lundi 24 juin 2013

Nutella ou compote ?

Il y a quelques mois je vous parlais de mon angoisse face à cet incessant "manger-bouger" qu'on nous assène dans toutes les pubs...L'angoisse est revenue. Seule devant mon ordinateur après une petite salade équilibrée, j'ai dû choisir : tartine au nutella ou compote sans sucres ajoutés ?


La compote me direz vous sans hésiter. Oui, c'est ce que je me suis dit aussi. Et pourquoi pas aller courir pendant qu'on y est ? L'été, la plage ne font pas bon ménage avec la cellulite et un corps pulpeux (oui pulpeux c'est plus flatteur que gras...). Sauf qu'on n'a pas d'été, que je vais aller à la plage dans 2 mois et que d'ici là j'aurai bien le temps de prendre 40 résolutions que je ne tiendrai pas.

Méditation, angoisse...j'hésite toujours face à ce choix cornélien. En même temps le Nutella ça réconforte, c'est prouvé (bah oui le chocolat aide à lutter contre la dépression et le Nutella c'est du chocolat...certes noyé dans l'huile de palme mais y a même des fruits secs dedans -la noisette - que m'a vivement recommandés mon homéopathe ! ).

Sauf que du coup, à quoi m'a servi la salade avant (j'aurais mieux fait de manger des lasagnes) et pourquoi avoir renoncé au tiramisu aux fraises ce midi ? Hésiter entre s'assumer sur la plage et faire halluciner ses voisines de serviette par un corps de rêve ? Marilou Berry l'a dit, c'est nul d'être grosse.

La cuillère est sortie, le pot de compote aussi. Sauf qu'à ce moment précis je me rappelle qu'on a un cycle hormonal et que si on mange sucré le matin et le soir on fatigue ce fameux cycle (si, si je vous assure!). Ajoutez à cela qu'il paraît que j'ai un terrain hormonal intéressant, vous imaginez ma nouvelle hésitation.

Alors c'est fait, je range tout : la compote au frigo, la cuillère avec ses copines dans le tiroir et je renonce. Ou plutôt j'accepte d'avoir une vie saine.
Mais un repas ne se termine pas comme ça. Alors, entre le nutella et la compote j'ai finalement choisi...la clope !

jeudi 20 juin 2013

A l'heure des thés



Le hammam à la grande mosquée de Paris, c'est une expérience.
Le hammam, c'est le truc à faire au moins une fois dans sa vie.
Le hammam, c'est fun.
Le hammam, c'est pour les gens cools qui prennent le temps de vivre.
Ca c'est la vulgate un peu bobo.

Pour certains, le hammam, c'est pas propre. «  Non mais attends l'hygiène bonjour quoi ! ». Bah oui c'est un milieu humide, il y a probablement des bactéries, mais des bactéries il y en a plein le métro et les bactéries c'est aussi la vie. Nous y confronter renforce même notre système immunitaire paraît-il.

Mais le hammam, c'est surtout le paradis des copines et du thé à la menthe, ce doux breuvage qui viendrait presque concurrencer l'expresso.
Le hammam est une joyeuse gynécée où l'on rigole et l'on piaille. On y vient entre copines et on papote en se faisant des gommages. On fait peau neuve au sens propre et au sens figuré. On se déleste des peaux sèches et des problèmes.
Le hammam, c'est un moment entre nanas, un moment où on en oublierait presque qu'on est féministe. Un de ces endroits où il fait bon se retrouver entre femmes. Pas parce qu'on aime pas les hommes mais parce qu'on est bien entre nous et parce qu'il est bon parfois de se rappeler qu'on est toutes faites pareils. Avec nos petits seins, nos grosses fesses, nos vergetures ou notre peau caramel.
Le hammam, c'est rassurant car on y rencontre des mamans, et même des mamies qui vous sourient.

Le hammam, c'est un certain art de vivre. A l'orientale mais surtout à la méditerranéenne. On lâche les portables et les montres. On se démaquille. On fait la sieste. On médite. On boit du thé sucré qui réchauffe le coeur et donne du relief et du goût au moment présent.
Le hammam, c'est aussi un voyage en orient. Les odeurs, les mœurs, les visages, les intonations, les rires et surtout la sieste. Dans notre société culpabilisante, c'est donc le lieu des oisives, des tire au flan. Mais, en réalité, on s'aperçoit bientôt que non seulement c'est nécessaire de couper mais que surtout ce n'est pas grave. A la sortie, le monde est toujours là : les klaxons...klaxonnent, les répondeurs...répondent, le monde a continué de tourner sans nous. Finalement, le hammam, c'est une leçon d'humilité qui fait du bien. Non, nous ne sommes pas irremplaçables et oui, nous pouvons nous éclipser.

