dimanche 4 novembre 2012

Itinéraire urbain d'une enfant gâtée



Depuis quelques temps, je verse, un peu trop, je m'en rends compte, dans le « Tout Paris ».
« Ça va à Paris ? Ouais ça va !
Et tu t'y plais ? Ouais plutôt !
Et tu visites ? Ouais !
Et tu sors ? Ouais !
Quel quartier ? » Et blablabla.
Je déroule alors, « avé le sourire » de la provinciale satisfaite, ma géographie parisienne, mes petits coins, mes habitudes, mes émerveillements, mes agacements. Et vas y que je te sors du Casanova : «  On ne vit qu'à Paris, on végète ailleurs ». Un petit commentaire sur les transports en commun, un autre sur la vie nocturne. Bref, je force le trait. J'exagère, et me comporte comme n'importe quelle parisienne insupportable. « Parisiano-centrée », je surenchéris et m'entend évoquer toute sorte de clichés. En crise de légitimité, j'en fais des tonnes car, je ne sais pas en réalité, si je suis « parisienne ». Je vis à Paris, je vis Paris mais cela suffit-il ? (Et attendez un peu la suite avant de penser que mon interrogation est totalement idiote et sans fondement étant donné l'accent que je me paie...;-))

Il faisait nuit quand je suis revenue à Toulouse. Et nous savons tous combien, c'est beau, une ville la nuit. Je me suis d'abord dit : rien a changé. Je connais toujours les rues, les stations de métro. Je suis rassurée. « Prends à gauche, c'est sens interdit ». « Gare toi là bas ».

Le patron du Florida a pris un petit coup de vieux mais bon  il est toujours là. La plaque du duc de Montmorency non plus n'a pas bougé, le Gaumont, le « Bon vivre », le canal, la Daurade, la rue « Parga ». Sans parler du lycée Pierre de Fermat. Tout y est. Ouf.
Et pourtant, il y a comme un malaise. Je ne suis plus chez moi et de joyeux fantômes peuplent mes redécouvertes. Voilà que j'aperçois un tel traîner sa peine et son nez qui coule vers le jardin des plantes, un autre marcher d'un pas faussement pressé en direction du George and Dragon. Voici que j'entends à nouveau les éclats de rire de certaines déambulant joyeusement place du Cap', que je vois une autre, le port de tête toujours élégant, sortir de l'institut de beauté. Les endroits m'apparaissent plus petits, plus intimes. Le square Charles de Gaulle a été refait. Il me semble « moins à moi ». Où est passé le tourniquet ? Et la pelouse ? A la Mairie, je passe sous le porche puis me retrouve sur le Capitole. Souvenir de matins froids et plein d'espoirs, où je traversais la place en vélo. Souvenir d'innombrables cafés au Florida, de repas à pizza Marzano, de flâneries chez Ombres Blanches. Souvenir de Big Mac mangés certains soirs, en solitaire, « face à la mer » pour la blague, mais surtout face à soi même, surplombant le Capitole, à faire le point sur ma vie- mon activité préférée.

C'est comme si les gens vivaient en ville, vivait la ville et que je les regardais. J'en suis presque jalouse. « Et les gars ! Moi aussi je suis d'ici ! Moi aussi j'ai l'accent !Je ne suis pas touriste ! Je ne suis pas que de passage ! » Je me sens à la fois familière des lieux et pourtant si étrangère dans cette ville que j'aime, dans la ville de mes 18 ans, ville où les saisons de transition sont les plus belles, du Marathon des mots au Printemps de septembre. Ville où j'ai beaucoup appris, où j'ai travaillé, où j'ai aimé, où j'ai déambulé dans les rues, ivre et sous le choc après une lecture des Chants de Maldoror, ville où je me suis perdue, où je me suis garée, où j'ai longtemps marché. Bref où j'ai vécu. J'avais oublié tout ça. Et tout ça m'est revenu en pleine figure.
Toulouse affirme triomphante ses ambitions de métropole- c'est écrit partout. Toulouse a changé ( déjà, je n'y vis plus et mes amis non plus ;-) ) comme moi j'ai changé. Et tant mieux ou tant pis. Mais c'est ainsi. On ne peut aller contre le temps qui passe. Un jour, on s'aime à la folie, le lendemain, on ne s'aime plus. Et après quoi ? L'indifférence ? C'est ainsi. Le changement. Toujours ce fichu changement.

