mardi 30 avril 2013

Mémoires d'une jeune fille dérangée


Pour Eli-Z-A.

J'ai refeuilleté Simone de Beauvoir. Comme ça un soir où mes livres d'histoire me pesaient. Sans grande ambition. Juste pour le plaisir de retrouver quelques belles formules. Juste pour le plaisir de relire ces lignes dans lesquelles la philosophe évoque son malaise de n'être pas comme il faut : ce sentiment d'être à sa place et pourtant de ne pas l'être, d'être à côté. Le sentiment à la fois d'étouffer, d'être à bout de souffle mais d'être aspirée par un magnifique élan.

Le titre de ce livre m'a toujours fait sourire, du jour où je l'ai acheté au jour où je l'ai offert, en passant par le jour ou je l'ai terminé. Simone de Beauvoir en jeune fille rangée. Le diable en rire encore...

Simone de Beauvoir décrit dans le premier tome de ses mémoires, son enfance et son adolescence, ses désirs de liberté mais aussi les frustrations de sa mère, catholique très pieuse et de son père ruiné mais mélancolique et charmeur. Finalement les conflits dans le couple parental et l'absence de dot vont lui permettre de prendre son envol. Elle se projette indépendante économiquement et désire assouvir ses ambitions de jeune fille rangée :

« Quatre ou cinq ans d'études et puis toute une existence que je façonnerais de mes mains. Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me raconterais. »

Cette histoire nous la connaissons toutes. Et personnellement je l'aime bien cette histoire.
Cette histoire, c'est celle d'une jeune fille rangée qui devient l’icône mondiale du féminisme.
C'est celle d'une adolescente qui a rêvé, qui a beaucoup travaillé- les passages sur les heures de travail à la bibliothèque Sainte Geneviève sont magnifiques- et qui a tenté de faire de ses rêves sa vie non sans concessions ou souffrances.

A mon sens les Mémoires d'une jeune fille rangée est un texte tout aussi féministe que le Deuxième Sexe puisqu'il évoque le récit d'une émancipation, qui rend pensable l'oeuvre marquante de Simone de Beauvoir, le Deuxième Sexe donc. C'est en lisant ses mémoires que l'on se rend compte de l'audace dont elle a fait preuve en abordant par la suite des sujets alors tabous comme l'avortement ou l'homosexualité féminine.

Elle défend dans le Deuxième Sexe un point de vue anti-naturaliste comme l'évoque la phrase célèbre 
« On ne nait pas femme on le devient ». Et elle en savait quelque chose. Rien n'est donné d'avance. Tout se conquiert. Et tant mieux. J'aime cette idée à la fois d'effort, de labeur mais aussi de hasard. Elle a pris tout ce que lui offrait la vie et notamment les gens. Elle a rencontré des personnages certes originaux mais extraordinaires qui ont pu la bousculer mais elle a eu l’intelligence de s'ouvrir à eux et de réfléchir à d'autres possibilités.

Elle a aussi eu la chance de rencontrer ses grandes passions : la littérature et la philosophie auxquelles elle a voué sa vie. Car avant d'être une icône du féminisme, Beauvoir était avant tout une femme de lettres et une philosophe. Je ne vais pas m'attarder ici sur le féminisme. Non pas parce que je m'en moque mais parce qu'il faudrait y réfléchir vraiment et non pas uniquement qu'à travers le prisme de la vie de Beauvoir. Il y a mille et une façon d'être féministe, de le proclamer, de le revendiquer, de le manifester, de l'écrire et de le dire.

Ce que j'aime dans le texte de Beauvoir, outre le style beau et riche dans toute sa simplicité, c'est que les questionnements y sont nombreux et les réponses rares. Ca me rassure. Je me dis que si même Simone est passée par là...

"Le monde était autour de moi une énorme présence confuse. Je marchais à grands pas, frôlée par son haleine épaisse. Je me disais que somme toute il était bien intéressant de vivre."


Ainsi, soyons d'accord avec elle et préparons nous aux divers chambardements, aux rencontres, aux questionnements, au hasard puisque Pasteur disait que« le hasard ne favorise que des esprits préparés ». 
Préparons nous, préparons nous et continuons d'être des jeunes filles dérangées...

vendredi 19 avril 2013

Désir, désir.


