vendredi 26 juillet 2013

De l'in-culture musicale ? by WOMA


C'est en lisant la critique du « déjà-presque-culte » album des Daft Punk, Random Access Memory sur l'excellent site Pitchfork.com que je me suis rendue compte d'une truc essentiel : la critique musicale nécessite une culture générale immense.

Prenons donc Daft Punk. On peut difficilement faire mieux dans le genre groupe français internationalement connu. On pourrait donc en conclure hâtivement qu'il n'y a pas grand chose à tirer de chansons que l'on écoute toute la journée à la radio, d'un groupe que l'on connaît depuis longtemps maintenant- pensée émue pour One More Time tout de même. On a l'impression que ce qu'ils devaient nous apprendre, ils nous l'ont déjà appris.

Daft Punk donc c'est la culture pop par excellence. Tout le monde connaît, tout le monde aime d'une discothèque cliquante de Cannes aux salons privés du Baron. Y'a pas à discuter. Et pourtant si on essaie de réfléchir un peu entre deux verres de rosé et deux siestes, on peut se torturer l'esprit et pondre de grandes théories comme on les aime.
Il suffit déjà d'écouter la piste n°3, « Giorgio by Moroder » où le manager des Daft Punk raconte d'une voix posée son extraordinaire vie. 9,04 minutes plus tard - et oui, les mecs sont généreux, de nos jours coller une chanson aussi longue sur un album aussi en vue, faut le faire- on se sent un peu moins connes.
Puis, parce qu'on veut toujours comprendre – ou chercher des poils aux œufs ?;-)- on lit la critique de Pitchfork.com (l'album est noté 8.8, bien joué) et l'on apprend que des musiciens pointus et doués comme les Phoenix, Pharell Williams et les Strokes mais aussi Steely Dan et les Pink Floyd ont collaboré à l'album. Bon, ça c'est pour la musique. Rien que de très classique niveau culture musicale et très attendu me direz-vous, pas de quoi fouetter un hipster.

Mais parler de musique c'est pas si facile, mettre des mots sur des sons, faire ressentir aux lecteurs, aux auditeurs les émotions que l'on a soi même ressenties c'est dur. Un intéressant échange entre Dider Varrod et André Manoukian il n'y a pas si longtemps sur France Inter nous le rappelait. Sacré Dédé qui nous fait continuer nos rêves tous ces jolis matins de juillet par ses programmations et ses lectures philosophiques...

Alors pour nous aider comprendre, le critique de Pitchfork.com évoque Phantom of the Paradise, chef d'oeuvre de 1974 réalisé par Brian de Palma. C'est horrifique, c'est musical, c'est HYPER daté et kitsch mais ça vaut carrément le coup. Ce film obsède nos deux mecs de Versailles. L'article ne nous dit pas pourquoi mais finalement si on a vu le film on peut en avoir une vague idée. Mais en réalité, même sans avoir vu le film on saisit une atmosphère, on réfléchit, le mystère c'est souvent pas si mal. Un peu comme quand on contemple un danseur, que l'on est émue mais que l'on ignore pourquoi. Et finalement qu'on ne veut pas savoir, surtout pas savoir, pourquoi.

Là est le délice de la critique musicale. On fait appel aux ressentis, aux émotions, les références ne sont qu'une porte d'entrée. Il faut savoir choisir ses critiques, ceux qui balancent des références inutiles on les reconnaît très vite de toute façon. C'est en cela que pour peu que l'on s'intéresse à la genèse d'un album, à l'implication d'un artiste, on apprend un tas de choses sans avoir l'impression d'être largué ou d'avoir une culture toute pourrie. Du moment qu'on commence à comprendre ce que veut dire le critique, une complicité s'installe, et même la vaniteuse mais très humaine fierté du « Ah mais ça je l'avais remarqué ». On a l'impression de s'y connaître, ce qui, si vous m'avez bien suivie ne veut pas dire grand chose, mais qui fait toujours plaisir.
Du monde merveilleux de la critique musicale on revient donc plus riche d'une petite anecdote qu'un pote de bon conseil a partagé avec nous. On s'est pas senties connes et on en est bien contentes. On se dit aussi qu'on ne gagne jamais rien à juger un groupe « mainstream ». On a appris que « même » les Daft Punk avaient une culture et aiment peut-être les mêmes choses que nous. Ouais, on est vraiment contentes du coup. Et c'est surtout parce qu'on a appris quelque chose là où l'on ne s'y attendait pas, mine de rien, sans s'en rendre compte.
De toute façon du moment qu'on s'intéresse à quelque chose, qu'on se donne la peine de comprendre, du moment qu'on laisse vagabonder notre curiosité, du moment qu'on lit, on apprend toujours quelque chose, on s'en fiche que ça serve ou pas. La beauté du geste comme on dit et surtout du désintéressement intellectuel.
Et pour bien s'en rappeler, on réécoute « Get Lucky » pour la 365 478 ème fois de l'été.