Le hammam, c'est pour commencer l'été et pour se retrouver.
Le hammam, c'est l'heure des thés et d'été qui arrive et le jour qui tarde à se coucher.
Le hammam, c'est pas du luxe. Il faut  : vos meilleures amies, un corps fatigué par une année ou même une semaine ( allez ;-)) éprouvante pour mieux apprécier les soins et un peu de temps. 
Et c'est bien là tout ce qu'il faut pour ressentir un sentiment aussi simple que celui éprouvé devant un coucher de soleil,  ou lors d'une sieste dans un endroit calme loin du tumulte, un sentiment que  Lucrèce, poète latin du Ier siècle avant notre ère  dans le De natura Rerum, après Epicure a magnifiquement décrit  :
  1. "Suave, mari magno, turbantibus aequora ventis
  2. e terra magnum alterius spectare laborem ;
  3. non quia vexari quemquamst jucunda voluptas,
  4. sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est. "

samedi 25 mai 2013

Ta mère


Fête des mères oblige, un petit post sur nos mamans. Nos mères plutôt. Car j'ai toujours évité de parler de ma mère devant les gens en disant « maman » par pudeur peut être, parce que je trouve que ça fait bébé et bébête.

Parler de sa mère : tout un roman. Beaucoup en ont parlé, beaucoup l'ont écrite et décrite, leur mère. Quand je cherche des mots pour parler de ma mère je pense à ceux de Romain Gary dans La promesse de l'aube ou d'Albert Cohen dans Le livre de ma mère. Mais il y a un petit bémol : ce sont des hommes qui parlent de leurs mères, revisitant élégamment leur complexe d'oedipe. Moi, ma mère, je ne veux pas la tuer, ni me marier avec elle, même si maintenant c'est possible. Non, c'est différent. Ce qui me tracasse à moi, à nous, les femmes, c'est autre chose. En psychologie on parle de complexe d'Electre, héroïne de la mythologie grecque qui n'a rien trouvé de mieux que de tuer sa mère pour venger son père- c'est toujours tellement gai ce qu'il se passe en Grèce quelques siècle avant notre ère... Je ne sais pas si ces grandes théories sont vraies et je pense d'ailleurs que l'on peut très vite les démonter mais elles mettent en évidence un fait indéniable : mère et fille s'opposent ou du moins ont un sacré problème à régler. Et cela peut durer assez longtemps, une vie même parfois parait-t-il.

Parler de sa mère : la blague. La mère, c'est le modèle. C'est la femme étalon. Bon nombre de petites filles ont voulu ressembler à leur mère, leur ont piqué leur maquillage ou leurs vêtements-la preuve je le fais encore. Mais la mère, ça peut aussi être le repoussoir. Combien de copines ai-je entendu dire qu'elle ne voulaient surtout pas ressembler à leur mère ? Combien d'articles dans les magasines féminins avec des titres du genre «  Au secours je ressemble à ma mère ! » ?  Dans nos conversations : « Ma mère est trop ci...Ma mère est trop ça...Ma mère ma soule...P*** ça y est je ressemble à ma mère...Ma mère...Ma mère...Ah bon ? Ta mère... » En ce qui me concerne, ma mère range ou nettoie tout ce qu'elle trouve et je peux vous assurer que sur ce point je ne lui ressemble pas encore. ;-)

Mais souvent, à la consternation, à l'irritation, à l'énervement, à la colère parfois, succèdent le calme et la complicité. Parce qu'au fond, votre mère elle est là pour garder vos secrets, pour parler des choses indicibles, vous encourager, vous engueuler, vous mettre la honte, vous vexer bref vous aimer. Moi ma mère, elle supporte mes silences, ma noirceur et ma solitude parfois. Elle me permet de ne pas parler, de ne pas lui parler. C'est la chose personne au monde avec qui je peux me reposer, avec qui il est possible de ne rien dire, juste d'être là. Je pense même, mais ça n'engage que moi, que si je faisais le truc le plus horrible du monde, après les cris, la honte, et tout le cortège, la seule qui resterait, ce serait ma mère.

Et puis surtout je me rends compte en observant les quelques « dynasties » que je connais, les quelques « gynécées » que je fréquente que les femmes finissent toujours par ressembler à leur mère : une habitude ( comme de mettre du papier d'aluminium sur les plats au frigo ou bien étendre les chaussettes), un geste, une fossette, une expression, une intonation de voix. Et la magie opère. Et je trouve ce lien que rien ni personne ne force magnifique.