Première pensée : Je vais mourir. 
On sourit et on encaisse le coup.
Les papillons dans le ventre se transforment en boule oppressante.
On se retire. Avec classe et dignité.

Puis -parce que finalement on ne meurt pas- viennent des interrogations : Qu'est ce qui m'arrive ? Mince. Ca va vite passer ? Comment vais-je faire ? Il me manque déjà. Un chagrin d'amour ça passe vite ? Mais au fond, c'était quoi ? De l'Amour ? Du désir ?
Autant de questions existentielles toutes plus profondes les unes que les autres-c'est vrai c'est pas comme si Axelle Red ou les autres ne se les étaient pas posées avant;-). Le monde va mal et l'on joue à faire égoïstement son introspection, à pleurer une énième fois sur son pauvre sort. Parce que oui, subir des déconvenues amoureuses suscite de nombreuses questions existentielles.

Après avoir pris un bon coup dans la figure, après avoir zoné, déprimé, contemplé...beaucoup, pleuré aussi...un peu, on bascule dans l'analyse et on essaie de cerner et surtout de comprendre le problème, le mini tsunami intérieur qui vous ravage pour finir par se rendre compte que le problème est très simple et tristement banal : vous vivez un chagrin d'amour, la chose au monde la mieux partagée.

Je me suis aperçue que dans ce blog de filles on parlait finalement peu de ce qui occupe à peu prés la moitié si ce n'est les trois quarts du temps de la vie des femmes : les hommes et les tracas qu'ils nous font subir. Parlons en donc des hommes, et plus précisément de l'Amour et plus précisément encore du chagrin d'amour.

Ah ce bon vieux chagrin d'amour ! Celui qui vous laisse un goût amer dans la bouche, qui vous rend mélancolique, déprimée, qui vous fait vous sentir inutile, celui dont vous vous rappellerez avec amusement dans 10 ans, celui par lequel vous comprenez mieux le sens de la phrase que vous avez toujours trouvé culcul : «  Un seul être vous manque et... » Blablabla. On connait la suite. Car oui, l'être aimé ou désiré occupe la plupart de vos pensées - et ça en fait pas mal même si elle sont nombreuses vos pensées.

Alors d'aucuns vont dire que pour parler de chagrin d'amour il faut qu'il y en ait eu de l'Amour. Oui en effet c'est mieux. Mais pas nécessairement en fait. Qu'est ce que l'Amour quand tout s'emmêle délicieusement et dangereusement ? Etre aimé ? Simple objet du désir ?
Qu'est ce qu'être amoureux ?  Est- ce que c'est quand "le crus" met plus de temps que d'habitude à passer ?

A ce moment là, fatiguée, on se décide à sortir de la torpeur et on se dit que c'est le bon moment pour relire les Fragments d'un discours amoureux de Barthes ou une anthologie de textes sur l'Amour pour finir de nous achever et parce qu'à tout problème existe une solution. Mais l'on s'aperçoit très vite  que pour le coup personne n'en a trouvé de solutions. Tout le monde a souffert, a analysé la souffrance mais personne n'a trouvé de solution et surtout de définition intelligible et intangible de l'Amour.

Peu importe donc de donner une définition à l'Amour avec un grand A, le chagrin d'amour lui est bien là, que l'histoire ait durée -et même réellement commencé parfois- ou pas.
On souffre, on croit qu'on va mourir.
On s'interroge, on ne comprends pas.
Différentes phases se succèdent.
L'abattement, la colère, la résignation.
Toujours cette boule au ventre.
Et si j'étais passée à cote de quelques chose, quelque chose de grand.
A qui la faute ? Moi ? Lui ? Dieu ? Hollande ? Cahuzac ?
On se raisonne. Non. Les faits sont là et le chagrin aussi. Même si vous êtes géniale ;-) on ne peut pas forcer quelqu'un à vous aimer.

On peut aussi râler et faire les trucs que chante Camélia Jordana.
"Non, non, non... Je veux juste aller mal et il n'y a pas de mal à ça." Bon personnellement je n'écoute pas Barbara mais j'aurais pu ponctuer ce post par les musiques les plus has been et les plus déprimantes possibles que j'écoute. Car du légendaire All by my self de Bridget Jones à ma playlist rose déprimante, chagrin d'amour rime avec chansons d'amour.