Donc, après avoir traversé la France en voiture, fatiguée mais heureuse, je suis revenue à Toulouse et j'ai pleuré. Oui pleuré. A chaudes larmes car je ne fais jamais les choses à moitié. Des larmes de crocodile peut être comme disent certains. J'ai pleuré sur mes souvenirs, mes ressentis, mes espoirs, mes déconvenues, mes joies. J'ai pleuré de fatigue et d'émotion. J'ai pleuré de contentement. J'ai pleuré comme on rit sur le temps qui passe. Dans le midi, chez moi, on dit ou on écrit sur les cadrans solaires : « las que pasount tournant per jamai ». Je demande pardon pour mes fautes à ceux qui savent encore écrire l'occitan et je laisse à certains le soin de traduire...Oui, on ne se baigne jamais dans la même eau et, bien ou mal, il faut l'accepter. Il paraît que ça s'appelle grandir.

Je me demande alors : est-ce les pierres se souviennent ? Aujourd'hui, je suis parisienne, j'aime vivre à Paris, comme j'ai aimé vivre à Toulouse. La ville nous modèle, nous façonne, nous aide à avancer. La ville laisse des traces en nous. Mais nous, que laissons-nous à la ville ?

Un jour, un ami m'a raconté qu'aux questions suivantes : "Qui suis-je ? D'où suis-je ? Où vais-je ?" Pierre Dac répondait : « Moi, je suis moi, je viens de chez moi, et j'y retourne ».
Alors, à Toulouse, je me suis demandée, à l'heure de la mondialisation, au temps de la lost generation ;-), des déracinés, des grands voyageurs, d'où j'étais. De mon petit village ? De Toulouse ? De Paris ? Et, au milieu des miens, après un bonne cuisse de canard confite et quelques verres de rouge, j'en ai conclu, que l'on était, en réalité, du lieu géographique où l'on avait choisi, pour un temps ou pour toute la vie, d'être heureux. Et puis enfin, au milieu de la nuit toulousaine, j'ai eu envie d'écouter pour la énième fois Claude Nougaro. ;-)


jeudi 1 novembre 2012

Et toi tu es déguisée en quoi ?

Je venais de me connecter sur mon ordi quand je vois que Popeline a écrit un super article sur Halloween, the Halloween américain et du coup je me dis que ce que je vais écrire sera peut-être redondant, un peu grisâtre...mais en fait ce n'est pas tellement Halloween qui me tracasse mais la question du déguisement !

Je dois l'avouer, j'ai la hantise des déguisements. Prévenue suffisamment à l'avance, je passe des semaines paniquée à l'idée de devoir trouver l'idée sympa, genre je me suis pas trop investie mais ça en jette, l'idée pas trop ridicule qui me permettrait de garder toute dignité, bref, l'Idée ! Prévenue trop tard, c'est la fin ! Je sors un vieux truc et ça se termine en non-déguisement en mode fille rabajoie (mais mieux vaut être rabajoie que ridicule, non ?). on J'ai de l'imagination pour un tas de truc mais ça...le néant, le blanc, le vide total. Je ne vois pas en quoi ou qui je pourrais me déguiser, parce qu'au fond j'aime bien être moi et que j'ai déjà des problèmes avec mes multiples moi(s) alors on va pas en rajouter ! Et puis l'idée de recroiser quelqu'un qui me dira "ah ouiiiii, tu étais la citrouille " me perturbe, me perturbe vraiment même !

