mercredi 19 décembre 2012

Maman j'ai (pas) raté l'avion

En anglais le film "Maman j'ai raté l'avion" s'appelle "Home Alone"; c'est peut-être l'un des rares cas où un film américain a un meilleur titre en français qu'en anglais (il y aurait tout un article à faire sur le sujet d'ailleurs). Effectivement, au final, c'est mieux d'insister sur le fait que le petit blond a raté son avion, parce que pour moi ça a toujours été le sujet principal du film. Moi, j'ai une phobie terrible de l'avion, alors j'étais toujours super contente quand Macaulay Culkin se retrouvait seul. Bien joué, mec, t'as plus à prendre l'avion finalement!
Quand j'étais petite, j'ai pris l'avion trois fois peut-être, l'une d'entre elles toute seule en UM avant d'avoir dix ans. J'ai rien senti, j'étais super contente. Bon, j'allais à Rome et c'est une autre histoire, mais je ne me souviens pas d'avoir eu peur de l'avion avant au moins mes 18 ans. Est-ce que quand on est gosse on ne ressent pas la peur? Donc, maintenant, en avion, j'ai peur. Quand ça bouge, j'ai peur. Quand ça ne bouge pas, je me dis qu'on est au dessus du vide, et ça me fait peur. Quand je suis la seule à flipper, j'ai peur, mais si les autres ont peur aussi, j'ai d'autant plus peur. Bref, j'aime pas l'avion.
Avec tout ça, on pourrait croire que les aéroports seraient un lieu de détente, après ou avant la bataille, où au moins on sait qu'on n'est pas encore ou plus dans l'avion. En théorie, c'est plutôt cool un aéroport, avec les magasins, les restaurants, des toilettes super propres, un air de neuf et de design. Mais bon, d'abord il y a l'emmerdement horrible avant; comment on arrive à l'aéroport, que ce soit bus, RER ou même taxi, c'est toujours affreux; il faut se trimbaler des tonnes de trucs, une valise qui roule mal, un sac à dos plein à ras bord plus un sac à main. Il y a le flip du "ma valise est en surpoids", 75 euros chez Air France. Il y a le dégoût de payer un taxi pour être tranquille et de se retrouver avec un chauffeur psychopathe. Après 6h de bus dans mon trajet normal de retour en France, je suis déjà transpirante et fatiguée, et j'en ai encore pour 15h de voyage sans douche et sans repas normal. Alors forcément, quand j'arrive à l'aéroport, les gens m'énervent. Ils sont devant moi, ils sont bruyants, mais surtout, ils sont beaux. On dirait qu'ils sortent d'une des pubs dans les magasins de parfums de duty-free. Parce qu'à New York, les gens sont sur le 31 en permanence.

 Le pire, c'est les filles. Je hais les filles d'aéroport. Elles sont tirées à quatre épingles, cheveux propres, maquillage impec. Je suis en jogging, l'oeil hagard; on dirait qu'elles sont dans une comédie romantique américaine et qu'elles attendent le moment où le gars va arriver pour les demander en mariage ou rétablir la vérité suite à un quiproquo. Elles sont en talons hauts, alors que la vidéo dans l'avion dit que justement les talons hauts c'est pas tip top en cas d'évacuation d'urgence.

Moi, à l'aéroport, j'ai pas le temps de faire la belle, de défiler comme sur un nuage à la Cate Blanchett reine des elfes dans Bilbo le Hobbit. Je suis en retard, j'ai mon sac à dos et mon manteau et mon écharpe sous le bras. Toutes les 5 minutes je vérifie que j'ai pas perdu mon passeport ou ma carte d'embarquement. J'ai chaud et froid en même temps. Alors, les pin-up du voyage, elles me font chier grave. Elles ont une pochette super cool avec tout bien rangé dedans, mais elles le mettent où leur ordi? Elles ont leur billet d'avion sur leur iPad parce qu'elles sont des pin-up geeks et dans le vent. Elles ont un oreiller d'avion. Elles se font des manucures dans un de ces salons de beauté improbables d'aéroport. Parce que franchement, c'est vraiment le moment d'acheter du maquillage et du parfum quand tu t'apprêtes à faire un voyage affreux. Pour moi à la limite, ça fait sens, j'ai l'air tellement horrible après mes 6h de bus que si je croise un miroir dans un rayon de 5 mètres à un magasin de duty-free, je vais ressentir le besoin d'y entrer et de me ravaler la façade à coup de fond de teint que je ne mettrai jamais et de rouge à lèvres Dior, et ce malgré l'odeur de 10000 parfums mélangés.

