vendredi 3 janvier 2014

Bittersweet Symphony

Le problème quand on a plusieurs endroits qui peuvent compter comme sa maison, c'est que chaque départ est un déchirement. On est chez soi dans plein d'endroits, dirons les optimistes; en vérité, pour nous les nostalgiques et autres angoissé(e)s de la vie, c'est plutôt le degré zéro de l'enthousiasme, à chaque fois.
Je suis très nostalgique comme personne : j'écoute Abba alors que c'est même pas ma jeunesse, je passe une bonne partie de mon temps libre à re-regarder des films et des séries déjà vues, je relis des livres que j'aime, et même, je me suis fait une (pseudo) carrière de relire des classiques pour gagner mon pain. La maison, c'est le confort, c'est la solitude avec la famille en plus. C'est regarder Bridget Jones et lire des Jane Austen dans sa chambre, mais aussi Downton Abbey avec maman, ou Sissi, ou un téléfilm quelconque. C'est manger des bons petits plats, et si l'on y réfléchit la plupart des gens choisiraient un plat qu'ils adorent ou adoraient quand ils étaient petits, plutôt qu'un nouveau truc, s'ils avaient le choix. Je tuerais en temps normal pour des endives à la béchamel, même, juste parce que ma mère en fait. Du chou rouge en vinaigrette. Une galette à la frangipane. Tout ça, ça fait du bien là où ça passe, ça soigne même si on va déjà bien. Il y a quelque chose de réparateur dans la maison, qui ne s'explique pas vraiment. En quoi serait-il réconfortant de repartir si proche de zéro, de revenir dans une chambre d'ado, si près des journaux intimes un peu pathétiques, des lettres d'amies oubliées ou d'amours passées. Des boucles d'oreilles dépareillées, des boîtes à ne plus savoir ce qui s'y trouve (des bougies pour les gâteaux d'anniversaire, des petits crayons gratuits de chez Ikea). Des cadeaux offerts par l'amoureux d'avant, qui maintenant répandent un souvenir comme anesthésié. Que peut-il y avoir de si beau à stagner?
Moi, je stagne, depuis deux semaines, d'ailleurs j'ai l'impression que la France aussi; on se plaint toujours du président, on est toujours en crise, on a fait une suite aux "Poupées Russes", un remake à "Angélique" et aussi à "Belle et Sébastien", on continue "Hélène et les garçons"... Je ne touche pas un livre sérieux, même si j'essaie. Il y a quelque chose dans ma maison qui me fait me sentir futile et authentique, gamine et pas évoluée, mais ce n'est pas non plus mauvais. C'est une pause, un couloir du temps. Peut-être est-ce aussi pour cela que je suis si choquée par les choses qui changent vraiment; le nouveau cinéma dans ma ville, le nouveau rond-point. Si quelque chose change dans ma maison, ça me perturbe aussi grandement. Où sont mes peluches? Pourquoi suis-je suis vexée que mon père ait jeté mes cassettes Disney?
Tant de choses inexplicables; certains vous diront que c'est agréable, certes, la maison, mais c'est aussi fait pour vous faire repartir, pour vous faire vous rendre compte à quel point vous devez repartir et vivre votre propre vie. Je ne suis pas convaincue. C'est peut-être le syndrome de Peter Pan, de Tanguy, ou du doctorant, mais ça ne fait que commencer. Quand on vit loin, chaque départ est un déchirement. Comme on a déjà des parents divorcés, on doit en plus diviser le peu de temps qu'on a à la maison entre deux maisons, multipliant la culpabilité du "pas assez". Soigneusement répartir les gens à voir, mais voir grandir terriblement et inévitablement la liste angoissante des gens qu'on n'a pas le temps de même contacter. Et puis, c'est déjà la fin, on a le billet de train. C'est le dernier dîner de famille, le dernier après-midi ensemble, et on l'a même pas vu venir.
Que faire alors, quand maman vous dit qu'elle est triste que vous repartiez? "Déjà". Tout est dans ce mot. Sourire, pleurer, philosopher sur la vie? Ou regarder Hercule Poirot en ne suivant pas vraiment, juste pour être là, près de la cheminée, avec le chat et le linge qui sèche, à finir la galette en buvant la tisane "Nuit Calme".
Il y a des jours comme ça où tout est bittersweet, où l'on veut pleurer car la douceur est cruelle, et que toutes les belles choses ont une fin, même les petites. Il faut pourtant se dire "au revoir"; non, je ne suis pas toujours sur le départ; je suis toujours de retour quelque part. La part de moi d'ici.

dimanche 1 décembre 2013

Mariez-vous qu'ils disaient : princesse ou communiante ?