Quand on se décide enfin à jouer le jeu, qu'on se présente à la soirée après avoir traversé la moitié de Paris rouge comme une tomate sous les regards moqueurs et qu'on est reçu par un "Et toi t'es déguisée en quoi ?", tout s'effondre. Le sourire gêné, on murmure "baaaah en citrouille ça se voit...non ? hein ? tu l'avais vu ?". Et non, il ne l'avait pas vu. De toute façon, garder sa dignité en étant une citrouille c'est déjà un défi, alors en plus être une citrouille réussie...C'est pareil quand ramasse les deux trois souvenirs rapportés par sa grand-mère de Séville et c'est partie pour l'Espagnole-cliché. Un jogging lâche, des baskets montantes, une casquette bleue ? C'est le racaillou. Et ça tombe à l'eau. Déjà devant la glace on le sentait, c'était pas une bonne idée... Et puis il y a les fois où on arrive non déguisée et c'est le tollé général : tu dois trouver un déguisement ! Comme à ce réveillon où le thème était la lettre E (concept que je n'avais pas bien saisi) et où je me suis retrouvée entourée d'une Européenne particulièrement réussie, d'un évêque, d'un épouvantail, d'un éléphant et...d'un elfe (mon préféré). In extremis j'ai assorti ma tenue de réveillon (très classique du reste) de deux branches d'arbuste que j'ai coincées difficilement dans mes cheveux relevés pour faire un ...Elan ! Oui c'était nul, terriblement nul mais j'étais (un peu) déguisée tout en ressemblant à moi. Pas de problème de schizophrénie pour le mois à venir !

Alors je crois que se déguiser c'est plus que de la déconne, c'est un art. L'art de lâcher, de faire parler ses différents moi, de sortir de son soi de tous les jours et de révéler sa face cachée. Le pire dans cette histoire c'est qu'un jour je devrais penser aux déguisements de mes enfants...les fée clochette, petite sirène et autres princesses hybrides, pire encore je devrais peut-être moi même, endosser le costume du père Noël et rire d'une vois grasse ! Finalement, je préfère la citrouille ;)

mercredi 31 octobre 2012

La minute couleur locale: Halloween, Ici Trouille

Aujourd'hui, c'est Halloween. Mais bon, en vrai, ça dure depuis bien une semaine cette histoire; depuis l'épisode de Modern Family costumé mercredi dernier jusqu'aux décalcomanies (comme dirait mon père) monstres et "spooky" de ce soir, Halloween ça dure pendant une semaine, et je vous parle même pas des magasins et autres centres commerciaux.
N'empêche, c'est assez cool; je me souviens quand j'ai découvert Halloween, j'avais peut-être 15 ans, peut-être 13, avec mon petit frère on a eu pour Noël ou autre la cassette d'Hocus Pocus. Ce film était génial, on le connaissait par coeur, peut-être même qu'on le connaît encore par coeur. Il y avait des sorcières, c'était à Salem, et je m'émerveillais de cette fête où, au lieu d'aller dans des cimetières porter des chrysanthèmes, les enfants se déguisent et vont frapper aux portes de voisins pour des bonbons. Certes, Halloween est sûrement coupable d'une grande partie du diabète et de l'obésité aux Etats-Unis, mais au moins c'est rigolo. En France, dans notre jeunesse, c'était un peu trop américain de faire Halloween, personne n'avait vraiment de bonbons à nous donner, et il n'y a pas trop cette tradition du costume. A la place, il y a des marchands de chrysanthèmes sur le bord des routes. De nos jours c'est peut-être un peu plus généralisé, mais c'est quand même toujours "ze" fête américaine.

