lundi 10 septembre 2012

Rubrique " Pensées profondes n°..." :


Allez, comme on entamerait un petit carnet où l'on noterait, parce que seuls les écrits restent,  toutes les petites sentences, parfois bien senties, de nos amis ou d'illustres inconnus...Et qu'on relirait, comme on regarde un vieil album photo, les jours où c'est moins bien.

"Il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver".
Marcel Proust.

vendredi 7 septembre 2012

« My Generation » : PNC aux portes, armement des toboggans, vérification de la porte opposée. « Up in the air » et pour quelques heures, « anywhere out of the world ».


 
Au début, je n'aimais pas voyager. J'étais stressée, angoissée même. Les départs -même pour des vacances- étaient toujours synonymes de déracinement, d'exil presque. Je me sentais coupable de partir, moi la « terre à terre », la fervente régionaliste, élevée dans le culte du « De toute façon, on peut faire le tour du monde, il n'y pas d'ailleurs meilleur qu'ici ». C'est vrai quoi les Gitans disent bien : «  Les poissons dans la mer, les oiseaux dans le ciel et les hommes sur terre. »

Puis, un beau jour, on quitte la maison. Son bac' en poche, au volant de sa -feu- saxo bic couleur « bleu horizon », on s'en va, par un beau dimanche soir de septembre, le cœur battant, chargée de recommandations et...de conserves. Et c'est grisant.
Après, c'est la folie. On commence à lire des livres de ouf, on commence à réfléchir, à décloisonner notre horizon-tant mental que physique, on rencontre des gens, des gens vachement différents de nous. Des gens qui ont voyagé partout...ou pas, et qui ont plein de projets de voyage... ou pas. Au début, on écoute et on rigole doucement. On admire même parfois. On raconte nos deux-trois expériences exotiques avec Papi et mamie. Puis, un jour, ça germe et on se dit : « Tiens, pourquoi pas moi ? Ça a l'air sympa. »
Et là, ça commence, on se lance. D'un week end à Paris, on se retrouve à traverser les USA d'est en ouest en bagnole durant un été. On s'habitue aux petits problèmes, on relativise, on arrive même à survivre à une nuit passée en salle d'embarquement à Philadelphie ( c'est dire ! ) et à la fin, on apprécie tous ces départs et surtout tous ces retours. Quoi de plus beau, quoi de plus fort que de rentrer chez soi. Quoi de plus grand d'avoir les larmes aux yeux en apercevant sur un quai de gare les personnes qu'on aime. Quoi de plus émouvant que de redécouvrir son pays, ses vignes, ses maisons, ses couleurs, son soleil...La magie dure quelques instants. Mais punaise, qu'est ce qu'on se sent alors vivant. Je referme la parenthèse «  envolée lyrique ».;-)
Alors du coup, on voyage de plus en plus, pour aller découvrir des endroits, et surtout pour voir les gens qu'on aime, nos amis de cette génération éparpillée et aventurière. «  check in », « check out », on en vient même, pour rire, par faire des barbarismes... « T'as checkiné ? ». Vive le cosmopolitisme.

L'on découvre d'abord le train...et la SNCF à laquelle, je refuse, tout le monde le sait, d'être fidèle. Je m'en fais un point d'honneur même. Un point d'honneur ruineux, certes. Mais un point d'honneur quand même. Ce qui est totalement idiot étant donné que je prends régulièrement et de plus en plus le train...Mais, bon, qui n'a pas ces petites, absurdes mais délicieuses contradictions ?;-)

Enfin, un beau jour, l'on découvre l'avion dont le système ne fonctionne pas mieux, je dois le concéder, mais qui, pour ma part, me fait rêver.
L'avion, c'est d'abord, un plus cher. Il faut bien l'avouer quoiqu'il existe des tarifs préférentiels pour les moins de 25 ans.
L'avion, c'est rassurant. Les hôtesses sourient toujours et sont tout le temps gentilles et classes- ça change du look de certains contrôleurs de trains sur la ligne Toulouse -Paris.;-)
L'avion, c'est exotique. On se croirait partir pour « voyage en terre inconnue » à chaque fois. Quand on débarque à même le Tarmac de l'aéroport de Perpignan et qu'on subit à chaque fois un choc thermique, je suis désolée, les Antilles, à côté, c'est léger, léger ;-)
L'avion, c'est reposant. Bon ok, il y a des passagers mais la plupart du temps ce sont- sauf en période de vacances scolaires où la France est dans son ensemble envahie de terrifiants braillards en culottes courtes- des Monsieurs de l'âge de mon père qui sentent bon, parlent doucement et n'essaient pas d'engager la conversation...Ou des jeunes trentenaires et quadras sexy, en costume, au sourire colgate, à la George Clooney. Et là je dis oui. Et je n'évoque même pas le cas des pilotes.;-)
L'avion, c'est aussi tout un symbole. On vole quand même ! On s'extasie en passant au dessus du viaduc de Millau. On rêve en contemplant la Méditerranée. On tente de compter à chaque fois toutes les églises de Perpignan en survolant la ville. La France est encore plus belle vue du ciel.