Chagrin d'amour rime aussi avec fiesta et alcool. A la différence de Camélia Jordana qui refuse de sortir au Baron, je finis toujours pour ma part à céder et à sortir en me disant que je finirais bien par oublier. A la flemme monumentale qui nous clous sur place peuvent succéder des sursauts d'orgueil. On peut brusquement se lever, aller courir, se faire belle et devenir euphorique- hystérique ?

Mais chagrin d'amour rime surtout avec copines. Après vous avoir répondu « Non mais tu vas pas te mettre dans cet état pour ce looser », «  Il ne te méritait pas » etc. vos copines sortent l'artillerie lourde à coup de messages, de petites bêtises, de magasins et de soirées.
Un chagrin d'amour vaut presque la peine d'être vécu pour ça, pour tous ces petits trucs gentils, ces petites attentions. Cet esprit de guerre qui souffle. Tout le monde s'arme de théories fumeuses et surtout de mots gentils. L'une évoque « l'univers des possibles » de Leibniz, l'autre d'éternels recommencements quand on a la chance d'avoir des copines philosophes. Tous les défauts du méchant garçon y passent. Trop ci...Pas assez ça...Même les meufs de chez OPI s'y mettent. Oui parce que vous en parlez à tout le monde et à chaque fois vous sortez regonflées à bloc avant de sombrer à nouveau deux minutes après dans la mélancolie et de penser que oui des garçons, il y en a des milliers, surtout à Paris, mais bon celui là, il était quand même chou non ?


A la fin de la journée, au fond de votre lit, quand vous repensez à tout ça- tout en vous empêchant bien sûr d'y penser – et que vous luttez pour ne pas envoyer de messages, vous vous dites qu'il vous reste au fond- et au moins ?- ce truc essentiel, ce truc qu'il faut cultiver et protéger coûte que coûte : l'estime de soi. Car chagrin d'amour rime enfin avec volonté. Volonté de ne pas rappeler. Volonté d'accepter. Volonté et même nécessité de grandir en fait. Biega parle volontiers de « l'exercice de la volonté »- ce qui vous fait, sur le coup quand vous êtes en train d'agoniser, une belle jambe ;-) . Mais elle a raison. A la fin, il vous reste de jolies choses en mémoire, quelques regrets peut être mais surtout votre fierté, votre intégrité et votre liberté.
A ce stade de la réflexion, au beau milieu de la nuit, vous vous dites alors en râlant, seule, recroquevillée dans votre plaid en polaire rose, et en prise à une éniéme crise d'angoisse qu'elle a bon dos la liberté. 
Puis la seconde d'après vous finissez par conclure que oui, quand même, elle a définitivement et envers et contre tout, bon dos la liberté.

Et vous souriez. Et vous montez le son.



samedi 13 avril 2013

Manger Bouger

La bouffe. Grosse préoccupation et gros plaisir de ma vie depuis qu'on m'a présenté du pâté et du confit à l'âge du biberon. Je ne dirais pas que je mange mal, mais j'ai toujours mangé avec énormément de plaisir, et plutôt beaucoup. Gourmandise, goinfrerie, je me complais dans ces quolibets dont on m'affuble, parce que, je l'avoue, et c'est le sujet de cet article: j'aime l'idée que je suis mince et que je ne me prive pas. Parce qu'on est pas aux States, hein: manger bien en France, ça ne veut pas dire s'enfiler des burgers à longueur de journée avec des chips pour faire passer. Non, on a de l'apéro à base de saucisson, des tartines de pâté, du confit de canard, mais aussi de bonnes salades, des légumes frais qu'on cuisine simplement mais parfaitement. On en oublie que la cuisine, ce n'est pas donné à tout le monde. Que manger équilibré, quand ça n'est pas inné, ça doit s'apprendre.