Du coup, ma première année ici, j'étais motivée du Halloween, j'avais trois costumes différents pour les trois soirées du weekend, il a fallu me retenir d'aller faire "Trick or Treat" dans les maisons avoisinantes. Et puis l'enthousiasme redescend: il y a les multiples sexy nurse, slutty pumpkin, slutty French maid, slutty (insérer nom de fruit)... Halloween dans une ville pleine de jeunes étudiants américains, c'est moins drôle qu'on le pense. Ils font du bruit, ils vomissent dans le coin de la chambre d'un ami qui organise la fête, bref, la magie d'Halloween se perd. On se retrouve à lancer un "chut", la porte entrouverte à 2h du matin à une princesse qui drague un footballeur devant notre porte parce qu'on veut dormir. On est vieille et aigrie. On déteste la table de 30 sorority girls et fraternity boys qui boivent des sakés bombs en hurlant, pendant qu'on essaie d'avoir une discussion sympa autour de sushis. Une fille en soutif et legging entre, le mot SLUT écrit en lettres noires sur son ventre. Est-ce ironique? Une fille sapée, sur son 31, enceinte, entre et on est choqué: puis on se rend compte que son déguisement c'est d'être une teenage mum, et alors c'est soit très drôle soit de très mauvais goût. Bref, on est blasé.

Et puis, au détour du vrai jour d'Halloween, les employés du département où je bosse ont organisé une fête dans le couloir, avec des doigts de sorcières en sablé avec un ongle en amande colorée rouge, du fromage qui pue, des chips et du vin. On boit de l'apple cider avec les enfants des profs (dont l'un est déguisé en magicien mais voulait être "Minnie Mouse", on est pas "gender-oriented" ici). Le directeur et ses assistants sont en personnages de Star Trek, un copain de Séville est en nonne espagnole ou même en Inquisition. On me prête une perruque et tout va bien. La fatigue, le stress, partis; je m'empiffre en faisant des blagues. Du coup, en rentrant, je retrouve un vieux costume et je le mets, pour la forme. Je me pointe au dîner à la cafétéria et il y a une compétition de costume. Je gagne 2 kilos de bonbons.

Et puis avec ma copine Alice au pays des merveilles et une coccinelle, et un Evil Knievel que tout le monde prend pour Elvis, on part à la chapelle de l'université, un endroit assez splendide, pour voir "Faust" de Murnau avec une orgue et des effets de sons dignes d'un film de science-fiction. Et là, on peut le dire, Halloween, ça a de la gueule.

Nota Bene: Les bonbons américains sont vraiment pas terribles comparés aux français. Je veux des langues, des têtes brûlées, des Kinder Choco-bon, des cocas, des schtroumfs, des cerises.

dimanche 28 octobre 2012

A chacun son dimanche...


 
Le dimanche est un jour incertain : fin de week-end, début de semaine ? Questions métaphysiques, programme de la semaine (quand je dis programme je pense plus à vestimentaire que scolaire d'ailleurs), organisation de soirées entre amis, c'est le jour du bilan de la semaine précédente et de la mise en place de la suivante. Retour sur une journée qui divise...

Pour certains c'est le jour de la famille, celui où vous dégustez un succulent plat familial avec votre tribu avant de pratiquer la traditionnelle promenade digestive dans un parc ou en forêt. Sauf que ma famille habite loin, en tous les cas trop loin pour ce genre d’habitudes… Dans mon cas (et je ne suis pas la seule je pense...enfin j'espère), le dimanche me rappelle l'éloignement - de la famille, de la forêt et du poulet rôti - et se passe en coups de fil pour se raconter la semaine passée et la semaine à venir, pour se dire tout simplement que, décidément, on n’aime pas le dimanche.

J’admire ceux qui mènent leur dimanche tambour battant. Expos, promenades, brunch, dîners se succèdent et font de cette journée un jour sympa, un peu comme les autres sauf qu’on a le plaisir de ne pas travailler. Je les admire moi qui peine à me lever et à passer une tenue un peu classe, à me maquiller et me coiffer convenablement. Le partenariat domestique (pour évoquer pudiquement la vie de couple) m’a amenée à  troquer le jogging-pyjama-chaussettes pour le chino-bensimon. L’avantage est que l’on peut croire au choix délibéré de jouer les filles décontractées…c’est plutôt celui de ne pas se casser la tête, d’être à l’aise dans mes fringues et surtout dans mes chaussures après une semaine de souffrance !

