Dans le train en partance vers l'ouest
pour le week end de Pâques, je m'aperçois que j'ai un Iphone, un
Ipod et un Mac Book Air et que je suis rentrée doucement,
subrepticement mais surement dans la secte Apple. J'ai aussi une
petite valise, un casque pour écouter des morceaux de musique de groupes
américains tendance que mes copines m'ont fait découvrir, le
magasine ELLE et une grosse écharpe pour être « confort »
dans le train.
Et là, je rigole. En me contemplant,
je rigole. Je me regarde, vous savez comme on le fait tous parfois
dans ces grands moments où l'on prend un peu de hauteur sur soi
même, sur sa vie, où l'on s'observe de haut comme si on était dans
les nuages.
Ca y est donc, je suis devenue comme
une de ces filles que j'ai longtemps critiquées -parce qu'enviées
peut être. Je suis « connectée », je suis « à la
mode »- du moins j'essaie-, je prends des trains bondés pour
quitter la capitale lors des grands week end de printemps.
Alors, je m'en veux un peu quand même.
Parce que je suis la première à parler d'authenticité, la première
à faire des tirades sur ce foutu matérialiste qui nous bouffera à
tous, sur les faux semblants, sur l'hypocrisie. Des tirades toujours
mesurées et construites comme chacun peut l'imaginer ;-).
Finalement, j'ai cédé moi aussi aux sirènes de la modernité.
Finalement, j'ai cédé moi aussi aux sirènes de la modernité.
Puis je me dis que ce n'est pas ma
faute, que je grandis et que l'univers dans lequel j'évolue a
forcément des incidences sur moi.
Je me demande alors si Paris ne m'a pas
rendu un peu superficielle. Une mue ou une mutation s'est produite.
Pire qu'une Babel stressée, une Babel cynique, une Babel ironique,
une Babel provinciale et un peu trop grande gueule, une Babel bobo
qui s'assume mal parfois, qui aime le latin et le charme surannée de
certains rituels ou de certaines choses mais qui se fait un point
d'honneur à être de son temps, à vivre « dans le
siècle » comme les Franciscains.;-).
Peut être en sommes nous tous là à jongler
avec nos différentes personnalités, nos petits contradictions, nos
aspirations, nos envies, nos rêves, les trucs qui nous empêchent de
nous évader et qui nous clouent au sol comme les poids à la gym.
A nouveau, comme le ciel s’obscurcit
et que la playlist passe ce superbe morceau
une Babel bobo qui a du mal à
l'assumer, qui ne se reconnaît qu'à moitié et qui se regarde
changer avec angoisse. Mais amusement surtout.
Une Babel qui part en week end avec une
petite valise ou un sac aux motifs sympas parce qu'il y en a marre de
s'encombrer de 10 jeans, 3 paires de chaussures et 2 vestes. Parce
qu'il faut partir léger, se délester symboliquement de certains
poids. Et puis parce qu'aussi c'est tellement fun d'être insouciant.
Mais c'est dur. Très dur. Insoutenable même la légèreté. Et
Kundera l'a magnifiquement décrit dans son fameux roman. Pourtant on
essaie, on y croit, on y tend.
Une Babel qui écoute des morceaux de
groupes américains. Bah oui il faut bien l'avouer, c'est sympa quand
même la nouveauté, ça change de Claude François, Cabrel ou Dassin que l'on n'écoute plus qu'en cachette ou en rigolant avec ses pots. Et
puis aussi, parce qu'il faut arrêter de parler de trucs sans les
connaître et être un minimun cohérent avec soi même. Lire les
critiques de Télérama, de Elle ou des Inrocks c'est bien, réagir
dessus et en parler c'est cool, être d'accord ou pas; avoir sa propre opinion en pleine
connaissance de cause, c'est mieux.
Une Babel qui sort avec ses copines,
qui cherche l'endroit " in" du moment, qui boit des
cosmos, des mojitos mais qui adore le classique martini drive « avec
une larme de Gin » que lui fait sa tante quand elle rentre au
village, l'armagnac ou le whisky. Un des moments funs de la sociabilité
du bobo parisien, c'est la planche de charcuterie à l'apéro
tellement « authentique ».