Alors ta mère, modèle et/ou repoussoir ?
Ta mère, ta meilleure ennemie et ta pire alliée ?
Ta mère quoi.
Ma mère quoi. Et c'est souvent ainsi que finissent la plupart de nos phrases.

Je pense que nous sommes au fond toutes animées des mêmes sentiments ultra-méga- supra contradictoires à l'égard de nos mères respectives et qu'il n'est pas simple de dénouer les fils qui s’emmêlent parfois de cette belle et complexe histoire. Dans ce chef d'oeuvre du 7éme art qu'est Love Actually  ;-) et que nous avons toutes vu au moins 5 fois, outre la scène mémorable et truculente où Hugh Grant en prime minister se déhanche , il en est une qui m'a toujours émue et fait sourire, c'est celle où l'on voit des personnes se retrouver dans un aéroport. Une caméra est posée et toutes sortes de gens d'âges et de sexe différents s'embrassent, se retrouvent, se quittent. On voit des larmes, des sourires, d'intenses regards, des embrassades. On voit l'amour. On voit des mères. J'ai vécu bien des fois cette scène. Tout s'efface alors, les querelles, les bisbilles, les bêtises. Et la magie opère indescriptible à l'image de la relation mère-fille.





Voilà. Quoi offrir cette année : Des fleurs ? Un livre ? Un château ?
Pour moi, ce sera ces quelques lignes...pour ma mère...pour ceux qui comme moi demain ne pourront pas embrasser leur mère...pour ceux qui ne pourront plus jamais embrasser leur mère...Et enfin pour que ceux qui peuvent embrasser leur mère le fassent : Parce qu'il est bon de baisser la garde, de temps en temps.

vendredi 17 mai 2013

France versus USA: mon royaume pour des lardons

Pas de secret. N'importe quel Français bien fait et digne de ce nom sait bien que même si NYC c'est bien cool, et les burgers sont amusants en passant, on ne fait pas une vie dans la gastronomie américaine. Mais passons le lieu commun, et tentons de l'expliquer. Si je rencontrais un génie bleu genre Aladin, et que j'avais un voeu, je pense que je demanderai une chose pour améliorer ma vie aux Etats-Unis: pas un Ladurée, pas même une vraie boulangerie-pâtisserie, pas une boucherie, pas une charcuterie (quoique j'hésiterais bien pour le coup), pas un Comptoir des Cotonniers ou un Princesse tam tam. Non, je demanderai un Carrefour. Pourquoi, me direz-vous, éberlués.