mardi 9 juillet 2013

Pédales si tu t’aimes : on a testé l’aquabiking !



Dans la série aidez-moi à ressembler à Beyoncé pour H&M cet été, j’ai testé…l’aquabiking ! Vous savez ce truc où on pédale dans l’eau. LE sport révolutionnaire du moment censé faire fondre vos graisses aussi rapidement que le soleil malmène la tablette de chocolat oubliée sur la table.



Après avoir loupé un certain nombre de ventes privées aux prix imbattables (des mauvaises langues parleraient d’acte manqué), je me suis lancée. Finie la clope, je réinvestis mes économies dans un sport hors de prix en me disant que cette fois c’est la bonne. Je vais enfin aimer le sport. 

Ma vie est censée changer dans une cabine dorée (non non ce n’est pas une métaphore, la cabine était vraiment dorée) du Marais, devant un écran plat, mes gambettes s’activant frénétiquement sur des pédales. Si on omet le fait que j’ai mis la crème anti-irritations pour les cuisses sur les pieds (oui, c’est bizarre, je sais, mais on ne peut pas toujours briller par son bon sens…) et que la télé était coincée sur Virgin 17, c’était vraiment top. Sensation d’avoir fait du sport, dans un quartier sympa, et surtout, ça se voit déjà, ce truc marche ! 

L’Homme a beau essayé de saper mon enthousiasme en ergotant sur le caractère « sportif » de l’aquabiking et en le renommant « aquaponey ». PPffff, je m’en fiche, je vais être une bombasse. La preuve, j’y retourne (ce qui m’arrive assez rarement) et EN PLUS, j’y vais seule et après le boulot. Je me sens trop Wonder Woman. 

1 mois et demi plus tard…

Je suis honnête, je vais vous raconter la suite. J’ai adoré l’aquabiking, c’est un super sport pour les non-sportives. Mais quand la fille surtatouée de l’accueil m’a annoncé que j’allais devoir en faire deux fois par semaine pendant un an (1 AN !!!!) pour que ça fasse de l’effet, j’ai senti que quelque chose s’était brisé en moi. Déjà ma tirelire, à raison de 35€ la séance n’est pas persuadée de la rentabilité de l’investissement. En plus, un an. Un an. 1 an !! 

Je lâche, je craque. 

J’ai retrouvé mes bonnes excuses : le boulot, le mémoire, les amis. Il faut choisir : la cellulite avec amis c’est mieux que pas d’amis du tout. Parfois, quand je me sens à l’aise, je justifie ma paresse par un timide et honteux « j’aime pas trop le sport… ».  Mais je ne renonce pas. La preuve : j’ai déjà prévu de m’inscrire dans une salle de sport à la rentrée…la bombasse sera, mais en 2014 ! 


lundi 24 juin 2013

Nutella ou compote ?

Il y a quelques mois je vous parlais de mon angoisse face à cet incessant "manger-bouger" qu'on nous assène dans toutes les pubs...L'angoisse est revenue. Seule devant mon ordinateur après une petite salade équilibrée, j'ai dû choisir : tartine au nutella ou compote sans sucres ajoutés ?


La compote me direz vous sans hésiter. Oui, c'est ce que je me suis dit aussi. Et pourquoi pas aller courir pendant qu'on y est ? L'été, la plage ne font pas bon ménage avec la cellulite et un corps pulpeux (oui pulpeux c'est plus flatteur que gras...). Sauf qu'on n'a pas d'été, que je vais aller à la plage dans 2 mois et que d'ici là j'aurai bien le temps de prendre 40 résolutions que je ne tiendrai pas.