Parce que voilà: j'ai 25 ans, je vis aux Etats-Unis depuis bientôt trois ans, et j'ai grossi. Ma personnalité gargantuesque mais toute menue quand même bien du Sud-Ouest n'a pas résisté à une sale combinaison de bouffe de cantine obligatoire, de burgers occasionnels, de pilule (parlons-en) et d'hiver qui dure 6 mois. J'ai pris 8 kilos. Je n'ai pas mangé comme quatre, je n'ai pas mangé plus d'un burger ou deux par mois, peut-être un peu plus de frites qu'avant, autant de chips, pas de trucs bizarres genre fromage en spray, tripe fudge brownie, deep-fried everything. Pourtant voilà, 8 kilos sur la balance, alors que j'ai maintenu mon rythme régulier de Française du Sud-Ouest bonne vivante, moins le pâté et le fromage. Inexplicable. Mon corps semble rejeter ce pays. Ou est-ce juste la cantine? Tout le monde y va de sa plume pour parler de la nutrition à l'américaine, et on pourrait écrire dix bouquins de plus. On est quand même dans un pays où le concept de "comfort food" que ta maman ou ton papa te faisait quand tu étais petit tient plus du sandwich grillé au fromage industriel, du mac and cheese franchement pas fameux, que de la piperade au jambon de Bayonne ou le gratin de coquillettes avec des olives. On est dans l'excès, mais pas l'excès rabelaisien qui déborde de tripes et de bouffe sur lequel j'écris ma thèse. Dans l'excès tout court, l'excès pour l'excès comme l'art pour l'art. Tout est plus riche qu'ailleurs, un gratin de pâtes tout bête a trois fois plus de calories que celui de ta mamie parce qu'il y a de la crème avec du lait et du fromage tout mélangé et cuit trop longtemps. Le poisson doit être pané, sinon rien. A l'autre extrême, les plats de légumes sont d'une pauvreté incroyable, à croire qu'ils ne savent les cuisiner que dans de l'eau. Les épinards sont amer parce qu'ils ne savent pas les faire blanchir. Les petits pois ont la même maladie qu'en Angleterre, trop de couleur, pas assez de goût.

Mais bon, au final, tout ça m'a fait réalisé plusieurs choses. Dérangeantes au possible. Menue et gourmande, j'avais toujours cru avec une naïveté véritable, certes aggravée par des gênes trompeurs, que je serai comme ça toute ma vie. Que manger ne faisait pas grossir. Je croyais m'en foutre de mon poids. En fait, j'en étais juste trop satisfaite. Etre mince me convenait parfaitement. Les commentaires des copines du genre "je comprends pas comment tu fais pour engouffrer tout ça et être aussi mince", ils devaient bien en fait me faire plaisir. J'étais contente de mon métabolisme de ouf, je le prenais pour acquis. Je dénigrais à tout va les filles qui faisaient des régimes, celles qui comptaient les calories. C'était drôle, parce que je pouvais me le permettre. Même quand j'étais trop mince, et que je disais que je préfèrerais avoir des kilos en plus plutôt qu'en moins, qu'il valait mieux faire envie que pitié, c'était l'équivalent insupportable de la fausse modestie du "ah non mais je sais que je dis toujours ça mais ce contrôle je l'ai vraiment raté". Je voulais y croire. Mais maintenant que je les ai, les 5 kilos de trop, ça m'énerve et je l'admets; j'étais une skinny bitch.

Alors, vous me direz, où est le juste milieu? Et justement, dans la vie, comme dans ma thèse, c'est la grande question; entre l'excès et le manque, entre le sur-poids et la maigritude absolue. Je ne sais pas. L'herbe est toujours plus verte ailleurs, sans doute. Et puis la voisine a de plus beaux cheveux, certainement. Les vegans ont tort de se priver, et les obèses sont allés trop loin. Que faire? Mettre des légumes sur la pizza? Manger bouger? Un régime South Beach ou hyperprotéiné à la con, ou pire, devenir vegan? (là, c'est une blague)

Et puis, au juste: pour plaire à qui? Qui a décidé que j'avais cinq kilos de trop? La société ou moi? Ma mère ou mon mec? La vérité qui n'est pas un scoop mais plutôt une piqûre de rappel, c'est qu'on donne trop d'importance aux gens autour, aux couvertures de magazine. Sans tout ça, je ne sais même pas si je me considèrerais grosse. Sans doute quand même, parce que depuis les 8 kilos supplémentaires je ne peux plus monter des escaliers en robe. Mais ça, c'est une autre histoire. Lena Dunham a fait sa signature de sa nudité plus ou moins entière mais totalement dérangeante dans sa série, "Girls". Elle se justifie en disant que le jour où son surpoids et ses formes ne dérangeront plus personne, elle arrêtera grosso modo de se mettre à poil. D'un côté, c'est vrai: pourquoi ça nous dérange tellement? Pourquoi ça nous emmerde qu'elle se mette en short, qu'elle mette un haut transparent, qu'elle jour au ping pong en culotte? Et puis, d'un autre côté, pourquoi les trois autres filles doivent-elles être de grosse bombasses? Pourquoi ce ne serait pas une série avec des héroïnes qui seraient toutes de vraies femmes, où là ça ne serait plus juste elle mais plutôt tout le monde, et ce serait normal au lieu de faire tâche.

