanter faux « les
anges dans nos campagnes. »
On peut reprendre deux fois de la
bûche.
Et Noël gagne tous les ans.
Parce que la magie opère.
Parce que seuls les lâches partent ou
abandonnent. Les autres restent et font des efforts qui payent toujours d'une façon ou d'une autre à la fin.
Parce que dans ce monde de déracinés
avoir un chez soi, un endroit où l'on revient tous les ans et où ne
vous demande pas d'où vous êtes parce que vous êtes d'ici, c'est
vachement cool.
Parce que des gens qui se souviennent
que vos chocolats préférés sont les Pyrénéens de Lindt et qui
vous offre tous les ans un pyjama sachant très bien que vous ne
prenez jamais la peine de vous en acheter un dans l'année, c'est
touchant.
Parce que la famille, c'est sacré.
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