Feuilleter des magazines, fureter sur internet, loucher sur tous les blogs divers et variés à la recherche de LA robe, voilà ce qui préoccupe la mariée ou en tous les cas m'a bien plus préoccupée que le choix des bougeoirs ou des plans de table.

Le choix de la tenue, dans un mariage, est un moment crucial, celui où vous pensez à votre (divine) apparition à la mairie, sur la piste de danse ou sur le buffet de vos proches dans un joli cadre pendant...le reste de votre vie !
Je n'ai jamais rêvé d'être une princesse et depuis que j'ai vu les photos de moi à mon baptême j'ai compris que volants, noeuds et frous-frous en tous genre n'étaient pas pour moi. Sauf que ces critères sont plus restrictifs pour un baptême que pour un mariage. Et les questions se sont multipliées : dentelle ? Taille empire ? Bustier ? Strass ? Crème ou blanc ? Il y en a pour tous les goûts (voire même pour le manque de goût) surtout si vous ajoutez le choix hallucinant d'accessoires.

Alors si vous ajoutez à ces questions existentielles le fait qu'une mariée est censée pleurer lorsqu'elle a "trouvé" sa robe (ou que sa robe l'a trouvée pour les plus superstitieux), imaginez la pression le jour J des essayages.

Tout le monde est là. Après une heure d'attente et plusieurs Marlboro, une dame s'occupe de vous comme si vous étiez la seule personne importante sur Terre...Enfilage de jupon, de la première robe et c'est parti ! Entre celles qui vous donnent l'air d'une baronne d'Empire ou d'une Mormonne devant l'autel, vous craignez que le choix soit difficile. Sans parler du voile qui vous donne l'air d'une communiante du début du XXe siècle.

En face de vous, le gynécée s'égaye : votre mère et votre tante vous regardent amoureusement, votre belle-mère fait des blagues, votre témoin furète à la recherche de LA robe et DU détail qui tuent, votre cousine appareil en main est prête à vous canarder et votre copine fashion examine les modèles à la loupe. Bref, tout le monde est au taquet. Un essayage de plus et le déclic est là : c'est la bonne. Celle qui "est faite pour vous" paraît-il, ou encore "la robe qui vous met en valeur mais que vous mettez également en valeur". "La simplicité de la coupe et la qualité du tissu". L'oeil des expertes est aiguisé : c'est de la qualité tu peux y aller. Mon témoin y va franchement "non mais là tu es canon".

J'ai trouvé ma robe et je n'ai pas pleuré. Pourquoi pleurer quand on est si bien ? Avec des gens qui vous aiment au point de vous aider à choisir votre robe de mariée et de risquer des représailles millénaires en cas de mauvais choix ;) . Quand vous faites un petit arrêt sur image : ces 8 personnes qui vous entourent, qui sont aux petits soins, qui sont là depuis longtemps et continueront à l'être, qui vous trouvent belle et vous le disent, leurs yeux brillants de joie, le sourire aux lèvres : c'est ça le vrai bonheur.

On devrait essayer des robes de mariée plus souvent pour ces petits arrêts sur image, ces retrouvailles festives et pour se rappeler qu'aux yeux des gens qu'on aime et qui nous le rendent bien, on est toujours une princesse...

jeudi 28 novembre 2013

Si on est pas free, est-ce qu'on a bien compris ?

Je ne suis pas très encline à la rêverie. Je suis pragmatique. La terre, je l'habite, je la foule. Les mondes fantastiques, féériques, ça m'emmerde, ça m'angoisse même. Du coup j'ai longtemps pensé que je n'étais pas fun. Vraiment pas fun. Mais un jour on m'a fait remarquer que par mes études, par mon métier, par ma passion, l'Histoire, bah finalement je pouvais m'évader ailleurs assez souvent et que c'était une sorte de rêverie. Bon. Réfléchir sur le temps, le manier, c'est finalement un peu jouer avec lui. Un coup en Orient latin au XIéme siècle, un coup en Castille au XVéme siècle , un coup à Verdun en 1917, un coup à Bandung en 1955, mon esprit mine de rien se balade et s'évade au gré des époques historiques que je rencontre dans mes livres ou que j'enseigne. Bon. Pourquoi pas ? Le fait est que moi, je ne rêvais pas en plein jour.

