C'est en voyant le
nouveau clip de David Bowie, « The stars are out tonight »,
au terme d'une longue attente et d'une excitation non moins palpable,
que je me suis rendue compte de deux choses : le génie du rock est
un retraité et la poussière d'étoile c'est bien mieux que les
étoiles resplendissantes.
Pourquoi ce constat
m'a-t-il tant effrayée ?
Eh bien voir l'être le
plus créatif, le plus mystérieux et le plus changeant de
l'histoire du rock'n'roll en train de faire ses courses - avec Tilda
Swinton, certes - ça m'a fait un peu mal.
Parce que de nos jours où
la transparence est poussée à l'extrême le mystère d'Aladin Sane
ou de Ziggy Stardust serait salvateur. Ça
nous ferait du bien de se demander qui est ce personnage sans avoir
la réponse et sans savoir ce qu'il pourra bien inventer de nouveau par la suite.
« Plonger au fond
de l'inconnu pour trouver du nouveau », c'est l'ultime vers des
Fleurs du Mal de Baudelaire. J'avais découpé et collé ces lettres
sur le mur de ma chambre pour me rappeler qu'au fond, c'est ça
l'essentiel dans la vie : Ne pas avoir peur du mystère, ni de
l'inconnu.
Evidemment, en ce moment
on est plutôt obligés de plonger dans l'inconnu soit pour y découvrir des choses déplaisantes soit pour faire des expériences. Si on arrive à
dépasser l’appréhension, ce qui je l'accorde, n'est pas vraiment
très facile, on se rend compte que l'inconnu, même si ça suppose
le doute et l'adversité, nous ouvre au monde, nous rend curieux et
par-dessus tout nous aide à accepter qu'on ne peut pas toujours
répondre aux questions qu'on se pose. Accepter cela est pour moi
la plus grande preuve de maturité qu'on puisse avoir.
Sur le coup j'ai été
effrayée de voir papy David dans la plus affreuse représentation de
la banalité du quotidien. C'est bien connu, je déteste la banalité.
Mais je n'aime pas non plus m'attarder sur le passé et finalement je suis
juste contente qu'il ait inventé le rock'n'roll. Même si les années
60 et 70 sont sans doute à mes yeux les plus inventives musicalement
et qu'aujourd'hui la plus profonde provocation est de se promener en
robe en steacks dans une magnifique interprétation du recyclage, je
préfère me dire qu'après tout ce n'est pas grave de vivre dans une
époque moins créative, moins flamboyante et même que ça nous
encourage peut-être à l'être si on aime avoir l'esprit de
contradiction et qu'après tout, la discrétion c'est pas si mal.
La poussière d'étoile
pour moi c'est la discrétion, à l'exact opposé des étoiles
montantes et je trouve ça bien plus charmant.
C'est d'ailleurs très
paradoxal- ou pas du tout en fait - que David Bowie nous parle
d'étoiles resplendissantes à 66 ans alors qu'il portait aux nues la
poussière d'étoile quand il avait 20 ans et des poussières...Si on
s'arrête un quart de seconde pour réfléchir, il est finalement
possible d'interpréter ça comme une lueur d'espoir. En effet, le fait que le
mec le plus extraordinaire de sa génération se roule dans la
poussière -même étoilée- dans sa jeunesse, est plutôt un fait
encourageant pour nous, sorte de lost generation n°2.
Peut-être que nous aussi nous ferons nos courses en pull de Noël,
et peut-être que ça ne sera plus aussi provocant que pour old
David.
Mais après tout on s'en
fiche. Parce que si on arrive à avoir une jeunesse au moins à
moitié aussi créative que la sienne, eh bien, ça vaut le coup de
la manger à pleines mains, cette poussière d'étoile.
By WoMA ( Woman of Modern Age)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire