Première pensée : Je vais
mourir.
On sourit et on encaisse le coup.
Les papillons dans le ventre se
transforment en boule oppressante.
On se retire. Avec classe et dignité.
Puis -parce que finalement on ne meurt
pas- viennent des interrogations : Qu'est ce qui m'arrive ?
Mince. Ca va vite passer ? Comment vais-je faire ? Il me
manque déjà. Un chagrin d'amour ça passe vite ? Mais au fond,
c'était quoi ? De l'Amour ? Du désir ?
Autant de questions existentielles
toutes plus profondes les unes que les autres-c'est vrai c'est pas
comme si Axelle Red ou les autres ne se les étaient pas posées
avant;-). Le monde va mal et l'on joue à faire
égoïstement son introspection, à pleurer une énième fois sur son pauvre sort. Parce que oui, subir des déconvenues
amoureuses suscite de nombreuses questions existentielles.
Après avoir pris un bon coup dans la
figure, après avoir zoné, déprimé, contemplé...beaucoup, pleuré
aussi...un peu, on bascule dans l'analyse et on essaie de cerner et surtout de comprendre le problème, le mini tsunami
intérieur qui vous ravage pour finir par se rendre compte que le
problème est très simple et tristement banal : vous vivez un
chagrin d'amour, la chose au monde la mieux partagée.
Je me suis aperçue que dans ce blog de
filles on parlait finalement peu de ce qui occupe à peu prés la
moitié si ce n'est les trois quarts du temps de la vie des femmes :
les hommes et les tracas qu'ils nous font subir. Parlons en donc des hommes, et plus
précisément de l'Amour et plus précisément encore du chagrin
d'amour.
Ah ce bon vieux chagrin d'amour !
Celui qui vous laisse un goût amer dans la bouche, qui vous rend
mélancolique, déprimée, qui vous fait vous sentir inutile, celui
dont vous vous rappellerez avec amusement dans 10 ans, celui par
lequel vous comprenez mieux le sens de la phrase que vous avez
toujours trouvé culcul : « Un seul être vous manque
et... » Blablabla. On connait la suite. Car oui, l'être aimé
ou désiré occupe la plupart de vos pensées - et ça en fait pas
mal même si elle sont nombreuses vos pensées.
Alors d'aucuns vont dire que pour
parler de chagrin d'amour il faut qu'il y en ait eu de l'Amour. Oui en
effet c'est mieux. Mais pas nécessairement en fait. Qu'est ce que
l'Amour quand tout s'emmêle délicieusement et dangereusement ? Etre
aimé ? Simple objet du désir ?
Qu'est ce qu'être amoureux ? Est- ce que c'est quand "le crus" met plus
de temps que d'habitude à passer ?
A ce moment là, fatiguée, on se
décide à sortir de la torpeur et on se dit que c'est le bon moment
pour relire les Fragments d'un discours amoureux de
Barthes ou une anthologie de textes sur l'Amour pour finir de nous
achever et parce qu'à tout problème existe une solution. Mais l'on s'aperçoit très vite que pour le coup personne n'en a trouvé de solutions. Tout le monde a souffert, a analysé la souffrance mais personne n'a trouvé de solution et surtout de définition intelligible et intangible de l'Amour.
Peu importe donc de donner une
définition à l'Amour avec un grand A, le chagrin d'amour lui est
bien là, que l'histoire ait durée -et même réellement commencé
parfois- ou pas.
On souffre, on croit qu'on va mourir.
On s'interroge, on ne comprends pas.
Différentes phases se succèdent.
L'abattement, la colère, la
résignation.
Toujours cette boule au ventre.
Et si j'étais passée à cote de
quelques chose, quelque chose de grand.
A qui la faute ? Moi ? Lui ?
Dieu ? Hollande ? Cahuzac ?
On se raisonne. Non. Les faits sont là
et le chagrin aussi. Même si vous êtes géniale ;-) on ne peut pas forcer quelqu'un à vous aimer.
On peut aussi râler et faire les trucs
que chante Camélia Jordana.
"Non, non, non... Je veux juste aller
mal et il n'y a pas de mal à ça." Bon personnellement je
n'écoute pas Barbara mais j'aurais pu ponctuer ce post par les
musiques les plus has been et les plus déprimantes possibles
que j'écoute. Car du légendaire All by my self de Bridget Jones à ma
playlist rose déprimante, chagrin d'amour rime avec chansons
d'amour.
Chagrin d'amour rime aussi avec fiesta
et alcool. A la différence de Camélia Jordana qui refuse de sortir
au Baron, je finis toujours pour ma part à céder et à sortir en me
disant que je finirais bien par oublier. A la flemme monumentale qui
nous clous sur place peuvent succéder des sursauts d'orgueil. On
peut brusquement se lever, aller courir, se faire belle et devenir
euphorique- hystérique ?
Mais chagrin d'amour rime surtout avec
copines. Après vous avoir répondu « Non mais tu vas pas te
mettre dans cet état pour ce looser », « Il ne te
méritait pas » etc. vos copines sortent l'artillerie lourde à
coup de messages, de petites bêtises, de magasins et de soirées.
Un chagrin d'amour vaut presque la
peine d'être vécu pour ça, pour tous ces petits trucs gentils, ces
petites attentions. Cet esprit de guerre qui souffle. Tout le monde
s'arme de théories fumeuses et surtout de mots gentils. L'une évoque
« l'univers des possibles » de Leibniz, l'autre d'éternels recommencements quand on a la chance d'avoir des copines philosophes. Tous les défauts du méchant garçon y passent.
Trop ci...Pas assez ça...Même les meufs de chez OPI s'y mettent. Oui parce que vous en parlez à tout le monde et à chaque fois vous
sortez regonflées à bloc avant de sombrer à nouveau deux minutes
après dans la mélancolie et de penser que oui des garçons, il y en a des milliers,
surtout à Paris, mais bon celui là, il était quand même chou
non ?
A la fin de la journée, au fond de
votre lit, quand vous repensez à tout ça- tout en vous empêchant bien sûr
d'y penser – et que vous luttez pour ne pas envoyer de messages,
vous vous dites qu'il vous reste au fond- et au moins ?- ce truc essentiel, ce truc
qu'il faut cultiver et protéger coûte que coûte : l'estime de
soi. Car chagrin d'amour rime enfin avec volonté. Volonté de ne pas rappeler. Volonté d'accepter. Volonté et même nécessité de grandir en fait. Biega parle
volontiers de « l'exercice de la volonté »- ce qui vous
fait, sur le coup quand vous êtes en train d'agoniser, une belle
jambe ;-) . Mais elle a raison. A la fin, il vous reste de jolies choses en mémoire, quelques regrets peut être mais surtout votre fierté,
votre intégrité et votre liberté.
A ce stade de la réflexion, au beau
milieu de la nuit, vous vous dites alors en râlant, seule, recroquevillée
dans votre plaid en polaire rose, et en prise à une éniéme crise
d'angoisse qu'elle a bon dos la liberté.
Puis la seconde d'après vous
finissez par conclure que oui, quand même, elle a définitivement et
envers et contre tout, bon dos la liberté.
Et vous souriez. Et vous montez le son.
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