Mais de plus en plus, depuis quelque temps, je m'aperçois que je m'échappe. Mon esprit m'échappe et s'échappe. Il se fait la malle. Je déconnecte. Je n'écoute plus mon interlocuteur au téléphone ou même de visu et je suis ailleurs. Dans mes pensées...Loin, très loin, bien loin, je ne sais pas trop où. Et c'est nouveau et un peu déroutant pour moi, gênant même. Je crois que mon esprit dit juste stop. Stop à toute forme de communication. Mon esprit s'isole, se protège aussi peut être.
Avant quand j'étais étudiante tant en recherche qu'en année concours j'avais du temps pour penser, pour être-seule-avec-moi-même. Mon esprit était free et d'ailleurs dans mon petit appartement j'était chez Free. Je m'en plaignais parfois mais au fond j'étais à peu prés équilibrée ( juste à peu prés;-)) et libre de penser à ce que je voulais quand je le voulais. Je ne m'apercevais pas que pour moi ces moments étaient nécessaires et essentiels à mon équilibre.
Aujourd'hui les trois quart du temps mon esprit n'est plus free, je ne suis plus free, je ne suis d'ailleurs plus chez Free mais chez Numéricale ;-). Et j'explique mes nouvelles absences par ce manque de temps, cette absence de moments free.
Après une journée de 9 heures de cours ou au beau milieu d'une vie trépidante où les gens se croisent, s'entrecroisent, me parlent, se parlent, me racontent, se racontent, mon esprit se perd, au milieu des autres. Je me perds et finalement trop de communication bah...tue la communication. C'est comme ça. Et pour moi qui adore communiquer, c'est terrible. Je déplore cela. Je déplore le fait de ne pouvoir tout faire. Communiquer et/ou m'isoler ?
Membre de la génération Y, je veux tout tout de suite et pour toujours. Notre société nous vend d'ailleurs de l'illimité : pour internet, pour le téléphone, pour la communication en tout genre. Oui mais ce n'est pas possible. On ne peut pas tout faire. On ne peut pas tout avoir en illimité tout le temps. L'illimité ça ne marche pas pour tout. L'amour n'est pas illimité par exemple, et surtout le temps n'est pas illimité. Et j'avoue que j'ai tendance à l'oublier ma finitude. "Plus outre" dirait Biega ou Charles Quint, je ne sais plus ;-). Tout n'est pourtant pas free et surtout nous de moins en moins...Et c'est cruel.

Cet illimité que l'on nous vend partout nous donne une impression trompeuse et fait de nous des êtres insatisfaits et stressés de ne pas tout avoir, mais des êtres aussi bien embêtés de devoir-avoir-le-choix et de devoir renoncer finalement à l'idéologie free.

Alors voilà, je rêve à un nouveau forfait illimité, à un nouveau forfait free. Je sais que c'est impossible mais devant mon ordinateur je rêve à des journées illimitées pour :

-Dormir ou mieux ne pas dormir, rêvasser au lit.
-Se mettre du vernis aux ongles des mains ET des pieds.
-Déjeuner en plus de 10 min et boire son café ( c'est à dire ne pas l'oublier dans la salle de bain ou le balancer parce qu'il est trop chaud et que l'on doit déjà partir...)
-Appeler sa grand mère, l'écouter et lui raconter.
-Cuisiner pour les gens qu'on aime : ce qui suppose réfléchir à une recette, aller faire les courses et se mettre aux fourneaux.
-Faire les magasins, juste du lèche vitrine mais aussi acheter des trucs. Des trucs pour se faire plaisir et faire plaisir : s'acheter une crème de nuit, du bain moussant ou un jean.
-Aller au cinéma et critiquer les bandes annonces.
-Aller au sport ( quoique...)
-Lire. Putain juste le temps de lire : la presse et un roman et des livres d'Histoire. Juste le temps de lire, de s'évader sans discontinuité juste une heure, allez même 30 min.
-Faire des pauses cafés de plus de 10 min…Illimitées.
-Faire une sieste sur la moquette rouge de la BNF.
-Flâner tiens dans la BNF pour s'imprégner des grands espaces.
-Préparer un bon cours.