Méditation, angoisse...j'hésite toujours face à ce choix cornélien. En même temps le Nutella ça réconforte, c'est prouvé (bah oui le chocolat aide à lutter contre la dépression et le Nutella c'est du chocolat...certes noyé dans l'huile de palme mais y a même des fruits secs dedans -la noisette - que m'a vivement recommandés mon homéopathe ! ).

Sauf que du coup, à quoi m'a servi la salade avant (j'aurais mieux fait de manger des lasagnes) et pourquoi avoir renoncé au tiramisu aux fraises ce midi ? Hésiter entre s'assumer sur la plage et faire halluciner ses voisines de serviette par un corps de rêve ? Marilou Berry l'a dit, c'est nul d'être grosse.

La cuillère est sortie, le pot de compote aussi. Sauf qu'à ce moment précis je me rappelle qu'on a un cycle hormonal et que si on mange sucré le matin et le soir on fatigue ce fameux cycle (si, si je vous assure!). Ajoutez à cela qu'il paraît que j'ai un terrain hormonal intéressant, vous imaginez ma nouvelle hésitation.

Alors c'est fait, je range tout : la compote au frigo, la cuillère avec ses copines dans le tiroir et je renonce. Ou plutôt j'accepte d'avoir une vie saine.
Mais un repas ne se termine pas comme ça. Alors, entre le nutella et la compote j'ai finalement choisi...la clope !

jeudi 20 juin 2013

A l'heure des thés



Le hammam à la grande mosquée de Paris, c'est une expérience.
Le hammam, c'est le truc à faire au moins une fois dans sa vie.
Le hammam, c'est fun.
Le hammam, c'est pour les gens cools qui prennent le temps de vivre.
Ca c'est la vulgate un peu bobo.

Pour certains, le hammam, c'est pas propre. «  Non mais attends l'hygiène bonjour quoi ! ». Bah oui c'est un milieu humide, il y a probablement des bactéries, mais des bactéries il y en a plein le métro et les bactéries c'est aussi la vie. Nous y confronter renforce même notre système immunitaire paraît-il.

Mais le hammam, c'est surtout le paradis des copines et du thé à la menthe, ce doux breuvage qui viendrait presque concurrencer l'expresso.
Le hammam est une joyeuse gynécée où l'on rigole et l'on piaille. On y vient entre copines et on papote en se faisant des gommages. On fait peau neuve au sens propre et au sens figuré. On se déleste des peaux sèches et des problèmes.
Le hammam, c'est un moment entre nanas, un moment où on en oublierait presque qu'on est féministe. Un de ces endroits où il fait bon se retrouver entre femmes. Pas parce qu'on aime pas les hommes mais parce qu'on est bien entre nous et parce qu'il est bon parfois de se rappeler qu'on est toutes faites pareils. Avec nos petits seins, nos grosses fesses, nos vergetures ou notre peau caramel.
Le hammam, c'est rassurant car on y rencontre des mamans, et même des mamies qui vous sourient.

Le hammam, c'est un certain art de vivre. A l'orientale mais surtout à la méditerranéenne. On lâche les portables et les montres. On se démaquille. On fait la sieste. On médite. On boit du thé sucré qui réchauffe le coeur et donne du relief et du goût au moment présent.
Le hammam, c'est aussi un voyage en orient. Les odeurs, les mœurs, les visages, les intonations, les rires et surtout la sieste. Dans notre société culpabilisante, c'est donc le lieu des oisives, des tire au flan. Mais, en réalité, on s'aperçoit bientôt que non seulement c'est nécessaire de couper mais que surtout ce n'est pas grave. A la sortie, le monde est toujours là : les klaxons...klaxonnent, les répondeurs...répondent, le monde a continué de tourner sans nous. Finalement, le hammam, c'est une leçon d'humilité qui fait du bien. Non, nous ne sommes pas irremplaçables et oui, nous pouvons nous éclipser.

