vendredi 19 avril 2013

Désir, désir.


Première pensée : Je vais mourir. 
On sourit et on encaisse le coup.
Les papillons dans le ventre se transforment en boule oppressante.
On se retire. Avec classe et dignité.

Puis -parce que finalement on ne meurt pas- viennent des interrogations : Qu'est ce qui m'arrive ? Mince. Ca va vite passer ? Comment vais-je faire ? Il me manque déjà. Un chagrin d'amour ça passe vite ? Mais au fond, c'était quoi ? De l'Amour ? Du désir ?
Autant de questions existentielles toutes plus profondes les unes que les autres-c'est vrai c'est pas comme si Axelle Red ou les autres ne se les étaient pas posées avant;-). Le monde va mal et l'on joue à faire égoïstement son introspection, à pleurer une énième fois sur son pauvre sort. Parce que oui, subir des déconvenues amoureuses suscite de nombreuses questions existentielles.

Après avoir pris un bon coup dans la figure, après avoir zoné, déprimé, contemplé...beaucoup, pleuré aussi...un peu, on bascule dans l'analyse et on essaie de cerner et surtout de comprendre le problème, le mini tsunami intérieur qui vous ravage pour finir par se rendre compte que le problème est très simple et tristement banal : vous vivez un chagrin d'amour, la chose au monde la mieux partagée.

Je me suis aperçue que dans ce blog de filles on parlait finalement peu de ce qui occupe à peu prés la moitié si ce n'est les trois quarts du temps de la vie des femmes : les hommes et les tracas qu'ils nous font subir. Parlons en donc des hommes, et plus précisément de l'Amour et plus précisément encore du chagrin d'amour.

Ah ce bon vieux chagrin d'amour ! Celui qui vous laisse un goût amer dans la bouche, qui vous rend mélancolique, déprimée, qui vous fait vous sentir inutile, celui dont vous vous rappellerez avec amusement dans 10 ans, celui par lequel vous comprenez mieux le sens de la phrase que vous avez toujours trouvé culcul : «  Un seul être vous manque et... » Blablabla. On connait la suite. Car oui, l'être aimé ou désiré occupe la plupart de vos pensées - et ça en fait pas mal même si elle sont nombreuses vos pensées.

Alors d'aucuns vont dire que pour parler de chagrin d'amour il faut qu'il y en ait eu de l'Amour. Oui en effet c'est mieux. Mais pas nécessairement en fait. Qu'est ce que l'Amour quand tout s'emmêle délicieusement et dangereusement ? Etre aimé ? Simple objet du désir ?
Qu'est ce qu'être amoureux ?  Est- ce que c'est quand "le crus" met plus de temps que d'habitude à passer ?

A ce moment là, fatiguée, on se décide à sortir de la torpeur et on se dit que c'est le bon moment pour relire les Fragments d'un discours amoureux de Barthes ou une anthologie de textes sur l'Amour pour finir de nous achever et parce qu'à tout problème existe une solution. Mais l'on s'aperçoit très vite  que pour le coup personne n'en a trouvé de solutions. Tout le monde a souffert, a analysé la souffrance mais personne n'a trouvé de solution et surtout de définition intelligible et intangible de l'Amour.

Peu importe donc de donner une définition à l'Amour avec un grand A, le chagrin d'amour lui est bien là, que l'histoire ait durée -et même réellement commencé parfois- ou pas.
On souffre, on croit qu'on va mourir.
On s'interroge, on ne comprends pas.
Différentes phases se succèdent.
L'abattement, la colère, la résignation.
Toujours cette boule au ventre.
Et si j'étais passée à cote de quelques chose, quelque chose de grand.
A qui la faute ? Moi ? Lui ? Dieu ? Hollande ? Cahuzac ?
On se raisonne. Non. Les faits sont là et le chagrin aussi. Même si vous êtes géniale ;-) on ne peut pas forcer quelqu'un à vous aimer.

On peut aussi râler et faire les trucs que chante Camélia Jordana.
"Non, non, non... Je veux juste aller mal et il n'y a pas de mal à ça." Bon personnellement je n'écoute pas Barbara mais j'aurais pu ponctuer ce post par les musiques les plus has been et les plus déprimantes possibles que j'écoute. Car du légendaire All by my self de Bridget Jones à ma playlist rose déprimante, chagrin d'amour rime avec chansons d'amour.

Chagrin d'amour rime aussi avec fiesta et alcool. A la différence de Camélia Jordana qui refuse de sortir au Baron, je finis toujours pour ma part à céder et à sortir en me disant que je finirais bien par oublier. A la flemme monumentale qui nous clous sur place peuvent succéder des sursauts d'orgueil. On peut brusquement se lever, aller courir, se faire belle et devenir euphorique- hystérique ?

Mais chagrin d'amour rime surtout avec copines. Après vous avoir répondu « Non mais tu vas pas te mettre dans cet état pour ce looser », «  Il ne te méritait pas » etc. vos copines sortent l'artillerie lourde à coup de messages, de petites bêtises, de magasins et de soirées.
Un chagrin d'amour vaut presque la peine d'être vécu pour ça, pour tous ces petits trucs gentils, ces petites attentions. Cet esprit de guerre qui souffle. Tout le monde s'arme de théories fumeuses et surtout de mots gentils. L'une évoque « l'univers des possibles » de Leibniz, l'autre d'éternels recommencements quand on a la chance d'avoir des copines philosophes. Tous les défauts du méchant garçon y passent. Trop ci...Pas assez ça...Même les meufs de chez OPI s'y mettent. Oui parce que vous en parlez à tout le monde et à chaque fois vous sortez regonflées à bloc avant de sombrer à nouveau deux minutes après dans la mélancolie et de penser que oui des garçons, il y en a des milliers, surtout à Paris, mais bon celui là, il était quand même chou non ?


A la fin de la journée, au fond de votre lit, quand vous repensez à tout ça- tout en vous empêchant bien sûr d'y penser – et que vous luttez pour ne pas envoyer de messages, vous vous dites qu'il vous reste au fond- et au moins ?- ce truc essentiel, ce truc qu'il faut cultiver et protéger coûte que coûte : l'estime de soi. Car chagrin d'amour rime enfin avec volonté. Volonté de ne pas rappeler. Volonté d'accepter. Volonté et même nécessité de grandir en fait. Biega parle volontiers de « l'exercice de la volonté »- ce qui vous fait, sur le coup quand vous êtes en train d'agoniser, une belle jambe ;-) . Mais elle a raison. A la fin, il vous reste de jolies choses en mémoire, quelques regrets peut être mais surtout votre fierté, votre intégrité et votre liberté.
A ce stade de la réflexion, au beau milieu de la nuit, vous vous dites alors en râlant, seule, recroquevillée dans votre plaid en polaire rose, et en prise à une éniéme crise d'angoisse qu'elle a bon dos la liberté. 
Puis la seconde d'après vous finissez par conclure que oui, quand même, elle a définitivement et envers et contre tout, bon dos la liberté.

Et vous souriez. Et vous montez le son.



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