-Et aujourd'hui prendre le temps de repenser aux bons moments passés avec une amie, à nos discussions sur les hommes, sur la vie, sur le temps qui nous rattrape autour de verres de Corbières et la pleurer, cette amie.

Une journée illimité où on pourrait faire tout ça, être toutes les personnes que l'on est : l'intellectuelle, la coquette, la sportive ( LOL), l'amie, l'amoureuse, la dormeuse, la rêveuse, la bosseuse, la salariée, l'heureuse, la malheureuse.

Une journée illimitée qui ne finirait pas par la liste des choses que l'on reporte à demain ou que l'on s'efforce de caser ailleurs parce que demain...bah ca sera pareil;-)

Tout se monnaye mais je m'aperçois que le plus grand luxe, c'est d'avoir le temps.
Et les jours on ne l'a pas ce luxe, bah faisons les canailles et volons-le le temps car de toute façon il nous rattrape, un jour ou l'autre.
Grandir dans une société où tout semble soit disant possible, ça veut dire finalement choisir et je crois qu'il faut choisir de se ménager du temps free, voilà ce que j'ai compris.

Être free, se rendre parfois free, c'est avoir compris.

lundi 11 novembre 2013

L'âge de raison...

25 ans. 25 ans ? 25 ans !!!

Petite, je me disais que l'âge idéal était 25 ans : ni trop jeune, ni trop vieux, à 25 ans on a déjà vécu plein de trucs cool et on a la vie devant soi. Je le voyais un peu en mode Hélène et les Garçons : la fac, les potes, les histoires d'amour qui n'en finissent plus de nous enthousiasmer ou de nous faire souffrir.

A 20 ans, je n'y pensais pas : finalement 25 ans c'était loin et puis il s'agissait déjà de vivre le moment présent, d'en profiter. En plus avec toutes les incertitudes de la vie, il me semblait que personne ne pourrait vraiment prévoir ce que serait ma vie 5 ans plus tard.

Le cap est passé : ça y est j'ai 25 ans ! Un boulot en poche, un mariage en vue et un chat qui perd ses poils plus tard je continue à m'interroger : ça veut dire quoi avoir 25 ans ? On sort, mais est-ce bien vrai qu'on tient moins l'alcool ? On bosse en commençant à regretter la vie étudiante, mais en se disant que "c'est bien quand même d'avoir un job". On est posé tout en ayant envie d'aller à l'autre bout du monde. On se sent adulte en faisant son repassage, mais on continue à ignorer les courriers de la banque, de la CAF et de la sécu. On oublie ses rendez-vous médicaux même si, au moins, maintenant, on les prend.



J'ai l'impression qu'avoir 25 ans c'est franchir une étape à la fois difficile et très excitante : celle du passage à l'âge adulte. Celle où on ne fait plus ce qu'on veut quand on veut tout en ayant l'espoir de pouvoir encore le faire. Celle où on gère (ou tout du moins on essaie, avec de gros loupés parfois très drôles). Celle où on a des "responsabilités", parfois franchement angoissantes. Celle où on commence à mettre de l'antiride et à surveiller sa ligne parce que ATTENTION, après 25 ans "votre corps change et élimine moins". Celle où aller au boulot sans se maquiller vous fait prendre le risque de ne pas être reconnue de vos collègues ou de les voir s'inquiéter sur votre état de santé : à 25 ans, nude rime avec maquillage nude.

Mais qui dit étape dit transition : hors de question de ranger mon bureau (que ce soit au boulot ou chez moi), je continuerai à ignorer mon conseiller bancaire quand il m'appelle et  à appeler ma mère quand j'ai de la fièvre pour avoir un diagnostic à distance. Je n'arrêterai pas de fumer ni de me lever à 13h le dimanche. Encore moins de manger des McDo pour un oui ou pour un non.