Alors, je crie au complot: c'est un coup de pub, ces filles sont fausses, des modèles payés pour être là et nous faire consommer des produits de beauté. Franchement, s'il y a un moment dans ma vie où on pourrait m'épargner la comparaison avec des meufs canons et classe, c'est vraiment l'aéroport. Je n'ai ni l'envie ni le temps d'une crise d'identité; je dois me préparer psychologiquement à flipper non stop pendant 7 heures. J'ai pas le temps pour vos conneries.

Si vous me croyez pas, allez lire ça: http://theoatmeal.com/comics/airplane
Ou ça: http://theoatmeal.com/comics/airplane_heard

dimanche 16 décembre 2012

Avoir confiance...ou pas ?



« J'ai confiance en toi » est je crois la pire des phrases que l'on peut dire à quelqu'un.
Pire que « je t'aime », « je te déteste », ou whatever. « J'ai confiance en toi. » Et hop le petit coup de pression qui monte et la furieuse envie de hurler « Nooooooooooooooonnnnnn ! »
Ne me dis pas que ça ira quand tu sais qu'il y a de grandes chances pour que ça n'aille pas.
Ne me fais pas te décevoir quand moi je vais me décevoir.

Les grands optimistes n'ont de cesse de répéter qu'il faut avoir confiance.
Bon alors admettons. D'accord, on est tous des Bisounours et on a tous confiance : Oui mais en quoi ? En plusieurs choses en fait.

D'abord, il faut avoir confiance en l'avenir. Si, si, si. Mais ça encore j'y crois. C'est facile. Oui, je crois en l'Histoire, au progrès, en l'avenir, aux capacités infinies de l'être humain. Je crois même aux nanotubes de carbone maintenant ! depuis qu'un ami chercheur m'en a parlé.
Bon, c'est vrai la crise n'arrange rien à l'affaire et il ne fait pas bon avoir 20-25 ans dans les années 2010. Ajoutez à ça des passions un peu étranges et une ferme volonté de faire ce qu'on aime dans la vie et vous avez nous ! La fameuse génération Y en tension permanente entre ce qu'elle voudrait être et ce qu'elle est ! Et encore je ne vis plus chez mes parents...;-)

Pour les angoissés, c'est un peu compliqué certains jours toute cette confiance.
« C'est pas grave, ça va s'arranger » Mon œil. Ça ne s'arrange pas toujours et même parfois ça empire !

Mais avoir confiance en l'avenir suppose aussi et surtout avoir confiance en l'autre.
Et là ça devient très difficile, voire utopique.
Je ne vais pas revenir sur mes multiples déceptions amicales, amoureuses et même familiales. Vous avez vécu les mêmes et vous savez ce que sait. Vous connaissez bien ce sentiment horrible de déception. Cette boule au fond du ventre qui peut mettre des mois à passer et qui revient certains soirs.
Et pourtant, on se laisse prendre à chaque fois à ce terrible jeu. Des gens entrent dans nos vies, on leur accorde notre confiance, puis ils en sortent aussi vite qu'ils sont venus. Entre temps de bons et parfois de beaux moments. A la fin, la boule au ventre mais le doux sentiment d'en sortir grandie. On a kiffé mais on a souffert quand même. Parfois un peu paumée, parfois pleinement consciente du désastre imminent du jeu, On cède aux sirènes mais à quel prix  ?