Tentative, donc, de juste milieu:
Quand le site de Weight Watchers me dit que mon IMC est en surpoids, j'ai envie d'exploser l'ordi. Et j'ai raison. Je suis en bonne santé, j'ai trop de fesses et plus de poitrine qu'avant. Pourquoi cette distinction entre le trop négatif et le plus positif? Est-ce que mes fesses sont d'autant plus grosses que je vis dans un pays où la plupart des filles n'en ont pas (littéralement), et où les grosses fesses sont d'ailleurs plutôt un signe de minorités, que ce soit afro-américaine ou porto-ricaine? En quoi je devrais me sentir moins bombasse que Beyoncé et Rihanna? Si on est toutes assez honnêtes avec nous-mêmes, Renée Zellweger était vachement plus mignonne et sympa en Bridget Jones qu'en anorexique dans la vraie vie. Alors, je me réconcilie avec la skinny bitch qui est en moi malgré tout, c'est pas grave, elle s'y fera, et je peux peut-être apprendre d'elle un petit peu. La vérité, c'est que personne ne veut devenir la fille qui pense trop à son poids, mais en vrai on n'a encore plus de mal à l'admettre que la société est aussi une skinny bitch, qui nous fait croire que ce n'est pas normal.

The rise and fall of Ziggy Stardust by WoMA



C'est en voyant le nouveau clip de David Bowie, « The stars are out tonight », au terme d'une longue attente et d'une excitation non moins palpable, que je me suis rendue compte de deux choses : le génie du rock est un retraité et la poussière d'étoile c'est bien mieux que les étoiles resplendissantes.


Pourquoi ce constat m'a-t-il tant effrayée ?
Eh bien voir l'être le plus créatif, le plus mystérieux et le plus changeant de l'histoire du rock'n'roll en train de faire ses courses - avec Tilda Swinton, certes - ça m'a fait un peu mal.
Parce que de nos jours où la transparence est poussée à l'extrême le mystère d'Aladin Sane ou de Ziggy Stardust serait salvateur. Ça nous ferait du bien de se demander qui est ce personnage sans avoir la réponse et sans savoir ce qu'il pourra bien inventer de nouveau par la suite.
« Plonger au fond de l'inconnu pour trouver du nouveau », c'est l'ultime vers des Fleurs du Mal de Baudelaire. J'avais découpé et collé ces lettres sur le mur de ma chambre pour me rappeler qu'au fond, c'est ça l'essentiel dans la vie : Ne pas avoir peur du mystère, ni de l'inconnu.
Evidemment, en ce moment on est plutôt obligés de plonger dans l'inconnu soit pour y découvrir des choses déplaisantes soit pour faire des expériences. Si on arrive à dépasser l’appréhension, ce qui je l'accorde, n'est pas vraiment très facile, on se rend compte que l'inconnu, même si ça suppose le doute et l'adversité, nous ouvre au monde, nous rend curieux et par-dessus tout nous aide à accepter qu'on ne peut pas toujours répondre aux questions qu'on se pose. Accepter cela est pour moi la plus grande preuve de maturité qu'on puisse avoir.
Sur le coup j'ai été effrayée de voir papy David dans la plus affreuse représentation de la banalité du quotidien. C'est bien connu, je déteste la banalité. Mais je n'aime pas non plus m'attarder sur le passé et finalement je suis juste contente qu'il ait inventé le rock'n'roll. Même si les années 60 et 70 sont sans doute à mes yeux les plus inventives musicalement et qu'aujourd'hui la plus profonde provocation est de se promener en robe en steacks dans une magnifique interprétation du recyclage, je préfère me dire qu'après tout ce n'est pas grave de vivre dans une époque moins créative, moins flamboyante et même que ça nous encourage peut-être à l'être si on aime avoir l'esprit de contradiction et qu'après tout, la discrétion c'est pas si mal.
La poussière d'étoile pour moi c'est la discrétion, à l'exact opposé des étoiles montantes et je trouve ça bien plus charmant.
C'est d'ailleurs très paradoxal- ou pas du tout en fait - que David Bowie nous parle d'étoiles resplendissantes à 66 ans alors qu'il portait aux nues la poussière d'étoile quand il avait 20 ans et des poussières...Si on s'arrête un quart de seconde pour réfléchir, il est finalement possible d'interpréter ça comme une lueur d'espoir. En effet, le fait que le mec le plus extraordinaire de sa génération se roule dans la poussière -même étoilée- dans sa jeunesse, est plutôt un fait encourageant pour nous, sorte de lost generation n°2. Peut-être que nous aussi nous ferons nos courses en pull de Noël, et peut-être que ça ne sera plus aussi provocant que pour old David.
Mais après tout on s'en fiche. Parce que si on arrive à avoir une jeunesse au moins à moitié aussi créative que la sienne, eh bien, ça vaut le coup de la manger à pleines mains, cette poussière d'étoile.