Enfin, l'avion, c'est surtout le seul moment où je coupe mon portable et où je me retrouve coupée du monde. Je lis alors la presse en m'énervant. Puis je me calme en me disant que, quand même, tout n'est pas perdu, puisque ce sont encore des galettes de la Mère Poulard du Mont Saint Michel qui sont données avec le café Nespresso. Je me dis aussi, fatiguée de mes vaines et métaphysiques réflexions, que je n'ai pas besoin, au fond, de savoir si Saint Augustin, a raison ou non - l'Homme est-t-il in via ou in patria ?- et que de s'envoyer en l'air de temps en temps ne fait de mal à personne.



"My Generation" : envoyée dans la vallée infernale...

C'est décidé je repars ! Membre assumée de la génération "éparpillée" et aventurière qui est là nôtre, je me réserve une agréable fin de vacances sous le soleil espagnol ! 

Mais partir c'est...prendre le train. En soi c'est bien anodin, très pratique et finalement assez rapide. Sauf que dans les faits c'est bruyant, empli d'odeurs étranges telle que celle du croque monsieur du TGV bar et surtout c'est plein de voisins ! Dans ces cas là, je me rappelle que j'ai mon permis et que si j'avais fait HEC je me lancerais sur les routes de France dans une Fiat 500 à toit ouvrant. Ou sans, parce que c'est quand même plus cher et que c'est déjà assez compliqué de regarder devant, derrière et sur les côtés. 

On connaît tous les avantages du train et de sa carte 12-25 qui nous permet de voyager à prix raisonnable, surtout quand on part un mardi à 6H30 et qu'on accepte de rentrer un jeudi à minuit et demi, heure à laquelle il n'y a plus beaucoup de transports. Ah oui et surtout quand on va dans des endroits où je ne vais jamais...Bon, glissons !

Mon billet à la main, dûment composté, flanquée de Glamour, Biba et Closer, un pour chaque heure de train (si, si en lisant tout ça peut bien faire une heure de lecture chacun), je pars à la recherche d'une place pour ma valise. Ca y est, j'ai réussi à la hisser  dans les rangements en hauteur sous l'oeil goguenard de jeunes trentenaires qui me proposent, une fois qu'elle est calée, de m'aider ! Ca commence bien. Et là, c'est toujours la déception ! Quand je rêve d'être à côté d'un couple de personnes âgées en pleine sieste, je me retrouve toujours à côté d'enfants. J'adore les enfants...sauf dans un train ! Le pire c'est ceux qui pleurent et pleurent et pleurent tellement qu'à la fin c'est moi qui ai envie de pleurer ! 

Heureusement, la SNCF a répondu aux attentes des voyageurs excédés et envisage de créer un wagon pour que toutes ces heureuses familles évoluent ensemble dans un même wagon. Je plains les parents ...et les enfants, en fait je plains tout le monde dans ce cas là, parce que rien qu'à imaginer le bruit j'ai une migraine ! Sauf que pour moi cette solution rime avec retour à des lectures plus sérieuses, longues heures de méditation sur le sens de ma vie et sur le menu de la semaine prochaine... J'ai hâte ! 

Alors je dis vive le wagon familles ! Et surtout ...je prie pour ne pas être, un jour, la proie des regards noirs et des raclements de gorge significatifs. Autrement dit, j'espère que je pourrai aller me cacher avec mes enfants en train de hurler parce que Doudou est tombé, parce que Papa est pas là, et parce que le père Noël existe pas vraiment, dans un de ces wagons !


jeudi 6 septembre 2012

Rubrique "C'est mon choix" : Oui je sais...


Oui je sais...c'est ce qui est écrit sur mon "cache horribles photos des paquets de cigarettes" ! Non, je ne me voile pas la face, je n'ai pas peur d'avoir les dents horribles photographiées puisque je me lave régulièrement les dents ! Bon ok, peut être que je me voile un peu la face...