Car ça peut être très beau la confiance. Beau et reposant. Qu'il est doux d'avoir des certitudes dans ce monde où tout bouge tout le temps, où l'on voyage, où l'on rencontre plein de gens. Que cela est reposant d'avoir des gens en qui l'on a confiance. Des gens que l'on peut appeler – ou pas;-)- dans la tourmente. Des béquilles, des piliers pour quand on a, pour le coup plus confiance en rien.

L'autre truc sympa, c'est la surprise : trouver quelqu'un là où on ne l'attendait pas. Être surpris. Ne rien prévoir. Se planter souvent mais vivre un truc à part, auquel on ne s'attendait pas. J'en vois qui rigole déjà. Mais je m'en moque. Oui, je veux de la surprise et de l'imprévu.

Enfin, cela passe peut être par la confiance en soi. Et là j'ai une idée tout à fait personnelle. Une idée plutôt cynique et désabusée. Je crois qu'il faut avoir confiance en soi parce qu'on a pas le choix.
Oui. Je ne vais pas vous la jouer yoga et sophro -en plus ce serait nul car je n'y suis jamais allée- je suis désolée : je suis sceptique. Je crois que la seule personne qui peut nous sauver, bah c'est nous même. Avoir confiance, c'est commencer à bien se connaître, c'est se penser, c'est se vouloir perfectible. Et c'est surtout s'accepter imparfait, libre et heureux.

J'ai dit que je croyais aux possibilité de l'être humain mais je commence aussi à en connaître ses limites ainsi que les difficultés qu'il rencontre. Et je pense bien souvent à une phrase de Pascal dans les Pensées :

« L'homme n'est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête. »

Donc, je ne vais pas vous dire que nous sommes tous des êtres extraordinaires. Je ne vais pas vous dire que la vie va être un long fleuve tranquille. Je ne vous dirai pas non plus que les derniers seront les premiers. Je vous citerai du Corneille :

« Dans un si grand revers que vous reste-t-il ? - Moi, Moi, dis-je, et c'est assez »

Pierre CORNEILLE, Médée, I, 5.

Alors, il faut avoir confiance, il faut se faire confiance envers et contre tout. Parce que devant le miroir, devant la carte au restau', devant votre copie, devant votre employeur, face à vos doutes, dans vos petites victoires et vos amères défaites, il n'y a finalement que vous. Vous et les infinies possibilités du monde. Et c'est assez.

mercredi 12 décembre 2012

Un vote, une carte de voeu, du talent !


Be vous souhaite une bonne année 2013

Noël c'est magique, mais quand ça rime avec dizaines de cartes de voeux ça l'est déjà bien moins ! Sauuuuuf si vous avez la chance d'écrire sur la carte dessinée par Laura pour le magazine Be. Elle participe à un concours pour le magazine Be à l'occasion de Noël.


N'hésitez pas à voter pour elle si vous aussi vous aimez les fêtes sans aucune modération :
http://www.be.com/challenges/challenges-mode/1522546-participez-concours-illustration/4039890-souhaite-bonne-annee.htm


dimanche 2 décembre 2012

Encore un matin…



Demain c'est lundi...et le lundi apporte son lot d'angoisse c'est bien connu. La pire de toute est celle du matin : comment je vais réussir à me lever tôt cinq jours d'affilée ? Un défi renouvelé chaque jour, chaque semaine, chaque mois...pour toute une vie ! 


 
J’ai souvent entendu que le monde appartenait à ceux qui se lèvent tôt. Je l’ai trop entendu. Maintenant je le prends mal. Si c’est vrai, alors le monde est loin de m’appartenir ! Le matin je ne suis pas enjouée devant une tartine de Nutella agrémentée d’un jus d’orange frais et d’un yaourt, le matin je ne mange pas de muesli avec un kiwi parce que c’est plein de vitamines C, je ne ressemble pas aux blondinets de la pub ricorée en chantant que "le soleil vient de se lever", parce que quand je me lève il fait encore nuit ! 