Et regardons autour de nous : n'y a-t-il pas mille façons d'avoir 25 ans ? Dans un studio ou dans une maison avec jardin, avec un chat ou un poisson, au boulot ou à la fac. Finalement, on s'en fout d'avoir 25 ans, tant qu'on les a sereinement :)

jeudi 24 octobre 2013

Des romans d'Amour.


« Bonjour, je voudrais un roman d'Amour s'il vous plait.
- C'est à dire ?
- Une belle histoire. Enfin...Vous voyez quoi.
- Une histoire qui finit bien ?
- Oui, si possible.
- Ah. (sourire gêné)
- Oui. Non mais en fait c'est pas possible sinon c'est pas un vrai roman d'Amour. »

Voilà la teneur de l'une des dernières discussions que j'ai eu avec le libraire.
Les histoires d'Amour finissent mal...En général. Et pourtant on continue à en lire, à en écrire et à en vivre.

Rien de tel qu'un bon roman d'Amour pour traverser l'automne. 
Un bon-vrai-gros roman d'Amour, un roman d'Amour comme on en fait plus, un roman sur un Amour qui dure, une histoire sans fin, avec des cas de conscience inextricables. Une histoire qui ne finit jamais vraiment pour nous convaincre que non rien n'est vraiment fini.
Un roman d'Amour ou alors...une histoire qui finit mal tiens. Comme dans la vraie vie.
En début d'année, j'avais opté pour Guerre et Paix mais pour l'instant, il faut bien l'avouer, ca me sert de table de chevet. J'ai eu envie d'un roman d'Amour. 

Denis de Rougemont a écrit que beaucoup de gens ne seraient jamais tombés amoureux s'ils n'avaient pas lu de roman d'Amour. Les pauvres. La vie serait certes plus facile sans romans d'Amour et sans Amour mais moins belle, moins vive, moins dense...Mais le roman d'Amour nous apprend peut être l'Amour mais peut aussi le tuer au sens où l'on aime avec des désirs, des attentes, des trucs qu'on a vu , qu'on a lu, qu'on a attendu et qu'on s'y perd. L'Amour peut mourir des attentes non assouvies, des ambitions trop hautes, des desseins trop compliqués, des exigences fausses et irréalisables. Mais d'un autre côté, ce que nous apprend aussi la littérature c'est l'Absolu, les grands sentiments. Doit-t-on y renoncer pour se contenter du médiocre, du contingent, de l'a-peu-prés ? Si on a écrit toutes ces belles histoires c'est qu'elles ont bien du exister non ? Dans la vraie vie, on souffre - plus ou moins souvent- selon les histoires et les personnes, mais globalement on passe toujours -plus ou moins souvent- par des phases pas très rigolotes. Des phases d'où l'on sort forcément mais qui laissent un goût amer. Et c'est à ce moment là, après la douleur, ou même pendant, qu'il faut lire un roman d'Amour. Déjà pour comprendre, comme pour les tableaux, l'universalité de la chose et son esthétisme, mais aussi pour se conforter dans son désir d'exigence et d'Absolu – puisque ce n'est plus que ce qu'il nous reste- et enfin pour s'évader un moment. Un film, un tableau ce n'est pas assez long. Ca ne mobilise pas assez longtemps l'esprit. Un roman, ça infuse, ça murit, ça occasionne des réflexions. 
On peut aussi avoir envie de retrouver ses fols et mièvres espoirs de midinette, de lire par distraction, de laisser pour un temps les choses sérieuses, les livres d'Histoire, de Géo, les romans policiers, les romans de mœurs et juste se laisser aller. 

Me voilà donc partie à la recherche DU roman d'Amour de mon automne.

Des romans d'Amour je dois avouer que j'en ai pas mal lu. De Belle du seigneur à Bridget Jones en passant par l'Amour dure trois ans de Beigbeder.