En fait, toutes ces recommandations qui nous font savoir les affreux dangers auxquels on s'expose en ne suivant pas les recommandations de l'Union pour la prévention de la santé (ou un truc du genre), ne nous empêchent pas de faire...quelques petits écarts. Et puis soyons honnêtes, cette fameuse union ne connaît pas la vie étudiante. Comment voulez-vous manger cinq fruits et légumes par jour ? Surtout quand la moitié de vos repas sont pris dans un hall de bibliothèque glacial, sans micro-ondes à disposition, avec la perspective d'une après-midi palpitante avec César ou Agricola dans une salle de lecture toute aussi glaciale ? Alors il y a la pompote, fidèle compagnon de ces repas, mais bon au bout d'un moment les Pompotes c'est lassant, surtout quand on n'aime que la traditionnelle compote de pommes. Et puis le café c'est un peu un fruit, très gras certes, mais vu que ça pousse sur un arbre, ça fait partie des cinq F&L à manger par jour, non ?

Alors, oui on sait, il faut faire du sport, ne pas boire d'alcool, surtout ne pas fumer (quand je pense qu'il y a à peine vingt ans j'aurais pu assister à de longs cours un peu soporifiques une petite cigarette (toute petite...) à la main). Mais on a beau savoir, on aime bien se bercer d'illusions, se dire que plus tard nos enfants mangeront d'excellents petits pots concoctés par nous (ou par Lui ! ) et que nous leur interdirons formellement de fumer (je ne t'ai pas mis au monde pour que tu te tues à petit feu !) en oubliant nous mêmes qu'on ne suivait absolument pas ces recommandations. 

Comme je me le dis chaque dimanche soir (le dimanche soir c'est un peu comme le 31 décembre, propice à de nouvelles résolutions) : demain j'arrête ! la cigarette, les pizzas, que je remplace par un grand verre d'eau, des petites courgettes grillées (sans huile), beaucoup de sport ! 

Oui je sais...mais est-ce que j'ai envie ?

mercredi 5 septembre 2012

Rubrique "C'était mieux avant" : Une chambre à soi

Une chambre à soi, c'est un essai de Virginia Woolf; on pourrait croire que ce n'est pas trop l'exemple à suivre, Virginia, vu comment elle a fini. Mais bon, elle avait quand même sacrément la classe. Bref, je repense souvent à mon appartement à moi. A plusieurs appartements en fait, à ceux que j'ai habité seule quand je faisais mes études à Toulouse, puis à Paris. Mes appartements de fille, quoi. On a toutes eu cet appart, celui qui était trop petit pour une soirée à 30, mais juste ce qu'il faut pour y être seule en fait. Celui qui sentait bon notre parfum, nos odeurs, celui qui nous ressemblait à coup de posters, de photos et d'eau de fleur d'oranger. On pouvait y mettre des rideaux rouge, des trucs à fleurs, une théière. Personne ne serait venu nous dire que notre appart était trop girly ou surchargé. Tout l'intérêt de cet appart était d'être girly et surchargé. On y prenait le thé entre copines, on y recevait des gentlemen parfois. On y mangeait par terre ou sur le lit, parce que les tables c'est pour les adultes. Parfois on y mangeait seule devant un épisode de Friends, parfois entre potes, par terre autour d'un poulet rôti du marché.


 Maintenant, quand on grandit, on va souvent vivre ailleurs, dans un appart plus grand, voire une maison. On partage cet endroit avec quelqu'un, et d'un coup ce n'est plus notre espace à nous, c'est un endroit pour deux. Fini le rose, les fleurs partout, les choses avec des pois dessus. Il faut des trucs neutres, pour que l'homme n'ait pas l'impression de vivre dans un Polly Pocket. Seulement voilà, est-ce qu'au fond, on n'aimait pas plus notre appart de fille? Vous vous souvenez de Monica qui s'exclame en pleurnichant "And I'm gonna have to live with a boy?" Et si la vraie vie avait été avant? L'âge d'or entre la chambre d'enfant et la maison d'adultes, quelque part parmi les mugs Belle-Epoque, les catalogues Princesse tam tam et les paires de chaussures qu'on ne peut pas trier, les petits carnets qu'on n'ose pas commencer, les sacs à main empilés qu'on n'ose plus vider.



Donc, dans la série "C'était mieux avant", plusieurs choses:
1. Les Polly Pocket c'était génial, c'était la vie avant Facebook.
2. Princesse tam tam refait le soutif de vos 20 ans, et ce en orange vif. A vos tutus.

mardi 4 septembre 2012

Rubrique "My Generation": Wake me up, before you go go.