Le hammam, c'est pour commencer l'été et pour se retrouver.
Le hammam, c'est l'heure des thés et d'été qui arrive et le jour qui tarde à se coucher.
Le hammam, c'est pas du luxe. Il faut  : vos meilleures amies, un corps fatigué par une année ou même une semaine ( allez ;-)) éprouvante pour mieux apprécier les soins et un peu de temps. 
Et c'est bien là tout ce qu'il faut pour ressentir un sentiment aussi simple que celui éprouvé devant un coucher de soleil,  ou lors d'une sieste dans un endroit calme loin du tumulte, un sentiment que  Lucrèce, poète latin du Ier siècle avant notre ère  dans le De natura Rerum, après Epicure a magnifiquement décrit  :
  1. "Suave, mari magno, turbantibus aequora ventis
  2. e terra magnum alterius spectare laborem ;
  3. non quia vexari quemquamst jucunda voluptas,
  4. sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est. "

samedi 25 mai 2013

Ta mère


Fête des mères oblige, un petit post sur nos mamans. Nos mères plutôt. Car j'ai toujours évité de parler de ma mère devant les gens en disant « maman » par pudeur peut être, parce que je trouve que ça fait bébé et bébête.

Parler de sa mère : tout un roman. Beaucoup en ont parlé, beaucoup l'ont écrite et décrite, leur mère. Quand je cherche des mots pour parler de ma mère je pense à ceux de Romain Gary dans La promesse de l'aube ou d'Albert Cohen dans Le livre de ma mère. Mais il y a un petit bémol : ce sont des hommes qui parlent de leurs mères, revisitant élégamment leur complexe d'oedipe. Moi, ma mère, je ne veux pas la tuer, ni me marier avec elle, même si maintenant c'est possible. Non, c'est différent. Ce qui me tracasse à moi, à nous, les femmes, c'est autre chose. En psychologie on parle de complexe d'Electre, héroïne de la mythologie grecque qui n'a rien trouvé de mieux que de tuer sa mère pour venger son père- c'est toujours tellement gai ce qu'il se passe en Grèce quelques siècle avant notre ère... Je ne sais pas si ces grandes théories sont vraies et je pense d'ailleurs que l'on peut très vite les démonter mais elles mettent en évidence un fait indéniable : mère et fille s'opposent ou du moins ont un sacré problème à régler. Et cela peut durer assez longtemps, une vie même parfois parait-t-il.

Parler de sa mère : la blague. La mère, c'est le modèle. C'est la femme étalon. Bon nombre de petites filles ont voulu ressembler à leur mère, leur ont piqué leur maquillage ou leurs vêtements-la preuve je le fais encore. Mais la mère, ça peut aussi être le repoussoir. Combien de copines ai-je entendu dire qu'elle ne voulaient surtout pas ressembler à leur mère ? Combien d'articles dans les magasines féminins avec des titres du genre «  Au secours je ressemble à ma mère ! » ?  Dans nos conversations : « Ma mère est trop ci...Ma mère est trop ça...Ma mère ma soule...P*** ça y est je ressemble à ma mère...Ma mère...Ma mère...Ah bon ? Ta mère... » En ce qui me concerne, ma mère range ou nettoie tout ce qu'elle trouve et je peux vous assurer que sur ce point je ne lui ressemble pas encore. ;-)

Mais souvent, à la consternation, à l'irritation, à l'énervement, à la colère parfois, succèdent le calme et la complicité. Parce qu'au fond, votre mère elle est là pour garder vos secrets, pour parler des choses indicibles, vous encourager, vous engueuler, vous mettre la honte, vous vexer bref vous aimer. Moi ma mère, elle supporte mes silences, ma noirceur et ma solitude parfois. Elle me permet de ne pas parler, de ne pas lui parler. C'est la chose personne au monde avec qui je peux me reposer, avec qui il est possible de ne rien dire, juste d'être là. Je pense même, mais ça n'engage que moi, que si je faisais le truc le plus horrible du monde, après les cris, la honte, et tout le cortège, la seule qui resterait, ce serait ma mère.

Et puis surtout je me rends compte en observant les quelques « dynasties » que je connais, les quelques « gynécées » que je fréquente que les femmes finissent toujours par ressembler à leur mère : une habitude ( comme de mettre du papier d'aluminium sur les plats au frigo ou bien étendre les chaussettes), un geste, une fossette, une expression, une intonation de voix. Et la magie opère. Et je trouve ce lien que rien ni personne ne force magnifique.

Alors ta mère, modèle et/ou repoussoir ?
Ta mère, ta meilleure ennemie et ta pire alliée ?
Ta mère quoi.
Ma mère quoi. Et c'est souvent ainsi que finissent la plupart de nos phrases.