Le matin…je meurs devant mon jus de pomme leader price et mes deux malheureux krisprolls dont je repousse le mastiquage parce que ma mâchoire est endormie et qu’elle refuse de s’activer. S’activer, l’inverse de mon matin. Je suis lente, mon corps est désespérément lent, mon esprit aussi. Je le sais, ils me font payer de les avoir extraits de leur torpeur ensommeillée. « Tu m’as obligé à me lever ? Tu vas voir tu vas le payer : tu vas devoir courir pour attraper ton RER, tu t’y engouffreras transpirante, décoiffée et tu auras un choc thermique ! ». Sauf que j’essaie de leur expliquer que ce n’est pas de ma faute si on vit dans une société du matin. 

Tous ces gens qui se lèvent tôt et traînent leurs songes à peine achevés dans le RER sont bien la preuve, pourtant, que je ne suis pas la seule à haïr le matin. Alors je feinte le matin : si j’ai un évènement, je me dis que le matin est un petit moment réservé pour se faire belle, si je suis complètement embuée je regarde un reportage sur les tigres sur Arte et me laisse porter par la fougue de ces félins, si je suis fatiguée, je me dis que dans 12h je dors et que rien que pour ça, ça vaut la peine de se lever. Mais il y a le matin insurmontable, celui où votre journée commence par un « putain » rageur, dénonciateur de l’injustice qui nous est faite à nous, les laissez-pour-compte du soir. 

Mais ce qui m’angoisse le plus dans le matin, c’est que chaque jour il se répète. Pire encore, chaque jour de toute ma vie je vais devoir me lever. Et arrivera un moment où j’aurai passé l’âge de me lever à midi le dimanche, où de charmants bambins sauteront sur mon lit pour me faire culpabiliser d’être une mère-du-soir et pas la mère de la famille Ricoré du matin. Parce qu’en plus, le matin je suis de mauvaise humeur : je n’ai pas mes cheveux blonds négligemment lâchés sur les épaules, ni un pyjama blanc immaculé, des lèvres roses sur un teint pâle. D’ailleurs je vous épargne la description de ce que je suis réellement. Alors la question est posée, chaque jour de plus belle : Mais pourquoi ? Pourquoi le matin ? Jean-Jacques Goldman l’avait bien compris… « ça ne sert à rien ».

samedi 24 novembre 2012

Un whisky et au lit


« Tu prends quoi toi ? »

Je lance un appel désespéré aux clubbeuses en ce samedi soir car je ne sais plus quoi boire au bar. Et c'est une nouvelle fois la crise. La crise dans tous les domaines.
La crise financière : mon portefeuille dit et redit non aux consos à plus de 10 euros.
La crise identitaire : est-ce que j'aime vraiment la Tequilla ?
La crise de croissance : il faut vraiment que j'arrête les alcools forts non ?

Certains soirs, au bar, on ne sait pas quoi prendre. Et quand on aime aller au bar comme moi, c'est problématique. Bon, au bistrot d'en bas de chez moi, ils le savent, selon l'heure, c'est un café ou un verre de Cahors. Mais en soirée, à quoi doit-t-on « tourner » pour ne pas grossir, ne pas être soûle, ne pas faillir à ces foutues conventions sociales ?

Dis moi ce que tu bois, je te dirai qui tu es.
En ce cas, les bars sont peuplés de nombreux garçons qui se ressemblent un peu tous. Des garçons tièdes, pales et insipides comme leur bière. Des filles gaies, trop souriantes pour être sincèrement heureuses, qui descendent des Mojitos où il y a plus de menthe qu'autre chose. Bonjour l'originalité.