Une fois habillée encore faut-il réussir à s’extraire de son nid douillet. Une petite balade, un ciné, une pizza, okay ça j’y arrive. Mais sachant que le lendemain je reprends les trajets – c’est-à-dire que je renoue avec la foule, les transports, le bruit – je trouve ça tellement bon de pratiquer le dimanche régressif. Celui où on fait un tas de petits riens salutaires : regarder des films, lire un bon bouquin, faire des crêpes (ce qui peut occuper une bonne partie de l’après-midi selon la quantité), puis les manger. 



Bref, loin d’être une aficionada du dimanche, je l’aménage, je le détourne, je l’utilise comme « réserve de temps pour ce que je n’ai pas pu faire dans la semaine » et finalement…je l’aime bien ce petit dimanche ! Je l’aime bien parce qu’au fond je sais que ce petit sas de décompression-recompression avant le lundi (si joliment décrit par Babel), est nécessaire pour rattaquer d’un bon pied et me réjouir, le lendemain matin, de faire mon retour sur la scène sociale !

jeudi 25 octobre 2012

lundi 22 octobre 2012

La douce frénésie du lundi.

 
Ah ! LE lundi ! Le premier jour de la semaine. L'objet de nos grandes angoisses métaphysiques du dimanche soir. Le jour que l'on veut passer. Le jour qui n'existe pas.

Et bien, non. Pas pour moi. Je joue encore une fois l'enquiquineuse et j'écris pour vous livrer un truc horrible, effrayant, dérangeant, perturbant pour certains qui raillent mon entrain et mon optimisme niais : J'ai toujours aimé les lundis.

 

Le lundi, c'est le jour où tout repart, où tout se remet en marche. Les métros, les boulangeries, les gens. Tout le monde est bien habillé. Les femmes se déhanchent en talons aiguilles, les cheveux coiffés et propres -encore une de nos grandes théories sur les cheveux gras qui ne doivent pas l'être et qui plus est le lundi. Les hommes sont fraîchement rasés avec leur chemise repassées. Tout doit, du moins en apparence, bien aller le lundi. C'est le jeu non ? Et du coup, on se force, on est happé et on a envie de croire que tout va bien.

Le lundi, on retrouve les gens que l'on avait cherchés à oublier tout le week end mais aussi des personnes sympathiques que l'on est content de recroiser. Au café, les habitués reviennent, se racontent le week end, râlent, se piquent Libé. Cette petite routine qui peut paraître pesante fait en fait, le sel du lundi. Je pense alors à Saint Augustin -si si dés le lundi matin parfois... on ne se refait pas ;-)- : « le bonheur, c'est de continuer à désirer ce que l'on possède ».

Le lundi est un éternel commencement. L'énergie revient.
Le lundi, on veut bouffer le monde en écoutant France Inter...Les infos...La chronique Géopolitique... On veut s'engager, militer, s'insurger. On proclame de grandes résolutions.

Le lundi matin, on cours partout. On se la joue « La France qui avance ». On se sent vivant avec ses dix mille trucs à faire, ses dix mille projets ! Pour ma part, je cours -après quoi ? J'espère le savoir un jour- dans les rues, dans le métro avec mes petits talons ! Je vis, je vole, je souffre, j'existe ! Youhou ! En puis en plus, depuis quelques semaines, figurez vous que le lundi, à Paris, ben, il fait beau. Très beau même. On se lève avec le soleil, on descend la rue en regardant un coin de ciel bleu. L'air est un peu frais, le bus est carrément bondé mais on s'en fout parce qu'on peut sortir les lunettes et qu'il fait beau, que la lumière est belle et qu'elle sublime même ce jeune homme mangeant sa chocolatine à l'arrêt de bus. Les fenêtres de la classe sont ouvertes : « Mais Madame, vous avez l'air heureuse ce matin ! » « Oui ce matin, c'est lundi, il fait beau et je suis heureuse. Demain, on verra, le mardi arrivera. Mais ça c'est une autre histoire, en attendant : Dictée ! »

Le lundi après midi, je veux croquer les lèvres toutes roses de ce garçon qui sent si bon et qui vient s'asseoir à côté de moi en cours-au diable le renoncement ! Je suis persuadée que ça, c'est grâce au monday power. Le lundi, on aborde, on arrête de tourner autour du pot, on conquiers, on se lance. On colonise des territoires entiers ! Et Messieurs, je suis sure que vous le sentez que, oui, le lundi, tout est permis. Les sourires sont plus insistants. La drague du lundi est une chose extraordinairement délicieuse. Le lundi, je distribue mes sourires pour les jours où mes sourcils restent froncés et où le monde est chagrin.