J'ai mes raisons, que le coeur ignore mais pas mon deuxième coeur (mon estomac): d'abord, pourquoi Carrefour? Et ben parce que j'ai grandi avec un Carrefour où on allait tous les samedi matins, avec mon papa, et où on faisait nos courses à 9h pile, et où on rencontrait mes profs, les voisins, dont ma copine Laura qui me montrait toujours comment elle cachait une poupée Barbie dans le caddy pour forcer ses parents à la lui acheter. C'était la vie, le Carrefour. Y'avait des prospectus de promotion que mon père épluchait toutes les semaines religieusement, que ma mère distribuait car elle est factrice, et je me souviens que je l'aidais au bureau à faire les livrets, et on glissait le prospectus Carrefour dans celui de Leclerc, etc etc. Bref, Carrefour était écrit partout chez moi sur les produits, et mine de rien, ça veut dire quelque chose. On s'habitue. Plus tard à Paris j'étais perdu chez Monop, avant de découvrir un Carrefour market derrière chez moi. Un jour sur Facebook, je me suis rendue compte que le logo, les deux flèches bizarres, étaient en fait un C blanc sur fond bleu et rouge. La vie n'a plus jamais été pareille après ça. Et puis, ils ont fermé le Carrefour à côté de chez moi. C'était devenu un Intermarché.
Donc voilà, que je vive à Toulouse, Paris ou aux Etats Unis maintenant, dès que je rentre chez moi, je vais chez Carrefour Intermarché. J'y passe une heure au moins, même si je vais juste chercher du shampoing. Mais depuis que j'ai déménagé aux Etats-Unis, c'est l'émerveillement total, plus tellement simplement le confort familier des rayons qu'on connaît bien. J'ai envie de tout acheter. Parce que voilà, en France, les produits de consommation sont juste géniaux. On ne se rend pas compte. On achète ces rillettes de thon, ce beurre Président en forme de motte super onctueux, le comté rapé qui remplace le gruyère, les yaourts de brebis ou La Laitière, la lessive qui sent des trucs de fou et pas juste le propre. Il y a des jus multifruits, des brisures de saumon, du saucisson. Il y a des glaces Viennetta. A Ithaca, la Haagen Dazs coûte à peine 3 dollars, et pourtant je donnerai mon chapeau pour une Viennetta.
Je regarde Mad Men, où on nous apprend plus ou moins que les Etats-Unis dans les années 50 et depuis sont les maîtres de la pub, du marketing, de la société de consommation. Ca se défend. Mais sur certains plans, ils sont archi-nuls. En bouffe, il y a zéro choix. Les yaourts sont juste des yaourts, avec des goûts de fruits, ou à la vanille. Straciatella ou façon dessert, ça n'existe pas (ou alors en chewing gum WTF). Encore moins les Petit Filou au chocolat, ou les Perle de Lait. Je vous parle même pas du rayon fromage, ça me déprime. Et la charcuterie, c'est génial, on peut acheter des assortiments, et franchement même si je préfère le boucher-charcutier dans l'absolu, c'est franchement pas dégueu. On a même eu l'idée de vendre du Serrano déjà coupé en demi-tranches. Fabuleux.
A côté, les Américains, ils sont même pas foutus de couper du bacon pour en faire des lardons. Du coup, impossible de faire une carbonara potable, encore moins une omelette, et surtout pas une grosse tartine comme je les aime avec de la crème fraîche, des lardons et des oignons dessus. C'est le gros drame de ma vie.
Et le pire, c'est qu'il n'y a pas que la bouffe. On pourrait penser qu'en cosmétique par exemple ils seraient meilleurs aux Etats-Unis. En maquillage peut-être. Mais alors le reste, c'est pitoyable. Les shampoings, y'a trois marques qui se répartissent le marché, et en gros ça sent le fruit. Un peu comme le thé. Alors qu'ici, y'a qu'à voir le Petit Marseillais; c'est génial, il y a des mélanges superbes. Ici, je porte jamais de parfums parce que je dépense autant en gel douche et shampoing; là-bas, je suis passée minimaliste par défaut (et choix écologique peut-être) et j'achète du savon et une barre de shampoing chez Lush. Les baumes pour la peau, les laits hydratants, c'est aussi nul. T'achètes une marque, un concept, pas une odeur. Ici, on peut avoir du Mixa, du Petit Marseillais à la figue et au beurre de karité. Pareil niveau lessive, en fait. Ca sent soit le "frais", soit le "spring", et à la limite le "fresh dried linen" mais jamais le savon de Marseille, ou le lilas, ou les fleurs blanches de printemps.

Alors voilà une liste des choses que je révère, que je veux dans mon supermarché local à Ithaca, merci petit Jésus (prononcer "Cheesus"). Effet cathartique espéré, mes parents refusent de tout m'acheter pour le peu de temps que je suis ici. Je l'écris aussi maintenant parce que je pouvais jamais m'y résoudre à Ithaca, c'était trop douloureux.
-des lardons : cf ci-dessus
-de la mimolette. Même le fromage de ce type on le fait mieux qu'eux. Le cheddar peut aller se rhabiller.
-des yaourts Perle de lait et des Petits Filous au chocolat
-du thé qui soit bon, de la tisane qui soit bonne. Là-bas ça sent fort, ça a trop le goût de fruit, et la couleur est bizarre aussi.
-de la bonne compote. Aux Etats Unis ça s'appelle "apple sauce" et c'est dégueu. Pas du tout un truc délicieux comme les Compotes pommes morceaux d'Andros ou les mélanges de fruits chelou genre Pomme-Rhubarbe, ou Pomme-Chataîgne.
-des cubes bouillon respectables, surtout les Fonds de Marmite magnifiques.
-de la glace Viennetta.
-du bon beurre. Merde. Et de préférence aussi avec du beurre demi-sel au gros sel.
-de la saucisse, bordel. De la vrai saucisse avec des morceaux dedans, qui explose quand tu la fais griller. Et qui est meilleure froide.
-des lardons.
-du St Moret, pour faire fondre sur des pâtes avec des tomates cerises dessus. Ou même pour le petit dej tiens. Le Philadelphia peut aller se faire voir.
-de la mozzarella. Du Buffala, parce qu'aux States c'est au lait de vache et donc c'est nul, ça sert à rien.
-de la tapenade. Et d'olive noire, hein, je ne suis pas dupe.
-des rillettes de thon. Et du tatziki en pot.
-du nutella, celui qu'on a le droit d'acheter là-bas est pas onctueux.
-du fromage blanc. C'est quand même pas compliqué.




mardi 30 avril 2013

Mémoires d'une jeune fille dérangée


Pour Eli-Z-A.