Je pense que nous sommes au fond toutes animées des mêmes sentiments ultra-méga- supra contradictoires à l'égard de nos mères respectives et qu'il n'est pas simple de dénouer les fils qui s’emmêlent parfois de cette belle et complexe histoire. Dans ce chef d'oeuvre du 7éme art qu'est Love Actually  ;-) et que nous avons toutes vu au moins 5 fois, outre la scène mémorable et truculente où Hugh Grant en prime minister se déhanche , il en est une qui m'a toujours émue et fait sourire, c'est celle où l'on voit des personnes se retrouver dans un aéroport. Une caméra est posée et toutes sortes de gens d'âges et de sexe différents s'embrassent, se retrouvent, se quittent. On voit des larmes, des sourires, d'intenses regards, des embrassades. On voit l'amour. On voit des mères. J'ai vécu bien des fois cette scène. Tout s'efface alors, les querelles, les bisbilles, les bêtises. Et la magie opère indescriptible à l'image de la relation mère-fille.





Voilà. Quoi offrir cette année : Des fleurs ? Un livre ? Un château ?
Pour moi, ce sera ces quelques lignes...pour ma mère...pour ceux qui comme moi demain ne pourront pas embrasser leur mère...pour ceux qui ne pourront plus jamais embrasser leur mère...Et enfin pour que ceux qui peuvent embrasser leur mère le fassent : Parce qu'il est bon de baisser la garde, de temps en temps.

vendredi 17 mai 2013

France versus USA: mon royaume pour des lardons

Pas de secret. N'importe quel Français bien fait et digne de ce nom sait bien que même si NYC c'est bien cool, et les burgers sont amusants en passant, on ne fait pas une vie dans la gastronomie américaine. Mais passons le lieu commun, et tentons de l'expliquer. Si je rencontrais un génie bleu genre Aladin, et que j'avais un voeu, je pense que je demanderai une chose pour améliorer ma vie aux Etats-Unis: pas un Ladurée, pas même une vraie boulangerie-pâtisserie, pas une boucherie, pas une charcuterie (quoique j'hésiterais bien pour le coup), pas un Comptoir des Cotonniers ou un Princesse tam tam. Non, je demanderai un Carrefour. Pourquoi, me direz-vous, éberlués.