Un homme sage a dit, partir, c’est mourir un peu. Inversement, mourir, c’est partir beaucoup. A choisir, je préfère partir. On part toujours de quelque part, et ce qui définit le départ c’est surtout sa localisation; “Je viens du Sud, et par tous les chemins j’y reviens”, nous dit Sardou. Quelqu’un qui n’a pas d’attaches ne part jamais vraiment, il ne fait que voyager, se déplacer. Notre génération nomade et éparpillée reconnaît ses points de départs; sur Facebook, on peut avoir un lieu d’où l’on vient et un lieu actuel. Ce lieu est le même pour de moins en moins de personnes. Qu’on vienne d’un patelin du Midi, de Dunkerque ou de Paris, il est à présent nécessaire de bouger. Avec ou sans argent, on bouge; on fait Erasmus, on part avec Easyjet, on va en Australie bosser dans des fermes. Nos parents nous avaient dit qu’on pourrait choisir le métier qu’on voudrait, faire des études qui nous plairaient. On a fait des études, et puis on est partis. A défaut de choisir un métier, on choisit notre destination. Notre génération vit le low-cost de la mobilité; on part un an, puis deux, et très vite on oublie comment revenir. On part pour voir si l’herbe est plus verte ailleurs, mais on s’en fiche tant qu’il y a internet. On part goûter la couleur locale, et on ne rêve que de pâté et de fromage qui pue. Plus on part, en fait, plus on revient. Les aventuriers partent plutôt en Asie, les riches partent plutôt à New York, les humanitaires partent en Afrique. Notre destination nous définit-elle plus que notre point de départ? Je suis allé toucher des éléphants et nager dans l’eau turquoise plutôt que d’aller travailler dans un hôpital à Nairobi, je suis allé étudier aux Etats Unis plutôt que de faire un road-trip au Guatemala. On a donc aussi inventé la honte de la destination, comme on a honte de sa ville natale. Il y a des destinations honorables, des destinations hype, des destinations simplement à la mode, des destinations de hippies, des destinations de gosses de riches. 

Et toi, dis-moi où tu pars et je te dirai qui tu es.

L'Art de Voler (Incipit bis)


Voler est un art subtil et nombreux sont ceux qui se sont brûlés les ailes. Car à moins d’être pilote de ligne ou Tom Cruise, soyons honnêtes, l’entreprise est périlleuse !

Ces contre-indications n’ont pourtant pas brisé l’élan d’Antonio Altarriba qui, tout au long de sa vie, s’est essayé à l’envol…mais dans un tout autre registre !
L’art de voler avant d’être l’objet de cet article est en réalité le titre d’un ouvrage, et plus précisément d’une Bande Dessinée réalisée par Antonio Altarriba (il s’agit du fils ) et Kim. Habituellement je ne suis pas tellement BD, mais en feuilletant magazine je suis tombée sur une bonne critique de cet ouvrage, et je me suis lancée !

Loin d’être déçue, j’ai découvert avec Antonio père un peu de cet art…
Après avoir fui l’horizon limité du domaine paternel, il connaît tour à tour la tourmente de la guerre civile espagnole, de l’exil dans le sud de la France, de la clandestinité pendant la Seconde Guerre Mondiale avant de finir ses jours…enfermé dans une maison de retraite espagnole. Cette fin, à mille lieues des chemins si souvent arpentés, sonne comme un enfermement. A cela, le vieillard répond par l’envol…

Si le sujet est passionnant, les choix d’Antonio père le sont plus encore. Je garde un souvenir poignant de ma lecture : lorsque le jeune Antonio, grimpé sur un des murs bordant les champs paternels demande « Et on fait comment pour regarder au loin ? ». Le dessin représente alors deux minuscules silhouettes plantées sur un mur de pierre branlant et, bloquant l’horizon, une succession d’innombrables murs délimitant d’innombrables parcelles... Encore tout jeune, il prend son vélo pour gagner la ville la plus proche, préférant la fuite à l’enfermement. Une solution qu’il applique de nouveau, à l’âge de 90 ans, en sautant du dernier étage de son asile...

On pourrait trouver l’histoire morbide ou son protagoniste courageux, selon les sensibilités. J’y vois surtout la nécessité de trouver une alternative à l’enfermement, qu’il se manifeste physiquement ou mentalement. 

Cette lecture constitue à mes yeux un bon point de départ pour apprendre ou réapprendre à s’évader. Comme l’Albatros « exilé sur le sol au milieu des huées », nous avons parfois besoin de nous élever et de prendre notre envol. Qu’elles que soient nos évasions, leur durée, leur contenu, elles nous permettent de survoler nos lassitudes…un peu à la manière de ce blog.