J'ai refeuilleté Simone de Beauvoir. Comme ça un soir où mes livres d'histoire me pesaient. Sans grande ambition. Juste pour le plaisir de retrouver quelques belles formules. Juste pour le plaisir de relire ces lignes dans lesquelles la philosophe évoque son malaise de n'être pas comme il faut : ce sentiment d'être à sa place et pourtant de ne pas l'être, d'être à côté. Le sentiment à la fois d'étouffer, d'être à bout de souffle mais d'être aspirée par un magnifique élan.

Le titre de ce livre m'a toujours fait sourire, du jour où je l'ai acheté au jour où je l'ai offert, en passant par le jour ou je l'ai terminé. Simone de Beauvoir en jeune fille rangée. Le diable en rire encore...

Simone de Beauvoir décrit dans le premier tome de ses mémoires, son enfance et son adolescence, ses désirs de liberté mais aussi les frustrations de sa mère, catholique très pieuse et de son père ruiné mais mélancolique et charmeur. Finalement les conflits dans le couple parental et l'absence de dot vont lui permettre de prendre son envol. Elle se projette indépendante économiquement et désire assouvir ses ambitions de jeune fille rangée :

« Quatre ou cinq ans d'études et puis toute une existence que je façonnerais de mes mains. Ma vie serait une belle histoire qui deviendrait vraie au fur et à mesure que je me raconterais. »

Cette histoire nous la connaissons toutes. Et personnellement je l'aime bien cette histoire.
Cette histoire, c'est celle d'une jeune fille rangée qui devient l’icône mondiale du féminisme.
C'est celle d'une adolescente qui a rêvé, qui a beaucoup travaillé- les passages sur les heures de travail à la bibliothèque Sainte Geneviève sont magnifiques- et qui a tenté de faire de ses rêves sa vie non sans concessions ou souffrances.

A mon sens les Mémoires d'une jeune fille rangée est un texte tout aussi féministe que le Deuxième Sexe puisqu'il évoque le récit d'une émancipation, qui rend pensable l'oeuvre marquante de Simone de Beauvoir, le Deuxième Sexe donc. C'est en lisant ses mémoires que l'on se rend compte de l'audace dont elle a fait preuve en abordant par la suite des sujets alors tabous comme l'avortement ou l'homosexualité féminine.

Elle défend dans le Deuxième Sexe un point de vue anti-naturaliste comme l'évoque la phrase célèbre 
« On ne nait pas femme on le devient ». Et elle en savait quelque chose. Rien n'est donné d'avance. Tout se conquiert. Et tant mieux. J'aime cette idée à la fois d'effort, de labeur mais aussi de hasard. Elle a pris tout ce que lui offrait la vie et notamment les gens. Elle a rencontré des personnages certes originaux mais extraordinaires qui ont pu la bousculer mais elle a eu l’intelligence de s'ouvrir à eux et de réfléchir à d'autres possibilités.

Elle a aussi eu la chance de rencontrer ses grandes passions : la littérature et la philosophie auxquelles elle a voué sa vie. Car avant d'être une icône du féminisme, Beauvoir était avant tout une femme de lettres et une philosophe. Je ne vais pas m'attarder ici sur le féminisme. Non pas parce que je m'en moque mais parce qu'il faudrait y réfléchir vraiment et non pas uniquement qu'à travers le prisme de la vie de Beauvoir. Il y a mille et une façon d'être féministe, de le proclamer, de le revendiquer, de le manifester, de l'écrire et de le dire.

Ce que j'aime dans le texte de Beauvoir, outre le style beau et riche dans toute sa simplicité, c'est que les questionnements y sont nombreux et les réponses rares. Ca me rassure. Je me dis que si même Simone est passée par là...

"Le monde était autour de moi une énorme présence confuse. Je marchais à grands pas, frôlée par son haleine épaisse. Je me disais que somme toute il était bien intéressant de vivre."


Ainsi, soyons d'accord avec elle et préparons nous aux divers chambardements, aux rencontres, aux questionnements, au hasard puisque Pasteur disait que« le hasard ne favorise que des esprits préparés ». 
Préparons nous, préparons nous et continuons d'être des jeunes filles dérangées...

vendredi 19 avril 2013

Désir, désir.


Première pensée : Je vais mourir. 
On sourit et on encaisse le coup.
Les papillons dans le ventre se transforment en boule oppressante.
On se retire. Avec classe et dignité.

Puis -parce que finalement on ne meurt pas- viennent des interrogations : Qu'est ce qui m'arrive ? Mince. Ca va vite passer ? Comment vais-je faire ? Il me manque déjà. Un chagrin d'amour ça passe vite ? Mais au fond, c'était quoi ? De l'Amour ? Du désir ?
Autant de questions existentielles toutes plus profondes les unes que les autres-c'est vrai c'est pas comme si Axelle Red ou les autres ne se les étaient pas posées avant;-). Le monde va mal et l'on joue à faire égoïstement son introspection, à pleurer une énième fois sur son pauvre sort. Parce que oui, subir des déconvenues amoureuses suscite de nombreuses questions existentielles.