Vers quoi me diriger ? Du contemporain ? Du classique ?
Les deux comme souvent.
Pour le classique, j'ai trouvé Aurélien d'Aragon. Sublimissime tout comme ses poèmes.
Pour le contemporain, j'ai l'impression de naviguer quelque part entre les histoires gnangnan et les histoires décousues. J'ai l'impression que c'est difficile de trouver une histoire n-o-r-m-a-l-e-m-e-n-t bien écrite.
Donc, Les gens heureux lisent et boivent du café conseillé dans ELLE et lu en 3 h. Bof. Je lis et je bois du café même quand je suis malheureuse. 
Hélène Grémillon ? Pas mal. Oui, surprenant même. 
La liste de mes envies. Moui. Bon, on tourne un peu en rond et on attend surtout que les cadors de la rentrée littéraire sortent leurs livres en poche. Et c'est quand même une torture ça quand on y pense. Ne pas pouvoir acheter les livres de la rentrée littéraire parce que c'est la rentrée justement. Tous ces livres hors de prix qui nous narguent sur les étalages. Ne pas arriver à choisir entre le Gallimard, le Flammarion, le POL et devoir attendre que ça sorte en poche. Le problème c'est qu'après l'envie m'a passé. Société de consommation quand tu nous tiens. Pulsion, désir de lecture qui doit être assouvi tout de suite.

A l'heure où j'écris ce petit post, je me délecte de l'autobiographie d'une certaine - car je ne la connaissais pas avant - Violette Leduc, La bâtarde qui  a tout me plaire : une préface de Simone de Beauvoir, des phrases courtes et denses et profondes, une histoire à la fois simple et complexe. Une vie quoi. Ou mieux un destin. 
Affaire - et film - à suivre...
Finalement...
Encore et toujours de l'Amour.


dimanche 13 octobre 2013

L'art, ça élève.


Je suis retournée voir une exposition au Grand Palais après deux années d'absence. 
Un samedi après midi en plus "aux heures d'affluence" comme on dit, comprenant enfin pourquoi ce n'est pas pour rien que les gens vont au musée le week end. Bah oui,  c'est parce que la semaine, il y a un truc qui prend pas mal de temps et d'énergie qui s'appelle le travail qui nous empêche d'y aller.
Un samedi après midi donc entre copines, mieux entre amies. 
Un samedi après midi où j'ai fait 30 min de queue dans le froid. 
Mais un samedi après midi un peu moins gris. Un samedi après midi  où je me suis retrouvée dans ma vie d'avant, ma vie de provinciale arrivant à Paris, ma vie de semi mondaine. 
Un samedi après midi où j'ai eu l'impression de faire un truc de ma journée.

L'expo' en question était super. J'ai aimé non seulement le peintre, sa vie, sa vision du monde mais j'ai aimé aussi réfléchir, m'évader, rêver.

Le tableau phare de l'exposition est une toile de 1909 intitulée La loge de théâtre, le monsieur et la dame. Outre le fait qu'on la présente comme le présage de l'art du XXéme siècle avec ces aplats de couleurs, ces visages flous etc cette toile représente un couple.



Un homme, au second plan, inerte au regard noir, seul et une femme qui semble bien lasse, malheureuse et délaissée et qui cherche en s'appuyant de sa main peut être un moyen de fuir. Ces deux personnages sont étrangers l'un à l'autre ; chacun dans son mutisme, dans son univers, dans ses tracasseries. C'est vrai que nous avions parlé la majeure partie de l'aprés midi du couple, de l'amour de nos difficultés, de nos interrogations. 
Et me voilà arrivée là devant ce tableau qui semble retranscrire mes sentiments. Et surtout me voilà rassurée. Rassurée de voir que mes interrogations pouvaient être celles de tout le monde et que de ces interrogations pouvait jaillir de belles choses.
Au magasin de l'exposition, j'ai lu qu'un critique mettait en relation le tableau avec le poéme d'Aragon : Il n'y a pas d'amour heureux.  Tout ça m'a permis de relativiser, d'accepter et de sublimer mes doutes.
Si l'incompatibilité entre deux personnes est a-temporelle, si pour moi à un instant t elle me semble insurmontable et franchement déprimante, ce tableau me permet aussi de voir aussi que c'est le lot de beaucoup de gens et que c'est peut être le propre de l'amour. Wahou.  Comme vous le voyez je ne vais pas au musée pour rien ;-). L'art m'a hier après midi permis de rendre mon « réel » plus acceptable car plus universel pour un moment.
L'art, ça nous élève. Avec l'art on grandit et on réfléchit car s'intéresser à l'art nous apprend à nous intéresser à la vie, aux autres, à la différence. L'art ça élève aussi...les élèves. Lorsque un jeune homme de 16 ans veut faire un TPE sur le street art, sur un certain Banksy que je ne connais pas, lorsque je lui demande pourquoi il créé, comment il créé, où il créé, bah je trouve ça beau et je crois que grâce à l'art qu'il n'y a plus de professeur ou d'élève, il y a deux personnes qui échangent et essaient de se comprendre.
L'art, ça élève l'existence certains jours. On est rarement indifférent à la beauté, à la vision du monde d'un artiste. C'est un moyen de communiquer en profondeur sans agression.
L'art nous rappelle qu'on est tous dans le même bateau et qu'on se la fantasme trop parfois la réalité et qu'on tombe tous de haut. Du haut vers le bas. Et même parfois en  bas, bah on creuse encore puis on finit par remonter.