Dis moi comment tu te sens, je te dirai quoi boire.
Même pas. Je veux une grenadine et je commande l'instant d'après un whisky. Est-ce que je refuse de grandir ? Est-ce que j'ai peur de vieillir ? Est-ce que je n'ai passé l'âge de traîner mes guêtres et mes soucis dans des pubs du 5éme ? Mon pote me rassure en me disant que je suis juste bipolaire;-)
Un Mojito, j'ai l'esprit festif, je suis à la mode, je veux juste faire comme tout le monde et m'amuser un peu.
Une Tequilla Sunrise, j'ai la nostalgie de mes premières amours.
Un Bloody Mary, je me la joue littéraire et je drague en racontant l'anecdote d'Hemingway.
Un cosmopolitain , je me rêve à New York toujours mieux que Paris.
Un martini blanc, je choisis la valeur sure.
Un Rhum, me voilà dans les Îles.
Et enfin un jour, un soir, un whisky, je me sens femme, je me sens libre, je me sens classe et...vieille.
Peut être que je suis simplement fatiguée.
Peut être que c'est le temps, à Paris, où ce soir les 7 plaies d’Égypte semblent s'être données rendez vous pour s'abattre sur la capitale et pour jouer avec nos nerfs et nos écharpes.
Peut être que c'est l'âge, l'âge des grandes contradictions : le moment où l'on passe du Mojito, du « cocktail fun », Tequilla Sunrise, Bloody Mary and co au Whisky sans glace à la grande surprise du serveur.
L'âge aussi où l'on rentre avant 1h du mat' parce qu'on veut faire quelque chose de valable de son dimanche, si tant est que l'on puisse faire quelque chose de valable, le dimanche.
Un temps tout, je vous dis, un temps pour tout.

dimanche 18 novembre 2012

Éloge du fragment ou...Poétique du texto.


Qui de nos jours n'est pas accro' -totalement pour ma part- ou partiellement, aux textos ou SMS, élégant acronyme recouvrant l'expression anglaise ( beurk ;-)) Short Message Service.

La vie serait bien triste sans ces petits messages qui ponctuent notre quotidien bien souvent cruel, difficile et grisouille-minute déploration;-) parce que c'est dimanche quand même et que, ça y est, Noël arrive avec ses décorations et son impératif d'optimisme niais que l'on se doit d'afficher pednat un mois.

Les textos rythment nos folles journées. Ils nous permettent de vivre plusieurs vies, d'échanger avec des gens différents. La magie de l'évasion. Tout est multiplié.
Je trouve que le texto a rapport à la poésie. C'est quelque chose de poétique, d'intime. Un jeu. Jeu de mots.
En rêvassant la dernière fois, je me suis fait la réflexion que l'écriture par texto pouvait se comparer à l'écriture du fragment. Bien sûr, nous savons bien que les messages que nous envoyons sont rédigés dans l'immédiateté, dans la hâte, la plupart du temps. On répond vite, du tac ou tac. Foutue efficacité oblige. Mais si l'on commence à jouer, si on exploite tout le potentiel du message, il devient écriture fragmentaire, poésie même. Il y a quelque temps de cela, j'avais eu l'occasion d'avoir un cours sur l'écriture du fragment, cours passionnant au cours duquel j'avais lu et découvert toute cette esthétique. Moi la grande bavarde : Dire tout en peu de chose. Un pari.

Jean Michel Maulpoix écrit : « La poésie s'achève aujourd'hui : elle disparaît et se parvient. La parole souffre, la page blanchit, on n'entrevoit pas de formes nouvelles. Jamais les horizons du poème ne furent si proches et si vides. Le temps du fragment est venu, ce qui ne signifie pas que la littérature agonise, mais qu'elle marque une pause et se raréfie momentanément, comme pour observer de plus prés ce silence qui est sa douleur. Le fragment pondère la parole, contrarie le chant, reconnaît ses faiblesses, évalue ses pouvoirs. Il entretient en poésie l'effort de la pensée.
Interrogeons son encre. Émondons l'arbre : qu'il cesse de cacher la forêt. »
J'en vois déjà s'exclamer : « Mais elle est devenue complètement folle ! Cette agreg' lui monte définitivement à la tête ! Les textos, de la poésie ! » Et bien non. Je m'interroge. Je le redis tous les SMS ne sont pas pure poésie. Nous sommes bien d'accord, mais leur pratique et l'écriture de certains d'entre eux peut, à mon sens, présenter quelque chose de poétique, complexe et difficile à définir – comme la poésie finalement?;-).