Après avoir pris un bon coup dans la figure, après avoir zoné, déprimé, contemplé...beaucoup, pleuré aussi...un peu, on bascule dans l'analyse et on essaie de cerner et surtout de comprendre le problème, le mini tsunami intérieur qui vous ravage pour finir par se rendre compte que le problème est très simple et tristement banal : vous vivez un chagrin d'amour, la chose au monde la mieux partagée.

Je me suis aperçue que dans ce blog de filles on parlait finalement peu de ce qui occupe à peu prés la moitié si ce n'est les trois quarts du temps de la vie des femmes : les hommes et les tracas qu'ils nous font subir. Parlons en donc des hommes, et plus précisément de l'Amour et plus précisément encore du chagrin d'amour.

Ah ce bon vieux chagrin d'amour ! Celui qui vous laisse un goût amer dans la bouche, qui vous rend mélancolique, déprimée, qui vous fait vous sentir inutile, celui dont vous vous rappellerez avec amusement dans 10 ans, celui par lequel vous comprenez mieux le sens de la phrase que vous avez toujours trouvé culcul : «  Un seul être vous manque et... » Blablabla. On connait la suite. Car oui, l'être aimé ou désiré occupe la plupart de vos pensées - et ça en fait pas mal même si elle sont nombreuses vos pensées.

Alors d'aucuns vont dire que pour parler de chagrin d'amour il faut qu'il y en ait eu de l'Amour. Oui en effet c'est mieux. Mais pas nécessairement en fait. Qu'est ce que l'Amour quand tout s'emmêle délicieusement et dangereusement ? Etre aimé ? Simple objet du désir ?
Qu'est ce qu'être amoureux ?  Est- ce que c'est quand "le crus" met plus de temps que d'habitude à passer ?

A ce moment là, fatiguée, on se décide à sortir de la torpeur et on se dit que c'est le bon moment pour relire les Fragments d'un discours amoureux de Barthes ou une anthologie de textes sur l'Amour pour finir de nous achever et parce qu'à tout problème existe une solution. Mais l'on s'aperçoit très vite  que pour le coup personne n'en a trouvé de solutions. Tout le monde a souffert, a analysé la souffrance mais personne n'a trouvé de solution et surtout de définition intelligible et intangible de l'Amour.

Peu importe donc de donner une définition à l'Amour avec un grand A, le chagrin d'amour lui est bien là, que l'histoire ait durée -et même réellement commencé parfois- ou pas.
On souffre, on croit qu'on va mourir.
On s'interroge, on ne comprends pas.
Différentes phases se succèdent.
L'abattement, la colère, la résignation.
Toujours cette boule au ventre.
Et si j'étais passée à cote de quelques chose, quelque chose de grand.
A qui la faute ? Moi ? Lui ? Dieu ? Hollande ? Cahuzac ?
On se raisonne. Non. Les faits sont là et le chagrin aussi. Même si vous êtes géniale ;-) on ne peut pas forcer quelqu'un à vous aimer.

On peut aussi râler et faire les trucs que chante Camélia Jordana.
"Non, non, non... Je veux juste aller mal et il n'y a pas de mal à ça." Bon personnellement je n'écoute pas Barbara mais j'aurais pu ponctuer ce post par les musiques les plus has been et les plus déprimantes possibles que j'écoute. Car du légendaire All by my self de Bridget Jones à ma playlist rose déprimante, chagrin d'amour rime avec chansons d'amour.

Chagrin d'amour rime aussi avec fiesta et alcool. A la différence de Camélia Jordana qui refuse de sortir au Baron, je finis toujours pour ma part à céder et à sortir en me disant que je finirais bien par oublier. A la flemme monumentale qui nous clous sur place peuvent succéder des sursauts d'orgueil. On peut brusquement se lever, aller courir, se faire belle et devenir euphorique- hystérique ?

Mais chagrin d'amour rime surtout avec copines. Après vous avoir répondu « Non mais tu vas pas te mettre dans cet état pour ce looser », «  Il ne te méritait pas » etc. vos copines sortent l'artillerie lourde à coup de messages, de petites bêtises, de magasins et de soirées.
Un chagrin d'amour vaut presque la peine d'être vécu pour ça, pour tous ces petits trucs gentils, ces petites attentions. Cet esprit de guerre qui souffle. Tout le monde s'arme de théories fumeuses et surtout de mots gentils. L'une évoque « l'univers des possibles » de Leibniz, l'autre d'éternels recommencements quand on a la chance d'avoir des copines philosophes. Tous les défauts du méchant garçon y passent. Trop ci...Pas assez ça...Même les meufs de chez OPI s'y mettent. Oui parce que vous en parlez à tout le monde et à chaque fois vous sortez regonflées à bloc avant de sombrer à nouveau deux minutes après dans la mélancolie et de penser que oui des garçons, il y en a des milliers, surtout à Paris, mais bon celui là, il était quand même chou non ?