Alors, bien sûr il y a des lundis moins bien, où le soleil ne brille pas, où les ennuis et les problèmes pleuvent en cascade. Dans ces cas là, il faut se reporter sur l'espoir du lundi soir qui reste une superbe sensation...Ce sera mieux demain...Dans ces cas là, en attendant, il faut surtout bien programmer son ipod et s'imaginer un « lundi au soleil » car c'est assurément une chose que l'on n'aura jamais mais que l'on peut abondamment rêver...Mépriser l'environnement grisouille, les tronches en biais, monter le son, chanter sur du  Claude François ou du Vincent Delerm ;-) et attendre que ça passe, que les beaux jours reviennent car « ça s'en va et ça revient ».
Parce que c'est vraiment beau comme le jour et bête comme la pluie, finalement, un lundi.

dimanche 21 octobre 2012

Les soldes : la raison que le coeur ignore

Aux Etats-Unis, j'ai l'impression que c'est toujours les soldes. Venant d'un pays où ça n'arrive que deux fois par an, ça me perturbe grandement. En gros, quoi que je fasse, il y a toujours une solde spontanée qui me force à acheter quelque chose. Du coup, ça me fait réfléchir.

En France, quand c'est les soldes, et surtout ces dernières années, c'est plutôt nul - on peut parler du manque de goût total chez H&M et Zara l'été dernier? On a jamais l'impression de faire de super affaires, mais d'un autre côté, c'est tellement bon marché chez nos marques de prédilection (les susnommées) qu'à côté des marques américaines comme Gap ou Urban Outfitters, c'est presque la solde permanente. Mais en vérité, c'est bien plus compliqué: on sait toutes que la plupart du temps, en période de soldes, les trucs les plus moches seront toujours à moins 60% alors que le pull cachemire ou la robe en soie restent aux pauvres 15 ou 20%. Sans parler du fameux rayon "collection post-soldes", qui même s'il n'est souvent pas en harmonie avec la température, nous fait vouloir jeter l'argent par les fenêtres, tellement il est bien rangé et tout manucuré, comme par hasard.

Maintenant, passons outre-Atlantique: les vêtements y sont assez chers, même très chers, et on passe de la sous-qualité Old Navy et Target au haut de gamme (pour mon budget) Urban Outfitters et Gap. Par exemple, sur une boutique en ligne, il y a les vêtements normaux et les vêtements soldés. On pourrait penser que du coup c'est simple, qu'on peut aller directement à l'onglet "Sale" sans passer par la nouvelle collection. Mais ça ne marche jamais comme ça, si? Ces jours-ci, il me faut un sac à dos; sur le site d'Urban Outfitters, je fais une recherche sac à dos, et j'en trouve un pas mal, à 69$. Je vais voir en soldes, et voilà le même sac à dos, dans des couleurs différentes. L'un est gris, l'autre plutôt orange. Il me semble que je préfère le gris, mais le orange est deux fois moins cher. Est-ce que c'est pour ça que je préfère le gris, parce qu'il est plus cher? Est-ce que quelque part on veut juste ressentir cette déception du "oh, pourquoi ça n'arrive qu'à moi?", qu'il n'y ait plus ma taille mais cet article non soldé est lui vachement mieux fourni en M, que la couleur que je préfère ne soit pas celle qui est soldée? Ou est-ce que, inconsciemment, c'est parce que le gris n'est pas soldé qu'il gagne toute sa valeur? Ou même, c'est parce que l'orange est soldé qu'il perd de sa valeur?

Est-ce qu'on est vraiment aussi manipulables et vain(e)s?