J'ai mes raisons, que le coeur ignore mais pas mon deuxième coeur (mon estomac): d'abord, pourquoi Carrefour? Et ben parce que j'ai grandi avec un Carrefour où on allait tous les samedi matins, avec mon papa, et où on faisait nos courses à 9h pile, et où on rencontrait mes profs, les voisins, dont ma copine Laura qui me montrait toujours comment elle cachait une poupée Barbie dans le caddy pour forcer ses parents à la lui acheter. C'était la vie, le Carrefour. Y'avait des prospectus de promotion que mon père épluchait toutes les semaines religieusement, que ma mère distribuait car elle est factrice, et je me souviens que je l'aidais au bureau à faire les livrets, et on glissait le prospectus Carrefour dans celui de Leclerc, etc etc. Bref, Carrefour était écrit partout chez moi sur les produits, et mine de rien, ça veut dire quelque chose. On s'habitue. Plus tard à Paris j'étais perdu chez Monop, avant de découvrir un Carrefour market derrière chez moi. Un jour sur Facebook, je me suis rendue compte que le logo, les deux flèches bizarres, étaient en fait un C blanc sur fond bleu et rouge. La vie n'a plus jamais été pareille après ça. Et puis, ils ont fermé le Carrefour à côté de chez moi. C'était devenu un Intermarché.
Donc voilà, que je vive à Toulouse, Paris ou aux Etats Unis maintenant, dès que je rentre chez moi, je vais chez Carrefour Intermarché. J'y passe une heure au moins, même si je vais juste chercher du shampoing. Mais depuis que j'ai déménagé aux Etats-Unis, c'est l'émerveillement total, plus tellement simplement le confort familier des rayons qu'on connaît bien. J'ai envie de tout acheter. Parce que voilà, en France, les produits de consommation sont juste géniaux. On ne se rend pas compte. On achète ces rillettes de thon, ce beurre Président en forme de motte super onctueux, le comté rapé qui remplace le gruyère, les yaourts de brebis ou La Laitière, la lessive qui sent des trucs de fou et pas juste le propre. Il y a des jus multifruits, des brisures de saumon, du saucisson. Il y a des glaces Viennetta. A Ithaca, la Haagen Dazs coûte à peine 3 dollars, et pourtant je donnerai mon chapeau pour une Viennetta.
Je regarde Mad Men, où on nous apprend plus ou moins que les Etats-Unis dans les années 50 et depuis sont les maîtres de la pub, du marketing, de la société de consommation. Ca se défend. Mais sur certains plans, ils sont archi-nuls. En bouffe, il y a zéro choix. Les yaourts sont juste des yaourts, avec des goûts de fruits, ou à la vanille. Straciatella ou façon dessert, ça n'existe pas (ou alors en chewing gum WTF). Encore moins les Petit Filou au chocolat, ou les Perle de Lait. Je vous parle même pas du rayon fromage, ça me déprime. Et la charcuterie, c'est génial, on peut acheter des assortiments, et franchement même si je préfère le boucher-charcutier dans l'absolu, c'est franchement pas dégueu. On a même eu l'idée de vendre du Serrano déjà coupé en demi-tranches. Fabuleux.
A côté, les Américains, ils sont même pas foutus de couper du bacon pour en faire des lardons. Du coup, impossible de faire une carbonara potable, encore moins une omelette, et surtout pas une grosse tartine comme je les aime avec de la crème fraîche, des lardons et des oignons dessus. C'est le gros drame de ma vie.
Et le pire, c'est qu'il n'y a pas que la bouffe. On pourrait penser qu'en cosmétique par exemple ils seraient meilleurs aux Etats-Unis. En maquillage peut-être. Mais alors le reste, c'est pitoyable. Les shampoings, y'a trois marques qui se répartissent le marché, et en gros ça sent le fruit. Un peu comme le thé. Alors qu'ici, y'a qu'à voir le Petit Marseillais; c'est génial, il y a des mélanges superbes. Ici, je porte jamais de parfums parce que je dépense autant en gel douche et shampoing; là-bas, je suis passée minimaliste par défaut (et choix écologique peut-être) et j'achète du savon et une barre de shampoing chez Lush. Les baumes pour la peau, les laits hydratants, c'est aussi nul. T'achètes une marque, un concept, pas une odeur. Ici, on peut avoir du Mixa, du Petit Marseillais à la figue et au beurre de karité. Pareil niveau lessive, en fait. Ca sent soit le "frais", soit le "spring", et à la limite le "fresh dried linen" mais jamais le savon de Marseille, ou le lilas, ou les fleurs blanches de printemps.

Alors voilà une liste des choses que je révère, que je veux dans mon supermarché local à Ithaca, merci petit Jésus (prononcer "Cheesus"). Effet cathartique espéré, mes parents refusent de tout m'acheter pour le peu de temps que je suis ici. Je l'écris aussi maintenant parce que je pouvais jamais m'y résoudre à Ithaca, c'était trop douloureux.
-des lardons : cf ci-dessus
-de la mimolette. Même le fromage de ce type on le fait mieux qu'eux. Le cheddar peut aller se rhabiller.
-des yaourts Perle de lait et des Petits Filous au chocolat
-du thé qui soit bon, de la tisane qui soit bonne. Là-bas ça sent fort, ça a trop le goût de fruit, et la couleur est bizarre aussi.
-de la bonne compote. Aux Etats Unis ça s'appelle "apple sauce" et c'est dégueu. Pas du tout un truc délicieux comme les Compotes pommes morceaux d'Andros ou les mélanges de fruits chelou genre Pomme-Rhubarbe, ou Pomme-Chataîgne.
-des cubes bouillon respectables, surtout les Fonds de Marmite magnifiques.
-de la glace Viennetta.
-du bon beurre. Merde. Et de préférence aussi avec du beurre demi-sel au gros sel.
-de la saucisse, bordel. De la vrai saucisse avec des morceaux dedans, qui explose quand tu la fais griller. Et qui est meilleure froide.
-des lardons.
-du St Moret, pour faire fondre sur des pâtes avec des tomates cerises dessus. Ou même pour le petit dej tiens. Le Philadelphia peut aller se faire voir.
-de la mozzarella. Du Buffala, parce qu'aux States c'est au lait de vache et donc c'est nul, ça sert à rien.
-de la tapenade. Et d'olive noire, hein, je ne suis pas dupe.
-des rillettes de thon. Et du tatziki en pot.
-du nutella, celui qu'on a le droit d'acheter là-bas est pas onctueux.
-du fromage blanc. C'est quand même pas compliqué.




mardi 30 avril 2013

Mémoires d'une jeune fille dérangée


Pour Eli-Z-A.