By WoMA ( Woman of Modern Age)

lundi 1 avril 2013

C'est toi la bobo



Dans le train en partance vers l'ouest pour le week end de Pâques, je m'aperçois que j'ai un Iphone, un Ipod et un Mac Book Air et que je suis rentrée doucement, subrepticement mais surement dans la secte Apple. J'ai aussi une petite valise, un casque pour écouter des morceaux de musique de groupes américains tendance que mes copines m'ont fait découvrir, le magasine ELLE et une grosse écharpe pour être « confort » dans le train.
Et là, je rigole. En me contemplant, je rigole. Je me regarde, vous savez comme on le fait tous parfois dans ces grands moments où l'on prend un peu de hauteur sur soi même, sur sa vie, où l'on s'observe de haut comme si on était dans les nuages.

Ca y est donc, je suis devenue comme une de ces filles que j'ai longtemps critiquées -parce qu'enviées peut être. Je suis « connectée », je suis « à la mode »- du moins j'essaie-, je prends des trains bondés pour quitter la capitale lors des grands week end de printemps.

Alors, je m'en veux un peu quand même. Parce que je suis la première à parler d'authenticité, la première à faire des tirades sur ce foutu matérialiste qui nous bouffera à tous, sur les faux semblants, sur l'hypocrisie. Des tirades toujours mesurées et construites comme chacun peut l'imaginer ;-).
Finalement, j'ai cédé moi aussi aux sirènes de la modernité.

Puis je me dis que ce n'est pas ma faute, que je grandis et que l'univers dans lequel j'évolue a forcément des incidences sur moi.
Je me demande alors si Paris ne m'a pas rendu un peu superficielle. Une mue ou une mutation s'est produite. Pire qu'une Babel stressée, une Babel cynique, une Babel ironique, une Babel provinciale et un peu trop grande gueule, une Babel bobo qui s'assume mal parfois, qui aime le latin et le charme surannée de certains rituels ou de certaines choses mais qui se fait un point d'honneur à être de son temps, à vivre «  dans le siècle » comme les Franciscains.;-).
Peut être en sommes nous tous là à jongler avec nos différentes personnalités, nos petits contradictions, nos aspirations, nos envies, nos rêves, les trucs qui nous empêchent de nous évader et qui nous clouent au sol comme les poids à la gym.

A nouveau, comme le ciel s’obscurcit et que la playlist passe ce superbe morceau




une Babel bobo qui a du mal à l'assumer, qui ne se reconnaît qu'à moitié et qui se regarde changer avec angoisse. Mais amusement surtout.

Une Babel qui part en week end avec une petite valise ou un sac aux motifs sympas parce qu'il y en a marre de s'encombrer de 10 jeans, 3 paires de chaussures et 2 vestes. Parce qu'il faut partir léger, se délester symboliquement de certains poids. Et puis parce qu'aussi c'est tellement fun d'être insouciant. Mais c'est dur. Très dur. Insoutenable même la légèreté. Et Kundera l'a magnifiquement décrit dans son fameux roman. Pourtant on essaie, on y croit, on y tend.