Donc, parfois, le texto, peut être une manière d'aller à l'essentiel, de toucher le point faible.
De « Parler peu, mais plus juste. Creuser le ciel en nous taisant bien droit. Bel hiéroglyphe. »

Le texto, souvent décrié, dans nos sociétés, est en fait un truc extraordinaire. En effet, il permet d'abord de garder tout le temps un lien certes tenu, avec les personnes aimées. Par la pensée. Bien sûr, c'est mille fois mieux de discuter avec ses amis, de les voir, de les sentir, d'entendre le son de leur voix. Mais le temps file, et l'on ne peut tout faire à même temps. Le texto, même simplissime, permet de dire : « Là, dans ce tourbillon, je pense à toi ».

Alors après se créé parfois une certaine dépendance. On attend la réponse. On guette son téléphone. Et je me demande finalement si ce problème de dépendance n'est pas un faux problème en réalité. Bien sûr qu'on est dépendant des autres, bien sûr qu'on attend un signe, un coup de fil, un sourire, une explication ou …un texto. La « dépendance » se doit donc d'être assumée.André Breton disait « Au-delà de ce qui arrive ou n'arrive pas, l'attente est magnifique. »Le texto est une étape dans le badinage amoureux. Une belle étape où on échange, on s'écrit. Pudeur du sms attendu, espéré et réfléchi.
Il faut donc aussi évoquer les cotés « moins funs » du texto, l'attente de la réponse et le décryptage.

Et là, je voudrais rendre un hommage vibrant aux copines. Mais qu'il est long le temps que l'on perd à analyser ce qu'Il a mis, ce qu'il a voulu dire et surtout ce qu'il va falloir répondre !

Une de mes amies, d'un certain âge, me disait qu'elle déplorait le fait que les jeunes fille ne se parlaient plus, pianotant sans cesse sur leur clavier. Je ne suis pas d'accord et je pense même que c'est tout le contraire. Elles passent leur journée à se parler, à échanger. Et puis arrêtons aussi de croire que parce qu'on fait dix mille choses en même temps on ne se concentre sur aucune. Nous sommes des femmes oui ou non ?!
Après il est vrai qu'il faut parfois déconnecter, mais ces moments là, nous savons très bien les percevoir et les vivre. Tout message ne remplacera jamais, un verre entre amis, un calin, un sourire ou une bonne dispute. Car un texto, c'est parfois aussi super facile et super lâche. Pour les gens entiers qui ne peuvent mentir au téléphone. On textote et hop ! L'énervement glisse, passe inaperçu...La crise est évitée.

Ainsi, vive les textos ! Vive les bêtises échangées toute la journées entre copines ! vive les mots doux ! Vive la poésie et les phrases pour ne rien dire !

Rimbaud disait : « Il faut être absolument moderne ». Il faut vivre avec son temps mais il faut avant tout vivre avec les gens et si cela passe beaucoup pour notre génération, par ces petits messages, continuons de pianoter sans cesse puisque « Le fragment a vocation à réconcilier le beau et le simple, l'émerveillement et la pensée. »
Bonheur du texto clin d’œil qui fait du bien certains matins. Bonheurs des « bonnes chances », des « Je pense à toi », des "je t'embrasse", des « je te trouve jolie », minuscules beautés qui font du bien.