J'ai refeuilleté Simone de Beauvoir. Comme ça un soir où mes livres d'histoire me pesaient. Sans grande ambition. Juste pour le plaisir de retrouver quelques belles formules. Juste pour le plaisir de relire ces lignes dans lesquelles la philosophe évoque son malaise de n'être pas comme il faut : ce sentiment d'être à sa place et pourtant de ne pas l'être, d'être à côté. Le sentiment à la fois d'étouffer, d'être à bout de souffle mais d'être aspirée par un magnifique élan.

Le titre de ce livre m'a toujours fait sourire, du jour où je l'ai acheté au jour où je l'ai offert, en passant par le jour ou je l'ai terminé. Simone de Beauvoir en jeune fille rangée. Le diable en rire encore...

Simone de Beauvoir décrit dans le premier tome de ses mémoires, son enfance et son adolescence, ses désirs de liberté mais aussi les frustrations de sa mère, catholique très pieuse et de son père ruiné mais mélancolique et charmeur. Finalement les conflits dans le couple parental et l'absence de dot vont lui permettre de prendre son envol. Elle se projette indépendante économiquement et désire assouvir ses ambitions de jeune fille rangée :

« Quatre ou cinq ans d'études et puis toute une existence que je façonnerais de mes mains. Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me raconterais. »

Cette histoire nous la connaissons toutes. Et personnellement je l'aime bien cette histoire.
Cette histoire, c'est celle d'une jeune fille rangée qui devient l’icône mondiale du féminisme.
C'est celle d'une adolescente qui a rêvé, qui a beaucoup travaillé- les passages sur les heures de travail à la bibliothèque Sainte Geneviève sont magnifiques- et qui a tenté de faire de ses rêves sa vie non sans concessions ou souffrances.

A mon sens les Mémoires d'une jeune fille rangée est un texte tout aussi féministe que le Deuxième Sexe puisqu'il évoque le récit d'une émancipation, qui rend pensable l'oeuvre marquante de Simone de Beauvoir, le Deuxième Sexe donc. C'est en lisant ses mémoires que l'on se rend compte de l'audace dont elle a fait preuve en abordant par la suite des sujets alors tabous comme l'avortement ou l'homosexualité féminine.

Elle défend dans le Deuxième Sexe un point de vue anti-naturaliste comme l'évoque la phrase célèbre 
« On ne nait pas femme on le devient ». Et elle en savait quelque chose. Rien n'est donné d'avance. Tout se conquiert. Et tant mieux. J'aime cette idée à la fois d'effort, de labeur mais aussi de hasard. Elle a pris tout ce que lui offrait la vie et notamment les gens. Elle a rencontré des personnages certes originaux mais extraordinaires qui ont pu la bousculer mais elle a eu l’intelligence de s'ouvrir à eux et de réfléchir à d'autres possibilités.

Elle a aussi eu la chance de rencontrer ses grandes passions : la littérature et la philosophie auxquelles elle a voué sa vie. Car avant d'être une icône du féminisme, Beauvoir était avant tout une femme de lettres et une philosophe. Je ne vais pas m'attarder ici sur le féminisme. Non pas parce que je m'en moque mais parce qu'il faudrait y réfléchir vraiment et non pas uniquement qu'à travers le prisme de la vie de Beauvoir. Il y a mille et une façon d'être féministe, de le proclamer, de le revendiquer, de le manifester, de l'écrire et de le dire.

Ce que j'aime dans le texte de Beauvoir, outre le style beau et riche dans toute sa simplicité, c'est que les questionnements y sont nombreux et les réponses rares. Ca me rassure. Je me dis que si même Simone est passée par là...

"Le monde était autour de moi une énorme présence confuse. Je marchais à grands pas, frôlée par son haleine épaisse. Je me disais que somme toute il était bien intéressant de vivre."


Ainsi, soyons d'accord avec elle et préparons nous aux divers chambardements, aux rencontres, aux questionnements, au hasard puisque Pasteur disait que« le hasard ne favorise que des esprits préparés ». 
Préparons nous, préparons nous et continuons d'être des jeunes filles dérangées...