Une Babel qui écoute des morceaux de groupes américains. Bah oui il faut bien l'avouer, c'est sympa quand même la nouveauté, ça change de Claude François, Cabrel ou Dassin que l'on n'écoute plus qu'en cachette ou en rigolant avec ses pots. Et puis aussi, parce qu'il faut arrêter de parler de trucs sans les connaître et être un minimun cohérent avec soi même. Lire les critiques de Télérama, de Elle ou des Inrocks c'est bien, réagir dessus et en parler c'est cool, être d'accord ou pas; avoir sa propre opinion en pleine connaissance de cause, c'est mieux. 

Une Babel qui sort avec ses copines, qui cherche l'endroit " in" du moment, qui boit des cosmos, des mojitos mais qui adore le classique martini drive « avec une larme de Gin » que lui fait sa tante quand elle rentre au village, l'armagnac ou le whisky. Un des moments funs de la sociabilité du bobo parisien, c'est la planche de charcuterie à l'apéro tellement « authentique ».

Une Babel qui se fait poser du vernis chaque semaine "pas cher" chez la chinoise ou chez OPI quand il y a de la place ( c'est pas la même ambiance) et qui prend soin d'elle comme n'importe quelle fille de 25 ans qui veut plaire en fait.

Une Babel qui s'entend parler du « Bas Cinquième » pour situer la fac' de Jussieu ou du « Bas Montreuil », qui va à des fêtes dans le 18éme et qui use et abuse du Vélib'.

Autant de clichés.
La blague quand même.

Mais une Babel qui continue à raconter sa vie au taxi, qui se paie une accent de fou, et qui parle beaucoup beaucoup trop fort. Une Babel qui a des problèmes avec Itunes ou l'Apple Store, qui ne comprends rien à ces trucs, qui perd ses identifiants et qui râle. Mais attention pour de vrai et en mode méchante pas comme les authentiques bobos qui râlent un peu toute la journée pour le fun et « histoire de ». Non le bon vrai râlement voire même la petite colère.

Une Babel qui n'a pas encore adopter le concept des ventes privées Maje ou The Kooples et qui continue à aller fouiner chez Promod ou à s'acheter des accessoires à la noix, pas chers, chez Moa.

Une Babel qui écoute parfois Véronique Sansom et dont la seconde maison à Paris est un bar PMU où on ressort en sentant la frite, qui n'aime pas les Starbucks et préfère les expressos.

Alors, finalement quand je me demande à quoi je joue, je me dis qu'en fait justement c'est ça : je joue.
Je joue, je teste, j'expérimente, je sors de mes sentiers battus, rebattus et débattus.
Peut être que ce que l'on cherche tous, c'est autre chose. Juste autre chose. Des trucs différents de ce que l'on connait. De l'originalité. Et cela peut parfois paradoxalement nous conduire à jouer et à faire comme tout le monde. Ironie du paradoxe.
Mais être soi même jusqu'au bout peut aussi s'avérer être une originalité. Comme cet homme qui lit Salluste en bilingue, le sourire aux lèvres, dans un RER bondé. Elle est là aussi la vraie classe, le vrai décalage, la vraie originalité.

Finalement, nous sommes tous peut être des enfants de Casanova qui disait : « Etonner tel est mon but ». 

Dans ce train, finalement, une autre Babel qui souris en écoutant parler les gens dans le wagon et en regardant défiler les paysages de cette France qui va s'y mal mais qui est pourtant si belle et orgueilleuse, diverse et tranquille, insolente et inclassable. Un tout où un nombre infini de divers et de possibles se côtoient dans une danse sublime parfois tragique mais haute en couleurs et en saveurs. Une Babel, façonnée de petites contradictions qui, bobo ou pas, fait comme tout le monde ( comme la France même !;-) ) qui change peu en fait. Juste dans la forme, jamais dans le fond.
Quelques mouvements de surface, quelques délicieux et grisants frémissement, des expériences nouvelles. Car les vraies révolutions sont silencieuses, nous le savons bien, et surtout elles ne se font pas en un jour. C'est à l'aulne du temps que tout se mesure. Le temps, encore et toujours, le temps.