A la fin de la journée, au fond de votre lit, quand vous repensez à tout ça- tout en vous empêchant bien sûr d'y penser – et que vous luttez pour ne pas envoyer de messages, vous vous dites qu'il vous reste au fond- et au moins ?- ce truc essentiel, ce truc qu'il faut cultiver et protéger coûte que coûte : l'estime de soi. Car chagrin d'amour rime enfin avec volonté. Volonté de ne pas rappeler. Volonté d'accepter. Volonté et même nécessité de grandir en fait. Biega parle volontiers de « l'exercice de la volonté »- ce qui vous fait, sur le coup quand vous êtes en train d'agoniser, une belle jambe ;-) . Mais elle a raison. A la fin, il vous reste de jolies choses en mémoire, quelques regrets peut être mais surtout votre fierté, votre intégrité et votre liberté.
A ce stade de la réflexion, au beau milieu de la nuit, vous vous dites alors en râlant, seule, recroquevillée dans votre plaid en polaire rose, et en prise à une éniéme crise d'angoisse qu'elle a bon dos la liberté. 
Puis la seconde d'après vous finissez par conclure que oui, quand même, elle a définitivement et envers et contre tout, bon dos la liberté.

Et vous souriez. Et vous montez le son.



samedi 13 avril 2013

Manger Bouger

La bouffe. Grosse préoccupation et gros plaisir de ma vie depuis qu'on m'a présenté du pâté et du confit à l'âge du biberon. Je ne dirais pas que je mange mal, mais j'ai toujours mangé avec énormément de plaisir, et plutôt beaucoup. Gourmandise, goinfrerie, je me complais dans ces quolibets dont on m'affuble, parce que, je l'avoue, et c'est le sujet de cet article: j'aime l'idée que je suis mince et que je ne me prive pas. Parce qu'on est pas aux States, hein: manger bien en France, ça ne veut pas dire s'enfiler des burgers à longueur de journée avec des chips pour faire passer. Non, on a de l'apéro à base de saucisson, des tartines de pâté, du confit de canard, mais aussi de bonnes salades, des légumes frais qu'on cuisine simplement mais parfaitement. On en oublie que la cuisine, ce n'est pas donné à tout le monde. Que manger équilibré, quand ça n'est pas inné, ça doit s'apprendre.

Parce que voilà: j'ai 25 ans, je vis aux Etats-Unis depuis bientôt trois ans, et j'ai grossi. Ma personnalité gargantuesque mais toute menue quand même bien du Sud-Ouest n'a pas résisté à une sale combinaison de bouffe de cantine obligatoire, de burgers occasionnels, de pilule (parlons-en) et d'hiver qui dure 6 mois. J'ai pris 8 kilos. Je n'ai pas mangé comme quatre, je n'ai pas mangé plus d'un burger ou deux par mois, peut-être un peu plus de frites qu'avant, autant de chips, pas de trucs bizarres genre fromage en spray, tripe fudge brownie, deep-fried everything. Pourtant voilà, 8 kilos sur la balance, alors que j'ai maintenu mon rythme régulier de Française du Sud-Ouest bonne vivante, moins le pâté et le fromage. Inexplicable. Mon corps semble rejeter ce pays. Ou est-ce juste la cantine? Tout le monde y va de sa plume pour parler de la nutrition à l'américaine, et on pourrait écrire dix bouquins de plus. On est quand même dans un pays où le concept de "comfort food" que ta maman ou ton papa te faisait quand tu étais petit tient plus du sandwich grillé au fromage industriel, du mac and cheese franchement pas fameux, que de la piperade au jambon de Bayonne ou le gratin de coquillettes avec des olives. On est dans l'excès, mais pas l'excès rabelaisien qui déborde de tripes et de bouffe sur lequel j'écris ma thèse. Dans l'excès tout court, l'excès pour l'excès comme l'art pour l'art. Tout est plus riche qu'ailleurs, un gratin de pâtes tout bête a trois fois plus de calories que celui de ta mamie parce qu'il y a de la crème avec du lait et du fromage tout mélangé et cuit trop longtemps. Le poisson doit être pané, sinon rien. A l'autre extrême, les plats de légumes sont d'une pauvreté incroyable, à croire qu'ils ne savent les cuisiner que dans de l'eau. Les épinards sont amer parce qu'ils ne savent pas les faire blanchir. Les petits pois ont la même maladie qu'en Angleterre, trop de couleur, pas assez de goût.