L'art nous réconcilie donc avec la vie. Pour Proust, l'art ça apprend même à vivre, ça permet de mieux considérer les choses qui nous entoure. La beauté d'une pomme ou d'un fruit Proust la découvre en regardant les natures mortes de Chardin à 24 ans lors d'une visite du Louvre. Et l'hommage qu'il rend au genre de la nature morte témoigne bien de tout cela.


« Dans ces chambres où vous ne voyez rien que l’image de la banalité des autres et ce reflet de votre ennui, Chardin enfin comme la lumière, donnant à chaque chose sa couleur, évoquant de la nuit éternelle où ils étaient ensevelis tous les êtres de la nature morte ou animée, avec la signification de sa forme si brillante pour le regard, si obscure pour l’esprit. Comme la Princesse réveillée, chacun est rendu à la vie, reprend ses couleurs, se met à causer avec vous, à vivre, à durer. Sur ce buffet où, depuis les plis rapides de la nappe à demi relevée jusqu’au couteau posé de côté, dépassant de toute la lame, tout garde le souvenir de la hâte des domestiques, tout porte le témoignage de la gourmandise des invités. Le compotier aussi glorieux encore et dépouillé déjà qu’un verger d’automne se couronne au sommet de pêches joufflues et roses comme des chérubins, inaccessibles et souriantes comme des immortels. Un chien qui lève la tête ne peut arriver jusqu’à elles et les rend plus désirables d’être vainement désirées. Son œil les goûte et surprend sur le duveté de leur peau qu’elle humecte, la suavité de leur saveur. Transparents comme le jour et désirables comme des sources, des verres où quelques gorgées de vin doux se prélassent comme au fond d’un gosier, sont à côté de verres déjà presque vides, comme à côté des emblèmes de la soif ardente, les emblèmes de la soif apaisée. Incliné comme une corolle flétrie un verre est à demi renversé ; le bonheur de son attitude découvre le fuseau de son pied, la finesse de ses attaches, la transparence de son vitrage, la noblesse de son évasement. À demi fêlé, indépendant désormais des besoins des hommes qu’il ne servira plus, il trouve dans sa grâce inutile la noblesse d’une buire de Venise.
Légères comme des coupes nacrées et fraîches comme l’eau de la mer qu’elles nous tendent, des huîtres traînent sur la nappe, comme, sur l’autel de la gourmandise, ses symboles fragiles et charmants.
Dans un seau de l’eau fraîche traîne à terre, toute poussée encore par le pied rapide qui l’a vivement dérangée. Un couteau qu’on y a vivement caché et qui marque la précipitation de la jouissance, soulève les disques d’or des citrons qui semblent posés là par le geste de la gourmandise, complétant l’appareil de la volupté. Maintenant venez jusqu’à la cuisine dont l’entrée est sévèrement gardée par la tribu des vases de toute grandeur, serviteurs capables et fidèles, race laborieuse et belle. Sur la table les couteaux actifs qui vont droit au but, reposent dans une oisiveté menaçante et inoffensive. Mais au-dessus de vous un monstre étrange, frais encore comme la mer où il ondoya, une raie est suspendue, dont la vue mêle au désir de la gourmandise le charme curieux du calme ou des tempêtes de la mer dont elle fut le formidable témoin, faisant passer comme un souvenir du Jardin des plantes à travers un goût de restaurant. Elle est ouverte et vous pouvez admirer la beauté de son architecture délicate et vaste, teintée de sang rouge, de nerfs bleus et de muscles blancs, comme la nef d’une cathédrale polychrome. À côté, dans l’abandon de leur mort des poissons sont tordus en une courbe raide et désespérée, à plat ventre, les yeux sortis. Puis un chat, superposant à cet aquarium la vie obscure de ses formes plus savantes et plus conscientes, l’éclat de ses yeux posé sur la raie, fait manœuvrer avec une hâte lente le velours de ses pattes sur les huitres soulevées et décèle à la fois la prudence de son caractère, la convoitise de son palais et la témérité de son entreprise. L’œil qui aime à jouer avec les autres sens et à reconstituer à l’aide de quelques couleurs, plus que tout un passé, tout un avenir, sent déjà la fraîcheur des huîtres qui vont mouiller les pattes du chat et on entend déjà, au moment où l’entassement précaire de ces nacres fragiles fléchira sous le poids du chat, le petit cri de leur fêlure et le tonnerre de leur chute. »