dimanche 4 novembre 2012

Critique littéraire: 50 Nuances de Fariboles

On a annoncé récemment les finalistes du Goncourt. En parallèle il y avait la sortie du best-seller ultra erotico-soft ou "mummy porn" américain "50 Shades of Grey", en France. Je peux déjà imaginer les batailles de regards dans le métro avec les "j'assume totalement mon côté futile", ou les snobs anciens khâgneux, en passant par le sacré Kindle et autre liseuse qui permet surtout de cacher ses lectures coupables. Et s'il y a jamais eu une lecture coupable, c'est celle de "Cinquante nuances de Grey".
Déjà, le titre fonctionne pas en français, puisque le jeu de mot ô combien nouveau (cf Grey's Anatomy) d'un personnage qui s'appelle Grey et qui en plus a le tempérament un peu "gris". Bref, tout se perd.
Quitte à vraiment essayer, je comptais bien le faire en anglais. Les expressions idiomatiques de mémés britonnes peuplent les pages à coup de "Holy Cow" (vache sacrée) à la vue de choses aussi diverses et surprenantes qu'une chemise blanche, une érection, un Macbook et un donjon SM. L'histoire a l'originalité d'une chanson de Justin Bieber et la même qualité d'écriture; la narratrice, jeune amerloque censée vivre à Seattle mais avec des expressions de mémé britannique, cache assez mal son jeu et en ressort avec des incohérences digne d'une rédaction de 5ème.
Donc, il paraît qu'à la base ça sort d'une fanfiction de Twilight, et ça se voit; l'héroïne est une anti-héroïne fadasse, maigrichonne, qui ne peut pas faire deux pas sans tomber et provoquer les instincts protecteurs moyen-âgeux de mâles affamés. Au fur et à mesure qu'on avance dans les pages laborieuses du roman de cette grosse blague, le paradoxe de la fille un peu banale et nulle se précise; tous les hommes qui l'entourent sont bien évidemment amoureux d'elle, voire veulent la trousser 24h/24. Soit elle dégage des hormones de choc, soit il y a un problème de cohérence. Après, il y a le "héros". Lui, donc, forcément il a été traumatisé très jeune et maintenant est "50 shades of fucked up" (permettez moi de rire), il a des goûts spéciaux mais ce n'est pas trop grave, il est aussi grave pété de thunes et donc ça peut s'arranger.
Déjà, il faudrait m'expliquer sur quelle planète un "long index" c'est le summum du sensuel. Franchement moi ça me ferait plutôt vraiment peur, en mode Nosferatu. Le trip vampire de Twilight devient un trip plutôt SM, mais avec les mêmes ficelles câbles au niveau de la narration : donc on a une jeune fille séduite par un homme impressionnant, richissime, à la beauté peu convaincante de dandy vaguement sorti des Feux de l'amour. Les conversations échangées via emails par le couple en fleur me font d'ailleurs penser aux efforts répétés de ce genre de feuilleton de mamies pour se moderniser et attirer des populations plus djeuns: genre maintenant (ou plutôt il y a 5 ans aux US) y'a un bar dans les Feux de l'Amour où tout le monde va traîner et se descendre des cafés latte en écoutant de la musique rock. Bref, ça sonne creux et faux. Twilight, c'était rigolo et plutôt très mal écrit; 50 Shades, c'est honteux et écrit avec les pieds. La pseudonymée E.L. James n'arrive pas à trouver la demie mesure entre des mots crus qui sonnent aussi déplacés qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine, du genre "fuck" ou "érection" et j'en passe, et la modestie assez déplacée elle aussi d'une anti-héroïne qui semble ne pouvoir évoquer ses parties génitales que par le terme de "down there" (toujours en italiques). La meuf, cinq minutes avant elle a son quatrième orgasme deux heures après sa "première fois" (dont un juste par les tétons), et maintenant elle fait la chochotte. Mme Bovary nous a habitués à mieux.
Alors voilà, ceci n'est pas un coup de gueule contre la bonne vieille "chick lit", littérature de filles; ça peut être super bien fait et divertissant, sans aller jusqu'au Goncourt, mais ce n'est pas fait pour non plus. Par contre, 50 Shades, c'est la disgrâce d'un genre qui est épuisé jusqu'à la corde, qui ne sait se renouveler. Elle en dit trop mais pas assez, on déteste les personnages à la minute où ils sont présentés, tout est un désastre littéraire. 50 Shades, c'est un peu comme Madonna à 65 ans en décolleté et mini-jupe; on n'a pas demandé à en voir autant, on n'est pas non plus sûrs qu'il y ait un contexte propice à ce genre de tenue. M'enfin, ça fait son petit chemin, ça ravive la flamme chez les mamans amerloques, tout en restant paradoxalement propret dans la provoc. Mais qu'on ne me fasse pas croire que c'est un nouveau truc féministe où les femmes se libèrent assez pour lire ces conneries et où on devrait tous/toutes applaudir. Emma Bovary lisait déjà des romans minables et regardez où ça l'a menée.