Mais bon, au final, tout ça m'a fait réalisé plusieurs choses. Dérangeantes au possible. Menue et gourmande, j'avais toujours cru avec une naïveté véritable, certes aggravée par des gênes trompeurs, que je serai comme ça toute ma vie. Que manger ne faisait pas grossir. Je croyais m'en foutre de mon poids. En fait, j'en étais juste trop satisfaite. Etre mince me convenait parfaitement. Les commentaires des copines du genre "je comprends pas comment tu fais pour engouffrer tout ça et être aussi mince", ils devaient bien en fait me faire plaisir. J'étais contente de mon métabolisme de ouf, je le prenais pour acquis. Je dénigrais à tout va les filles qui faisaient des régimes, celles qui comptaient les calories. C'était drôle, parce que je pouvais me le permettre. Même quand j'étais trop mince, et que je disais que je préfèrerais avoir des kilos en plus plutôt qu'en moins, qu'il valait mieux faire envie que pitié, c'était l'équivalent insupportable de la fausse modestie du "ah non mais je sais que je dis toujours ça mais ce contrôle je l'ai vraiment raté". Je voulais y croire. Mais maintenant que je les ai, les 5 kilos de trop, ça m'énerve et je l'admets; j'étais une skinny bitch.

Alors, vous me direz, où est le juste milieu? Et justement, dans la vie, comme dans ma thèse, c'est la grande question; entre l'excès et le manque, entre le sur-poids et la maigritude absolue. Je ne sais pas. L'herbe est toujours plus verte ailleurs, sans doute. Et puis la voisine a de plus beaux cheveux, certainement. Les vegans ont tort de se priver, et les obèses sont allés trop loin. Que faire? Mettre des légumes sur la pizza? Manger bouger? Un régime South Beach ou hyperprotéiné à la con, ou pire, devenir vegan? (là, c'est une blague)

Et puis, au juste: pour plaire à qui? Qui a décidé que j'avais cinq kilos de trop? La société ou moi? Ma mère ou mon mec? La vérité qui n'est pas un scoop mais plutôt une piqûre de rappel, c'est qu'on donne trop d'importance aux gens autour, aux couvertures de magazine. Sans tout ça, je ne sais même pas si je me considèrerais grosse. Sans doute quand même, parce que depuis les 8 kilos supplémentaires je ne peux plus monter des escaliers en robe. Mais ça, c'est une autre histoire. Lena Dunham a fait sa signature de sa nudité plus ou moins entière mais totalement dérangeante dans sa série, "Girls". Elle se justifie en disant que le jour où son surpoids et ses formes ne dérangeront plus personne, elle arrêtera grosso modo de se mettre à poil. D'un côté, c'est vrai: pourquoi ça nous dérange tellement? Pourquoi ça nous emmerde qu'elle se mette en short, qu'elle mette un haut transparent, qu'elle jour au ping pong en culotte? Et puis, d'un autre côté, pourquoi les trois autres filles doivent-elles être de grosse bombasses? Pourquoi ce ne serait pas une série avec des héroïnes qui seraient toutes de vraies femmes, où là ça ne serait plus juste elle mais plutôt tout le monde, et ce serait normal au lieu de faire tâche.

Tentative, donc, de juste milieu:
Quand le site de Weight Watchers me dit que mon IMC est en surpoids, j'ai envie d'exploser l'ordi. Et j'ai raison. Je suis en bonne santé, j'ai trop de fesses et plus de poitrine qu'avant. Pourquoi cette distinction entre le trop négatif et le plus positif? Est-ce que mes fesses sont d'autant plus grosses que je vis dans un pays où la plupart des filles n'en ont pas (littéralement), et où les grosses fesses sont d'ailleurs plutôt un signe de minorités, que ce soit afro-américaine ou porto-ricaine? En quoi je devrais me sentir moins bombasse que Beyoncé et Rihanna? Si on est toutes assez honnêtes avec nous-mêmes, Renée Zellweger était vachement plus mignonne et sympa en Bridget Jones qu'en anorexique dans la vraie vie. Alors, je me réconcilie avec la skinny bitch qui est en moi malgré tout, c'est pas grave, elle s'y fera, et je peux peut-être apprendre d'elle un petit peu. La vérité, c'est que personne ne veut devenir la fille qui pense trop à son poids, mais en vrai on n'a encore plus de mal à l'admettre que la société est aussi une skinny bitch, qui nous fait croire que ce n'est pas normal.