mardi 8 octobre 2013

Des filles qui chantent by WOMA.


L'autre jour, je ne sais pas pourquoi j'ai eu envie d'écouter Barbara. Sans doute à cause de ce livre, ramené à la maison. Je ne l'ai jamais ouvert mais son titre m'accroche à chaque fois que je passe devant la bibliothèque. Peut être un peu plus que les autres. Et ce peut-être parce qu'il dépasse un peu plus que les autres de sur l'étagère avec sa couverture rose vif et ses grosses lettres blanches.
J'écoute donc Barbara et je me dis que c'est une des premières images que j'ai eu d'une femme qui chante. Pourtant mes parents n'écoutaient pas trop Barbara. Non. Niveau chanson française ils préféraient Brel ou Ferré, Bashung ou Manset et un peu moins Barbara. Que des mecs quoi. Pas Piaf, non, surtout pas Piaf. Trop vieux, trop surfait, trop sentimental. Mais parfois au milieu de tous ces chanteurs, les rockeurs de mon père, j'écoutais Barbara. Et les sopranos des opéras de Mozart. Et Tina Turner.
Elles sont toutes si différentes et pourtant elles chantent. Dans ma tête d'enfant, elles étaient chacune dans une petite case, associées à une idée. Barbara, c'était Brel en fille. La reine de la nuit elle, me faisait peur, comme Janis Joplin avec sa drôle de voix. Patti je l'aimais bien aussi. Peut-être parce que c'était en quelque sorte la préférée de mon père. Pour moi, l'éducation sentimentale de la musique n'a pas vraiment été le fait des femmes comme on pourrait le croire pourtant, avec toutes les mélodies sucrées des Yéyés, France, Françoise etc...

Les filles qui chantent ne sont jamais les mêmes. Malgré tous les efforts des maisons de disques ou de je-ne-sais-qui, il n'est pas possible de leur coller une étiquette précise. Quand t'écoutes Brel, Barbara ou Bashung, ce qu'ils mettent dans leur voix, les émotions qu'ils font passer, ça n'a rien à voir avec ce qu'ils sont mais avec leur talent. Avec leur envie. Ces femmes sont toutes si différentes que maintenant, je n'ai plus envie de les mettre dans des cases. Parce que j'ai appris très tôt à ne pas les réduire à ce qu'elles étaient. Et puis de toute façon j'ai toujours pensé que la plus grosse nana du monde de la chanson c'était Sinatra...
Alors ok, y'a un rapport de séduction dans le monde de la musique qui fait que les innombrables chansons d'amour sont un peu stéréotypées. Aux femmes le désespoir d'un amour perdu, aux hommes la sérénade de séduction...
Mais ce qui est beau avec une chanson, c'est que chacun peut en faire ce qu'il veut : Nina Simone a réussi à faire une reprise absolument splendide de « Comme d'habitude » de notre Cloclo national. Pour moi, cette chanson c'est vraiment la preuve que peu importe le genre de la musique ou de la personne, avec de l'envie on peut vraiment faire quelque chose de beau. Si la chanson ne plaît pas sous une forme, elle plaira sous une autre. Et on peut donc en conclure qu'une mauvaise chanson n'existe pas.

by WOMA