Une Babel qui se fait poser du vernis
chaque semaine "pas cher" chez la chinoise ou chez OPI quand il y a de
la place ( c'est pas la même ambiance) et qui prend soin d'elle comme
n'importe quelle fille de 25 ans qui veut plaire en fait.
Une Babel qui s'entend parler du « Bas
Cinquième » pour situer la fac' de Jussieu ou du « Bas
Montreuil », qui va à des fêtes dans le 18éme et qui use et
abuse du Vélib'.
Autant de clichés.
La blague quand même.
La blague quand même.
Mais une Babel qui continue à raconter
sa vie au taxi, qui se paie une accent de fou, et qui parle beaucoup
beaucoup trop fort. Une Babel qui a des problèmes avec Itunes ou l'Apple Store, qui ne comprends rien à ces trucs, qui perd ses
identifiants et qui râle. Mais attention pour de vrai et en mode
méchante pas comme les authentiques bobos qui râlent un peu toute la
journée pour le fun et « histoire de ». Non le bon vrai
râlement voire même la petite colère.
Une Babel qui n'a pas encore adopter le
concept des ventes privées Maje ou The Kooples et qui continue à
aller fouiner chez Promod ou à s'acheter des accessoires à la noix,
pas chers, chez Moa.
Une Babel qui écoute parfois Véronique
Sansom et dont la seconde maison à Paris est un bar PMU où on ressort en
sentant la frite, qui n'aime pas les Starbucks et préfère les
expressos.
Alors, finalement quand je me demande à
quoi je joue, je me dis qu'en fait justement c'est ça : je
joue.
Je joue, je teste, j'expérimente, je
sors de mes sentiers battus, rebattus et débattus.
Peut être que ce que l'on cherche
tous, c'est autre chose. Juste autre chose. Des trucs différents de
ce que l'on connait. De l'originalité. Et cela peut parfois
paradoxalement nous conduire à jouer et à faire comme tout le
monde. Ironie du paradoxe.
Mais être soi même jusqu'au bout peut
aussi s'avérer être une originalité. Comme cet homme qui lit
Salluste en bilingue, le sourire aux lèvres, dans un RER bondé.
Elle est là aussi la vraie classe, le vrai décalage, la vraie
originalité.
Finalement, nous sommes tous peut être
des enfants de Casanova qui disait : « Etonner tel est mon
but ».
Dans ce train, finalement, une autre
Babel qui souris en écoutant parler les gens dans le wagon et en
regardant défiler les paysages de cette France qui va s'y mal mais
qui est pourtant si belle et orgueilleuse, diverse et tranquille,
insolente et inclassable. Un tout où un nombre infini de divers et
de possibles se côtoient dans une danse sublime parfois tragique
mais haute en couleurs et en saveurs. Une Babel, façonnée de
petites contradictions qui, bobo ou pas, fait comme tout le monde (
comme la France même !;-) ) qui change peu en fait. Juste dans
la forme, jamais dans le fond.
Quelques mouvements de surface,
quelques délicieux et grisants frémissement, des expériences
nouvelles. Car les vraies révolutions sont silencieuses, nous le
savons bien, et surtout elles ne se font pas en un jour. C'est à
l'aulne du temps que tout se mesure. Le temps, encore et toujours, le
temps.
Bonjour,
RépondreSupprimerMerci pour ce portrait sans concession. Texte émouvant, dans lequel une jeune fille parvient, avec humour et second degré, à résumer les douces affres d'une génération "des enchantés" (formule "babelienne" ;-) - mais n'est pas Babel qui veut !). Continuez ce blog, véritable fresque, comédie humaine, peinture de la vie moderne, mais qui répond dans sa forme fragmentaire à celle d'un monde dans ses fragilités - comme un funambule sur un fil barbelé...
Bonjour Castle Frank, ( ??? ;-))
RépondreSupprimerMerci pour ces encouragements !
Signé Babel la psychorigide cette fois-ci qui n'a pas pour habitude de parler aux inconnus...
Bonjour WoMA
RépondreSupprimerInconnus ? Sommes-nous vraiment des inconnus, puisque nous nous sommes rencontrés dans le miroir de l'éternité... ? ;-)
J'attends de nouveaux éclats pour vous connaître davantage...
Franck